Lecture analytique de Victor Hugo, Les contemplations, La source

Lecture analytique de Victor Hugo, Les contemplations, La source

Image par ArtTower de Pixabay
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Poème

Un lion habitait près d'une source ; un aigle

Y venait boire aussi.

Or, deux héros, un jour, deux rois - souvent Dieu règle

La destinée ainsi -

 

Vinrent à cette source où des palmiers attirent

Le passant hasardeux,

Et, s'étant reconnus, ces hommes se battirent

Et tombèrent tous deux.

 

L'aigle, comme ils mouraient, vint planer sur leurs têtes,

Et leur dit, rayonnant :

- Vous trouviez l'univers trop petit, et vous n'êtes

Qu'une ombre maintenant !

 

Ô princes ! et vos os, hier pleins de jeunesse,

Ne seront plus demain

Que des cailloux mêlés, sans qu'on les reconnaisse,

Aux pierres du chemin !

 

Insensés ! à quoi bon cette guerre âpre et rude,

Le duel, ce talion ?...

Je vis en paix, moi l'aigle, en cette solitude,

Avec lui, le lion.

 

Nous venons tous deux boire à la même fontaine,

Rois dans les mêmes lieux ;

Je lui laisse le bois, la montagne et la plaine,

Et je garde les cieux.

 

 

Lecture analytique

Victor Hugo, auteur romantique ayant excellé dans tous les genres littéraires, rédige dans son recueil Les Contemplations une fable. Cette fable fait partie du troisième livre des Contemplations, intitulé “Les luttes et les rêves”. Ce poème est directement rattaché au nom de ce livre, puisqu’il parle d’une lutte entre deux rois et des animaux présents rêvant que cette lutte s'arrête. Victor Hugo, à cette époque, est exilé à Jersey et souhaite l’abdication de Napoléon III, qui détruit sa nation et son peuple, tout en ayant pris le pouvoir par la force. Il sera donc intéressant de voir comment Victor Hugo fait du poème “La Source” une fable. 

 

 

 

Dans ce poème, Victor Hugo raconte au lecteur une histoire. Il pose un cadre narratif mettant en scène un lion et un aigle parlant, caractéristique de la fable : “Un lion habitait près d'une source ; un aigle y venait boire aussi”. Deux humains, chacun roi d’une nation sont introduits dans l’histoire. L’aigle est un animal considéré comme roi des oiseaux et le lion roi des animaux terrestres. On ressent davantage l’histoire grâce au rythme musical imposé par Hugo avec les rimes croisées : “Y venait boire aussi / la destinée ainsi-”. Le dialogue instauré par Victor Hugo ajoute de la vivacité au poème et un contact direct entre les personnages est établi. Le dialogue capte l’attention du lecteur puisqu’il anime la fable. Les rimes croisées représentent la bataille qui se déroule, et l'opposition entre les animaux sages et les hommes barbares. L’aigle et le lion, deux rois animaux partagent la source à côté de deux rois humains qui se battent pour celle-ci. Les allitérations dentales [t] miment cette bataille. Les deux hommes se battent à mort sans relâche. La rime en [r] montre la difficulté que s’imposent les deux hommes pour obtenir la source, durant leur lutte à mort. La rime en [s] montre la souffrance de ces hommes, qui meurent jeunes dans des conflits inutiles. Cette rime montre aussi la souffrance que causent ces conflits permanents chez les humains sur la nature, témoin de tout. Le narrateur intervient en position d'autorité, et montre  sa sagesse, en faisant intervenir Dieu dans ses paroles. Victor Hugo introduit des éléments naturels, source de sagesse témoignant l'agressivité et la folie des hommes. La nature est donc un élément de sagesse, reflétant le romantisme du poète. L’aigle, plane au dessus des hommes et est un animal venant du ciel. Il serait le messager de Dieu, qui vient rétablir la sagesse chez les humains. La hauteur de l’aigle lui donne un recul par rapport à la situation et lui permet d'être davantage raisonnable. La morale de cette fable est donc implicite. Le titre “La Source”, élément naturel, ne serait donc pas une source ordinaire, mais une source de sagesse. Cette sagesse est transmise à l’homme par la nature afin de rétablir la paix et la raison au sein de l'humanité, ce qui est un point de vue romantique. Par cette fable, Victor Hugo veut montrer que chacun doit rester à sa place pour que l’harmonie du monde soit respectée. Le titre du recueil “Les Contemplations” est donc en lien avec cette morale.

 


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