Commentaire composé sur Cinna de Corneille acte IV scène 2

Commentaire composé sur Cinna de Corneille acte IV scène 2

I) Un dilemme

 

Tout d’abord, le personnage d'Auguste parle à son lui passé, “rentre en toi-même, Octave.” Il critique ses actes passés, et réfléchit sur sa situation, “Quoi, tu veux qu’on t’épargne, et tu n’as rien épargné!” Il se reproche d’être responsable de la haine de son peuple “Et puis ose accuser le Destin d’injustice, Quand tu vois que les tiens s’arment pour ton supplice.” Ceci renforce l’idée de dilemme ainsi que de dédoublement, en se critiquant lui-même au sujet de la politique qu’il a menée, il montre qu’il est devenu étranger à lui-même. Il proclame son auto-punition, il veut s’infliger la souffrance qu’il a faite à son peuple : “Quitte ta Dignité comme tu l’as acquise, Rends un sang infidèle à l'infidélité, Et souffre des ingrats après l’avoir été.” Les points d’exclamation et la question rhétorique : “Quelle fureur, Cinna, m’accuse et te pardonne?” sont caractéristiques du dilemme ; de plus le personnage s’adresse à un personnage qui n’est pas présent sur scène, le personnage est donc en plein débat intérieur. Le personnage se questionne sur ce qui ferait sa force ou sa faiblesse : “Qui pardonne aisément invite à l’offenser”. Se montrer clément est-il une forme de faiblesse ou de force ? Si le personnage se montrait clément, la violence serait alors retournée contre lui-même puisque sa nature est d’être violent. Auguste se confronte à lui-même et n’arrive pas à se mettre d’accord en revenant sur ses choix précédemment annoncés dans son monologue : “Punissons l’assassin, proscrivons les complices. Mais quoi! toujours du sang, et toujours des supplices!” Le héros lutte contre une violence qui le dépasse et se sent maudit : “Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés.” Le tragique du personnage vient donc de sa lutte contre une passion qui le mène à sa perte. L’anaphore du mot “Meurs” montre que le personnage d’Auguste est prêt à se laisser tuer par les conjurés : “Meurs puisque c’est un mal que tu ne peux guérir, Meurs enfin, puisqu’il faut, ou tout perdre, ou mourir.” De plus, il pense que sa mort est légitime parce que les gens qu’il a en haute estime veulent le tuer, et selon lui, pour une bonne raison : “Si tant de gens de coeur font des voeux pour ta mort, Et si tout ce que Rome a d’illustre jeunesse, pour te faire périr tour à tour s'intéresse.” Le personnage est alors confronté à un dilemme, se questionnant sur sa force ou sa faiblesse, luttant contre une violence qui le dépasse. Il lutte également contre lui-même, en revenant sur ses choix et en changeant constamment d’avis, et pense que la seule solution est de se laisser tuer par les conjurés, car il estime qu’il doit être puni.

 

II) Une réflexion sur la tyrannie

 

 Auguste dépeint également les scènes sanglantes, dont il est responsable. “Songe aux fleuves de sang où ton bras s’est baigné, de combien ont rougi les champs de Macédoine.” Le peuple ayant pour modèle un empereur qui bafoue les lois au lieu de les garantir, il ne peut les respecter : “Ils violent des droits que tu n’as pas gardés.” 

Le personnage est tiraillé entre besoin personnel et besoin sociaux, notamment les besoins de son peuple. “Relève pour l’abattre, un Trône illégitime, Et, d’un zèle effronté couvrant son attentat, S’oppose, pour me perdre, au bonheur de l’Etat?” Les enjeux personnels se mêlent aux nécessités politiques et renforcent alors la dimension tragique. Ce monologue nous interroge sur la place de la clémence en politique : “Qui pardonne aisément invite à l’offenser”. Se montrer Clément est-il une manière d'asseoir son pouvoir ou bien est-ce un signe de faiblesse qui va amoindrir l’autorité ? Le personnage réfléchit à la nécessité de recourir à la violence pour la punir ; ne vaut-il pas mieux briser le cercle?  “Punissons l’assassin, proscrivons les complices. Mais quoi! toujours du sang, et toujours des supplices!” 

Le désir de se faire craindre du personnage fait l’effet inverse sur ses opposants. “Je veux me faire craindre, et ne fais qu’irriter.” De plus, Il pense éliminer ses opposants mais ils se multiplient ce qui le pousse à remettre en question sa façon d’exercer la répression : “Une tête coupée en fait renaître mille, Et le sang de mille conjurés rend mes jours plus maudits, et non plus assurés.” Le personnage remet en cause la tyrannie de sa politique en critiquant ses actes sanguinaires passés. Il se considère comme illégitime et infidèle à son peuple. Sa réflexion se porte sur son exercice de l’autorité politique mais ouvre également sur une réflexion plus générale sur l’art de gouverner. Il remet en question l’utilisation de la violence dans le pouvoir et se questionne sur les faiblesses ou les forces de sa politique. La clémence y est également abordée et le personnage se questionne sur les effets qu’elle peut produire, la force ou bien la faiblesse.

 

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