Commentaire composé sur la fable de La Fontaine Les deux coqs

Commentaire composé sur la fable de La Fontaine Les deux coqs

Fable

 

Les deux coqs

Deux coqs vivaient en paix : une poule survint,

Et voilà la guerre allumée.

Amour, tu perdis Troie ; et c'est de toi que vint

Cette querelle envenimée

Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.

Longtemps entre nos coqs le combat se maintint.

Le bruit s'en répandit par tout le voisinage,

La gent qui porte crête au spectacle accourut.

Plus d'une Hélène au beau plumage

Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut:

Il alla se cacher au fond de sa retraite,

Pleura sa gloire et ses amours,

Ses amours qu'un rival, tout fier de sa défaite

Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours

Cet objet rallumer sa haine et son courage;

Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs,

Et, s'exerçant contre les vents,

S'armait d'une jalouse rage.

Il n'en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits

S'alla percher, et chanter sa victoire.

Un vautour entendit sa voix :

Adieu les amours et la gloire;

Tout cet orgueil périt sous l'ongle du vautour

Enfin, par un fatal retour

Son rival autour de la poule

S'en revint faire le coquet :

Je laisse à penser quel caquet ;

Car il eut des femmes en foule.

La fortune se plaît à faire de ces coups;

Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.

Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous

Après le gain d'une bataille.

Jean de la Fontaine - Les Fables

Analyse

I) Un apologue traditionnel

La Fontaine utilise des animaux afin de faire une critique sur les actions des humains c’est pourquoi il personnifie des Coqs et une Poule : “Deux Coqs vivaient en paix ; une Poule survint,”. Les étapes du récit sont respectées.  La situation initiale est donnée de façon très abrupte sur un seul hémistiche ce qui montre que la paix ne va pas durer : “Deux Coqs vivaient en paix ”. Un élément perturbateur arrive  puis le combat se déroule et l’un des deux coqs perd : “une Poule survint Et voilà la guerre allumée.” L’élément de résolution est l’arrivée du Vautour qui attaque le gagnant : “Tout cet orgueil périt sous l'ongle du Vautour.” Alors, le coq perdant devient vainqueur car l’autre coq s’est fait emporter par le vautour ; cela devient la situation finale. La fable enfin se termine par la morale :“Tout vainqueur insolent à sa perte travaille. Défions-nous du sort, et prenons garde à nous Après le gain d'une bataille.” A travers sa morale La Fontaine critique les orgueilleux, il nous met en garde face à la vantardise qui malgré une victoire peut causer notre perte. En effet dans sa fable le coq si fier de sa victoire alla se vanter et finit par périr de son orgueil, il nous montre aussi que la modestie est une vertu qui paye.

Une parodie de combat épique

La Fontaine exagère, il donne une dimension symbolique au combat, en effet ce ne sont que deux coqs cependant grâce à l’hyperbole il attise la curiosité du lecteur et donne de l’importance au combat : “Et voilà la guerre allumée.”. De plus, l’allitération en [v] symbolise la friction entre les deux coqs. Il compare le combat à la guerre de Troie. Il ironise car il se moque des deux coqs qui se battent pour une poule. De plus, il personnifie l’amour pour donner une dimension encore plus grandiose au combat, il le dit sur un hémistiche pour interpeller encore plus fort le lecteur, cela met sa phrase en exergue : “Amour, tu perdis Troie”. L’enjambement provoque alors une accélération du rythme montrant que le combat se rapproche : “et c'est de toi que vint Cette querelle envenimée”. De plus, on remarque une hyperbole épique : “Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe teint.”. La fin du combat épique en annonce un autre, le coq perdant prépare sa vengeance voyant l’autre coq jubiler et se vanter : “Il voyait tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage. Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs, Et s'exerçant contre les vents S'armait d'une jalouse rage.” Le combat se termine par la mort tragique d’un des deux coqs qui périt face à plus fort que lui, le vautour, c’est alors la fin du duel épique : “Tout cet orgueil périt sous l'ongle du Vautour. Enfin par un fatal retour”.

  

III) La critique de la cour

La  Fontaine critique la cour dans le fait que les nouvelles se répandent très vite car il y a un certain voyeurisme : “Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint : Le bruit s'en répandit par tout le voisinage.”. De plus, il se moque des perruques extravagantes des courtisans qu’il trouve ridicule, et des courtisans et courtisanes toujours à l'affût d’un scandale : “La gent qui porte crête au spectacle accourut.” L’enjambement souligne un vers important où il critique des courtisanes (les “poules”) décrites comme des femmes faciles qui voyant le succès du coq vont se donner à lui : “Plus d'une Hélène au beau plumage Fut le prix du vainqueur”. Ensuite, la Fontaine montre la cruauté de la cour qui n’est intéressée que par le gagnant et les personnes fortes, laissant donc seul le deuxième coq. Cependant, une part de jalousie va attirer des problèmes au coq gagnant : “Il voyait tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage.” La Fontaine montre que la cour est un monde cruel et que la jalousie amène à beaucoup de vengeance mais aussi que la vantardise est dangereuse car elle rend vulnérable. La Fontaine critique des prétendantes qui ne sont là que par intérêt mais aussi les courtisanes qui créent un attroupement : “Son rival autour de la Poule S'en revint faire le coquet : Je laisse à penser quel caquet, Car il eut des femmes en foule. La Fortune se plaît à faire de ces coups”.


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