Commentaire composé sur Aux feuillantines de Victor Hugo dans Les Contemplations

Commentaire composé sur Aux feuillantines de Victor Hugo dans Les Contemplations

I) Une enfance idéalisée 

 

L’enjambement ralentit le rythme et renforce l’image de la mère protectrice qui prend soin de ses enfants : «Notre mère disait: jouez, mais je défends Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles.»

La synérèse associée à l’enjambement mime la course des enfants : «Nous mangions notre pain de si bon appétit, Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.»

On note l’abondance de la nourriture, et l’image d’enfant parfait. 

L’allitération en [s] souligne le fait que le livre qui jusqu’a lors leur était inaccessible leur tombe dans les mains : «Sur le haut d'une armoire un livre inaccessible [...] Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux, Et dès le premier mot il nous parut si doux Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.» 

 

II) Un enfant touché par la grâce 

 

Le livre était au haut car symboliquement ce livre est près des cieux  et inaccessible puisque jusqu'à cet âge, les enfants Hugo ne pouvaient pas le comprendre : «Nous montions pour jouer au grenier du couvent. Et là, tout en jouant, nous regardions souvent Sur le haut d'une armoire un livre inaccessible.»

Le présentatif  “c'était” met en valeur la Bible : «Mais je me souviens bien que c'était une Bible.»

Le poète insiste sur l’image de transport de l’enfant qui ne se souvient pas comment il a fait pour attraper cette Bible, car celui-ci est poussé par le Saint-Esprit dans ses mains (Jésus a dit : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis”). Ce poème est caractéristique du romantisme messianique, Victor Hugo se sent investi d’une grande mission : sortir le peuple de l’ignorance et de la pauvreté : «Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons».

Le rythme ternaire avec trois points d’exclamation souligne l’enthousiasme (avoir Dieu en soi)  des enfants : «Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir. Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir. Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire !»

On remarque l’importance des sensations olfactives et visuelles avec la synesthésie. Nous pouvons repérer une double dimension d'appréhension de la Bible, il reçoivent le Saint-Esprit donc ils sont dans la joie (Jésus a dit dans Jean 15 : “Que votre joie soit parfaite !”).

Les enfants Hugo sont émerveillés par la Bible puisque dès le premier mot ils oublient leurs jeux. Ils perçoivent une douceur et reçoivent la paix puisque la Bible est un message d’amour. La césure à l’hémistiche et l’enjambement marquent la rupture entre jouer et lire : «Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux, Et dès le premier mot il nous parut si doux Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.»

Le poète évoque plusieurs personnages bibliques qui vont inspirer Victor Hugo tout au long de sa vie : «Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin, Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain, Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.» Les enfants sont charmés, subjugués par les histoires de personnages bibliques qu’il relisent plusieurs fois. Le rythme ternaire qui montre le grand nombre d’histoires dans le livre, source inépuisable d’inspiration pour Victor Hugo. 

 L’oiseau des cieux représente le Saint-Esprit, qui frappe comme le tonnerre (étonner) les enfants Hugo. Ils reçoivent le baptême du Saint-Esprit qui leur a été mentionné auparavant mais jusqu’alors ils ne le ressentaient pas. “Bonheur”, “délire”, “Riant” et “joyeux” sont les signes du baptême du Saint-Esprit. (Jean 15 : “Je vous ai dit ceci pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite”). L’allitération en [s] souligne la douceur de Dieu : «Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux, S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux, De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.»

 

Ce poème est écrit en alexandrins, vers noble pour traiter d’un thème noble qui est la foi. C’est un poème de la Genèse (récit des origines, critique génétique à la façon de Gérard Genette) de l’écriture de Hugo (comment il est devenu un écrivain inspiré : romantisme messianique). Ce poème raconte la Pentecôte de Victor Hugo : son baptême dans le Saint-Esprit avec ses frères.   

Écrire commentaire

Commentaires: 0