Lecture analytique sur Victor Hugo, Les Contemplations, A propos d’Horace

Lecture analytique sur Victor Hugo, Les Contemplations, A propos d’Horace

Image par PublicDomainPictures de Pixabay
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Poème

Vers 173 à 201

 

De là mes cris. 

 

Un jour, quand l'homme sera sage, 

Lorsqu'on n’instruira plus les oiseaux par la cage, 

Quand les sociétés difformes sentiront 

Dans l'enfant mieux compris se redresser leur front, 

Que, des libres essors ayant sondé les règles, 

On connaîtra la loi de croissance des aigles, 

Et que le plein midi rayonnera pour tous, 

Savoir étant sublime, apprendre sera doux. 

Alors, tout en laissant au sommet des études 

Les grands livres latins et grecs, ces solitudes 

Où l'éclair gronde, où luit la mer, où l'astre rit, 

Et qu'emplissent les vents immenses de l'esprit, 

C'est en les pénétrant d'explication tendre, 

En les faisant aimer, qu'on les fera comprendre. 

Homère emportera dans son vaste reflux 

L'écolier ébloui ; l'enfant ne sera plus 

Une bête de somme attelée à Virgile ; 

Et l'on ne verra plus ce vif esprit agile 

Devenir, sous le fouet d'un cuistre ou d'un abbé, 

Le lourd cheval poussif du pensum embourbé. 

Chaque village aura, dans un temple rustique, 

Dans la lumière, au lieu du magister antique, 

Trop noir pour que jamais le jour y pénétrât, 

L'instituteur lucide et grave, magistrat 

Du progrès, médecin de l'ignorance, et prêtre 

De l'idée; et dans l'ombre on verra disparaître 

L'éternel écolier et l'éternel pédant. 

L'aube vient en chantant, et non pas en grondant. 

 

Lecture analytique

Comment Victor Hugo utilise le souvenir d’enfance pour faire un plaidoyer qui attaque sévèrement les modèles éducatifs de son époque?

 

Ce poème est extrait des Contemplations de Victor Hugo, recueil de poeme du dix neuvième siècle. Dans ce poème, Victor Hugo mène une réflexion sur l’enseignement, et propose un nouveau type d'éducation, où les écoliers sont intéressés par les études afin de s’élever socialement et spirituellement en se rapprochant de Dieu. Pour comprendre cette réflexion sur l'éducation, il sera intéressant de répondre à la question suivante : Comment Victor Hugo utilise-il le souvenir d’enfance pour faire un plaidoyer qui attaque sévèrement les modèles éducatifs de son époque? 

 

Victor Hugo pour montrer le manque de liberté de pensée des élèves utilise une métaphore, comparant un élève a un aigle. Il dénonce ce manque de liberté et selon lui, un élève sera libre quand il ne sera plus instruit par la force : “Lorsqu'on n’instruira plus les oiseaux par la cage”. Il prône une éducation où les professeurs doivent rendre passionnés leurs élèves et non des machines d’apprentissage, afin que l’ignorance disparaissent petit a petit a travers les générations. Le poète utilise une allitération en [s] pour montrer cette lutte pour la liberté: “sociétés / sentiront / redresser / essors”.

Victor Hugo compare la manière dont un enfant et un oiseau grandissent : plus un élève sera éduqué avec un plaisir d’apprendre et une liberté de pensée plus il se développera et s'élèvera dans la société, comme une mère apprend à son oiseau à voler, et devenir un aigle : “On connaîtra la loi de croissance des aigles, Et que le plein midi rayonnera pour tous, Savoir étant sublime, apprendre sera doux”. Victor Hugo, poète chrétien, utilise le mot sublime, faisant référence au divin, afin de montrer que plus un enfant sera éduqué avec un plaisir d’apprendre, moins il sera ignorant et pourra s'élever et se rapprocher de Dieu. D’ailleurs, Victor Hugo utilise le Soleil, astre émettant de la lumière, afin de montrer le contact avec le divin qu’aura un élève éduqué comme le poète le souhaite “midi rayonnera pour tous”. Victor Hugo montre l'inutilité qu’ont les livres de latins et grecs en primaire, en les personnifiant et en les caractérisant de “solitudes”, car elles sont difficiles d'accès, et encore plus pour des enfants. Le poète utilise trois éléments de la nature qui émettent chacun d’eux de la lumière, symbole de divinité : “l'éclair gronde, où luit la mer, où l'astre rit”. L’enjambement du vers 182 sur le vers 183 montre que ces livres sont réservés aux personnes qui ont déjà atteint un niveau d’apprentissages très élevé, donc qui sont très proches de Dieu. Victor Hugo renforce son idée d’apprentissage, ou selon lui les élèves doivent être passionnés par les livres étudiés afin de s'élever spirituellement  : “Et qu'emplissent les vents immenses de l'esprit, C'est en les pénétrant d'explication tendre, En les faisant aimer, qu'on les fera comprendre”. Hugo montre les conséquences de la suppression d’oeuvres compliquées dans le développement de l’enfant avec l’enjambement entre les vers 187 et 188 . L'étude d’un oeuvre intéressante pour un élève fera qu’il sera “ébloui” donc en contact avec la lumière divine, et donc lui permettra de s'élever : “Homère emportera dans son vaste reflux L'écolier ébloui”. Il y a un enjambement de ce vers sur le suivant afin de montrer que l’apprentissage ne sera plus pour l’enfant une souffrance et il ne sera plus un être emprisonné à une éducation exigeante : “l'enfant ne sera plus Une bête de somme attelée à Virgile”. Le poète condamne violemment le système scolaire de son époque qui est perçu comme contre nature pour l’enfant : “Et l'on ne verra plus ce vif esprit agile Devenir, sous le fouet d'un cuistre ou d'un abbé”. Victor Hugo utilise une hyperbate afin d’accentuer la lourdeur de pensée de l'élève, qui n’arrive pas a suivre la dureté d’un livre pas rédigé pour quelqu’un de son âge et de sa capacité intellectuelle : “Le lourd cheval poussif du pensum embourbé”. Hugo montre son côté décentralisateur afin de dire que tous les français doivent bénéficier de l'éducation que veut Hugo, afin d'atténuer l’ignorance et de faire aimer l'école aux enfants, afin de les rapprocher de Dieu. Le professeur est considéré comme l’anti-christ, et vole le savoir afin de priver les enfants d’une élévation spirituelle vers Dieu. Cette manipulation permet aux enfants d'être plus proches du diable que de Dieu, figure du savoir : “Chaque village aura, dans un temple rustique, Dans la lumière, au lieu du magister antique”. Si le système d'éducation ne change pas, l’ignorance ne disparaîtra jamais : “Trop noir pour que jamais le jour y pénétrât”. Victor Hugo caractérise son instituteur idéal comme un “médecin de l’ignorance”. Le poète considère l’ignorance comme une maladie qui conduit à la délinquance, la misère et seul un instituteur suivant les préceptes d'éducation recommandés par Hugo peut soigner cette maladie. Cet instituteur doit aussi concentrer le savoir entre ses mains afin de tirer ses élèves vers le haut. Cette nouvelle éducation sera une révolution est les élèves et les instituteurs ne seront plus jamais les mêmes, ils disparaîtront dans l’ignorance et le savoir régnera : “et dans l'ombre on verra disparaître L'éternel écolier et l'éternel pédant”. Cet extrait se termine par une phrase montrant les conséquences de ses nouveaux principes d’apprentissage. L’aube fait référence à Dieu et la raison. Cette aube est personnifiée afin de montrer la force qu’a cette nouvelle forme d’apprentissage qui offre la possibilité à l'écolier de s'élever spirituellement, et de se rapprocher de Dieu. La césure à l'hémistiche renforce l’opposition entre une éducation positive et bienveillante, et une éducation répressive. Cette césure à l'hémistiche permet à Victor Hugo d’insister sur le fait que son éducation révolutionne le monde et l’esprit des écoliers : “L'aube vient en chantant, et non pas en grondant”.                                                            

 

 


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