Analyse de la fable de La Fontaine Le loup et le chien

Analyse de la fable de La Fontaine Le loup et le chien

Image par Alexas_Fotos de Pixabay
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Fable

Le Loup et le Chien

Un Loup n'avait que les os et la peau,

Tant les chiens faisaient bonne garde.

Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,

Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.

L'attaquer, le mettre en quartiers,

Sire Loup l'eût fait volontiers ;

Mais il fallait livrer bataille,

Et le Mâtin était de taille

A se défendre hardiment.

Le Loup donc l'aborde humblement,

Entre en propos, et lui fait compliment

Sur son embonpoint, qu'il admire.

" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,

D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.

Quittez les bois, vous ferez bien :

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, haires, et pauvres diables,

Dont la condition est de mourir de faim.

Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :

Tout à la pointe de l'épée.

Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "

Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?

- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens

Portants bâtons, et mendiants ;

Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :

Moyennant quoi votre salaire

Sera force reliefs de toutes les façons :

Os de poulets, os de pigeons,

Sans parler de mainte caresse. "

Le Loup déjà se forge une félicité

Qui le fait pleurer de tendresse.

Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.

" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.

- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché

De ce que vous voyez est peut-être la cause.

- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas

Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?

- Il importe si bien, que de tous vos repas

Je ne veux en aucune sorte,

Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "

Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. 

Les Fables

Analyse

La Fontaine rend la fable dynamique, avec que des actions, et théâtrale aussi car elle met en scène deux animaux ce qui est symbolique et allégorique. De plus, La Fontaine, fait des vers hétérométriques c’est-à-dire des vers de mètres différents. Il y a des alexandrins, des décasyllabes et des octosyllabes ce qui entraîne alors une diversité. La variété montre un souplesse, un plaisir grâce aux rimes croisées, plates et embrassées. Cela fait alors plus “naturel” et “vivant”. La Fontaine utilise du présent de narration ce qui rend alors le récit plus vivant. Mais il utilise aussi l’imparfait pour les actions longues et durables. Les animaux utilisés dans la fable sont personnifiés. En effet, La Fontaine utilise des majuscules pour les appeler. Les paroles des animaux sont rapportées au style direct, ce qui confère de la vivacité au récit.

Les deux animaux protagonistes, le chien et le loup, sont à la fois proches et opposés. Le loup sauvage est opposé au chien. Il y a également l’opposition de la liberté à la servitude. 

Le chien a un plan physique montrant qu’il est fort, beau, gras, avec un poil luisant. Il fait alors penser à un colosse car c’est un Dogue “gras” dont la grosseur évoque la puissance car elle prouve qu’il est bien nourri et à donc des forces. Ensuite, le chien a aussi un plan psychologique puisque comme il est dans son tort il se met peut-être sur la défensive, d’où provient alors sa politesse. De plus, on remarquera le double sens du mot poli. Le Chien donne l’image d’une personne asservie d’un bourgeois. La Fontaine utilise simplement quatres adjectifs pour décrire le Chien : “puissant”, “beau”, “gras”, “poli”. De plus, La Fontaine emploie le champ lexical de l’argent pour le caractériser. Le Chien parle beaucoup par rapport au Loup, il a la parole, le pouvoir. Son discours exprime alors son autosuffisance, sont auto-satisfaction. Il est imbu de lui-même.

Le Loup lui est très puissant mais très affaibli, il est squelettique. Le Loup est maigre à cause des chiens. Les allitération en [k], sont des sonorités dures reflétant la dureté du Loup. De plus, au vers 5 : “L'attaquer, le mettre en quartiers” montre son agressivité, son envie de tuer. Cependant, cette idée s’oppose à la réalité concrète avec le mot « Mais », au vers 7. Dans la description du Loup, il y a la présence du champ lexical de la guerre :  « s’attaquer », « bataille », « se défendre », « l’épée ». En utilisant “Sire loup” cela montre alors le côté aristocratique du Loup. Le changement de discours montre la peur car le loup est flatteur envers la graisse du chien. Il devient alors très aimable avec une sonorité douce et étouffée dans son discours.

La Fontaine intervient dans sa fable. Il fait alors une prise de position envers le loup. Nous connaissons les pensées du loup, les pensées internes. De plus, l’utilisation du mot “Sire loup” flatte le loup. La parole du chien aussi est privilégiée mais le loup aura toujours le dernier mot. La personnification, la prosopopée montre qu’il éprouve les sentiments des animaux, qui débattent sur le sujet de la liberté. 

Le chien est attaché et dépendant du maître pour sa nourriture et son affection. Il appartient alors au monde des domestiques, de la servitude. Le chien incarne les cours serviles qui obéissent aveuglément au Roi pour obtenir des faveurs, des récompenses. Le chien est vaniteux, a des préjugés, il est borné donnant deux conseils au loup : “quittez le bois”, “suivez-moi” cela montre alors leurs compromissions suivies de leurs conséquences. Un chiasme insiste sur la nécessaire flatterie dans le travail : “Flatter ceux du logis, à son Maître complaire”. Ainsi, La Fontaine dévalorise le travail du chien. 

Le loup, lui, est libre, il va où il veut. Il est valorisé par l’emploi de “Maître Loup”. De plus, le loup est diplomate et intelligent, le loup représente celui qui sait rester lui-même, celui qui sait conserver son indépendance. Le loup est surpris des conditions de vie du chien. En effet, il y a des détail anormal, il est inquiet et se questionne. Le chien lui est gêné, il évite de répondre, il se minimise lors de ses réponses. La liberté est alors comparé par un trésor. Le loup est affligé par le mot “attaché”

La morale de cette fable est que la liberté n’a pas de prix.


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