Commentaire composé sur Bel-Ami de Maupassant Chapitre 2, partie II, La rédaction de l’article de journal

Commentaire composé sur Bel-Ami de Maupassant Chapitre 2, partie II, La rédaction de l’article de journal

De «Tu ne sais pas, nous avons à travailler, ce soir, avant de nous coucher» à «l’habileté de ses informations et le nombre de ses connaissances»

I- Un couple complémentaire 

 

On voit que c’est Madeleine qui motive Bel-Ami à rédiger des articles :  “Tu ne sais pas, nous avons à travailler, ce soir, avant de nous coucher.”  

On comprend qu’elle est très motivée, qu’elle a envie d’écrire pourtant elle n’aura pas le droit de signer son article et elle l’accepte totalement :

“Il faut que nous fassions un grand article, un article à sensation. J’ai des faits et des chiffres. Nous allons nous mettre à la besogne immédiatement. Tiens, prends la lampe. »”.Elle a réellement envie d’écrire : “« Maintenant écrivons », dit-elle.”

Madeleine reste toujours vive et on voit bien que se sont ses idées avec le pronom possessif “ses” : “elle raconta ses nouvelles, puis exposa ses idées, et le plan de l’article qu’elle rêvait.”

Le verbe “rêver” nous montre bien qu’elle rêve de devenir journaliste, mais ce rêve ne pourra jamais se réaliser à cause du statut de la femme au XIX qui est encore chaperonnée par son mari et entièrement soumise à lui. On voit bien qu’elle ne se révolte même pas et accepte sa condition.

Duroy se laisse dicter son article : “Il l’écoutait avec attention, tout en griffonnant des notes”.

Avec le verbe s’empare on comprend que Duroy s’empare des idées de Madeleine, celles qui ne lui appartiennent pas : “qui s’empara, après s’être assis, du porte-plume d’ivoire, un peu mâché au bout par la dent de l’autre.”

C’est une métaphore pour montrer qu’à travers cet objet avec lequel elle a l’habitude d’écrire, il lui vole ses idées  : “un peu mâché au bout par la dent de l’autre.”

Duroy lui malgré sa position “d’homme” il se laisse totalement diriger et mener à la baguette : “Il l’écoutait avec attention, tout en griffonnant des notes”.

On voit bien que Madeleine admire son mari qui pourtant n’est vraiment pas compétent en tant que journaliste. Maupassant se moque et ridiculise son personnage :  “Sa femme avait cessé de fumer, tant son intérêt s’éveillait, tant elle voyait large et loin en suivant la pensée de Georges.”

Elle est est aveuglée par son amour : “« Oui… oui… C’est très bon… C’est excellent… C’est très fort… »”

On voit bien que le personnage de Duroy est incapable et qu’il dépend totalement de cette femme et n’est rien sans elle bien que ce soit lui qui retire tout le bénéfice de son travail. Maupassant se moque encore de son personnage et le rend même détestable, il veut que le lecteur soit révolté : “Mais il avait toujours le début difficile et il cherchait ses mots avec peine”, le “parfois” souligne sa nullité : “Du Roy, parfois, ajoutait quelques lignes qui rendaient plus profonde et plus puissante la portée d’une attaque.” 

Ici le narrateur montre que c’est Madeleine qui lui dicte l’article et qu’il a juste à acquiescer et recopier ses suggestions :

“« Est-ce bien ça que tu veux dire ? »

Il répondait :

« Oui, parfaitement. »”

Elle est très précise et talentueuse, elle sait aussi très bien se servir de ses talents : “saisissait en même temps par la justesse de l’observation.”

Ils sont complémentaires car finalement même si Madeleine fait la plus grosse part du travail elle n’a pas le droit d’exister par elle même et lui n’est pas capable d’écrire sans elle :“comme s’ils venaient de se révéler l’un à l’autre.”

Leur amour est un amour total car il est autant intellectuel que émotionnel et physique : “Ils se regardaient au fond des yeux, émus d’admiration et d’attendrissement, et ils s’embrassèrent avec élan, avec une ardeur d’amour communiquée de leurs esprits à leurs corps.”

Le personnage de Du Roy n’a fourni aucun effort et pourtant il est fatigué, Maupassant ridiculise réellement son personnage : “Du Roy reprit la lampe : « Et maintenant, dodo », dit-il”.

De la part du narrateur cette métaphore est complètement ironique, mais elle révèleségalement le statut de la femme au XIXème qui accepte totalement sa condition d’infériorité : “« Passez, mon maître, puisque vous éclairez la route. »”

Il y a une sensualité et une complicité assez forte dans le couple : “Il passa, et elle le suivit dans leur chambre en lui chatouillant le cou du bout du doigt, entre le col et les cheveux pour le faire aller plus vite, car il redoutait cette caresse.”

L’article est donc bien signé seulement par Du Roy car un article signé par une femme au XIXème n’a aucune valeur :

“L’article parut sous la signature de Georges Du Roy de Cantel”. 

 

II- La politique, un champ de bataille 

 

Les nouvelles sont fondées sur des faits historiques ce qui montre bien que le roman est réaliste : “On m’a apporté des nouvelles graves, tantôt, des nouvelles du Maroc”, de plus on retrouve des lieux précis : “au golfe Juan”. 

On peut relever un vocabulaire militaire avec : “campagne”, “attaque”, “blesser”, “venimeux”,  “chef”.

On comprend que dans cette société les hommes se plantent en permanence des couteaux dans le dos, que toutes les relations sociales sont donc fausses et sans profondeur, que tout est stratégie et domination : “mais un plan de campagne contre le ministère actuel.”

Duroy souhaite vraiment anéantir ces personnes qu’il considère comme des ennemis : “Cette attaque serait le début.”, “Elle avait des traits piquants, des traits venimeux de femme pour blesser le chef du Conseil, et elle mêlait des railleries sur son visage à celles sur sa politique”.

 

Le journalisme politique apparaît donc comme une campagne militaire pour laquelle il faut établir une stratégie sur le long terme : « L’attaque, toujours adroite et nourrie de faits, tantôt ironique, tantôt sérieuse, parfois plaisante, parfois virulente, frappait avec une sûreté et une continuité dont tout le monde s’étonnait. »

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