Commentaire composé sur l'incipit de Bel-Ami de Maupassant

Commentaire composé sur l'incipit de Bel-Ami de Maupassant

De «Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous» à «celui d'une rencontre amoureuse»

I) Le cadre spatio-temporel

 

Le début du récit commence in medias res comme, au théâtre, à l’intérieur d’un restaurant : “Quand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous, Georges Duroy sortit du restaurant.” De plus on retrouve des informations plus précises sur le restaurant, c’est un lieu populaire : “trois petites ouvrières, une maîtresse de musique entre deux âges, mal peignée, négligée, coiffée d'un chapeau toujours poussiéreux et vêtue toujours d'une robe de travers”. Le narrateur situe le texte dans le temps avec une date précise : “On était au 28 juin”.

 

Le narrateur donne à Paris une atmosphère insalubre et nauséabonde qui reflète en réalité les habitants de cette ville et leur véritable “visage”:  “La ville, chaude comme une étuve, paraissait suer dans la nuit étouffante. Les égouts soufflaient par leurs bouches de granit leurs haleines empestées, et les cuisines souterraines jetaient à la rue, par leurs fenêtres basses, les miasmes infâmes des eaux de vaisselle et des vieilles sauces.”Ce sont des gens douteux autant physiquement que mentalement, ce Paris correspond au Paris du XIXème siècle.

 

II) Le portrait de Duroy

  

Maupassant traite du passé du personnage ce qui nous indique la nature de ce dernier, quelqu’un de naturellement beau et qui a de la prestance car c’est un ancien militaire :  “Comme il portait beau par nature et par pose d'ancien sous-officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache d'un geste militaire et familier”. Il garde ses anciennes habitudes et se comporte encore comme un sous-officier : “et jeta sur les dîneurs attardés un regard rapide et circulaire”.

 

Duroy est un personnage très séduisant qui sait jouer de ses charmes :“un de ces regards de joli garçon,”. Il attire les femmes ce qui annonce les prémices de l’histoire :   “Les femmes avaient levé la tête vers lui”. En effet il va se servir de son charme pour pouvoir gravir les échelons de la société :  “Lorsqu'il fut sur le trottoir, il demeura un instant immobile, se demandant ce qu'il allait faire.” Il plaît beaucoup aux femmes car il rentre dans les critères de beauté de l’époque et a un charme bien à lui : “Grand, bien fait, blond, d'un blond châtain vaguement roussi, avec une moustache retroussée, qui semblait mousser sur sa lèvre, des yeux bleus, clairs, troués d'une pupille toute petite, des cheveux frisés naturellement, séparés par une raie au milieu du crâne, il ressemblait bien au mauvais sujet des romans populaires.”

 

Le personnage est actuellement dans un état de pauvreté :“et il lui restait juste en poche trois francs quarante pour finir le mois.” Cet ancien militaire établit maintenant une stratégie pour savoir s’il vaut mieux qu’il mange le matin ou le soir car il n’a pas assez d’argent pour manger à sa faim : “cela représentait deux dîners sans déjeuners, ou deux déjeuners sans dîners, au choix”, le narrateur fait preuve d’ironie et montre à quel point le personnage est calculateur, ce qui est souligné par l’expression «rendre la monnaie de sa pièce».  

On voit  que le personnage tient à contenter ses petits plaisirs mondains afin de garder un pied dans la société :“plus deux bocks sur le boulevard. C'était là sa grande dépense et son grand plaisir des nuits”.

 

De plus son allure révèle son orgueil : “Il marchait ainsi qu'au temps où il portait l'uniforme des hussards, la poitrine bombée, les jambes un peu entrouvertes comme s'il venait de descendre de cheval”.

Il a gardé une démarche militaire qui montre qu'il se lance dans la société comme s’il allait à la guerre : “et battait le pavé de son talon”.

Il a toujours un air hautain vis à vis des autres car pour lui les relations humaines s’apparentent à une bataille qu’il faut remporter : “Il avait l'air de toujours défier quelqu'un, les passants, les maisons, la ville entière”.

 

III) Les grands thèmes du roman

 

Le fait que Maupassant fasse commencer son récit dans un restaurant est ironique :“Georges Duroy sortit du restaurant.” En effet George Duroy va passer symboliquement tout le roman à manger des femmes et leurs maris pour s’approprier leur argent tel un prédateur. Le narrateur compare Duroy à un rapace qui mange des souris ( ce sont des femmes qui cherchent des aventures) :  “qui s'étendent comme des coups d'épervier.” Les femmes sont classées par ordre d’importance : « ouvrières» puis « maîresse de musique» et enfin « bourgeoises » : le désir de séduction s’accompagne de celui de richesse. Duroy se trouve sur le trottoir, attend une seconde tout comme une prostituée : tout le long du roman, il couchera avec des femmes pour de l’argent.

 

Duroy n’accepte pas la fin de sa carrière militaire qu’il considère comme une déchéance dont il faut à tout prix se relever : “par chic de beau soldat tombé dans le civil”.

 

Le narrateur annonce le comportement de Duroy face à ses futurs opposants, il est prêt à tout pour arriver à s’élever dans la société : “heurtant les épaules, poussant les gens pour ne point se déranger de sa route”.  Tout au long du récit le personnage va être indécis comme l’annonce dès le départ le narrateur :“il s'arrêta encore, indécis sur ce qu'il allait faire.” Mais Duroy rêve de retrouver sa prestance et un certain rang social il fera donc tout ce qui est en son pouvoir pour y arriver. Ici le narrateur nous montre que le personnage veut assouvir sa soif de richesse en gagnant l’avenue la plus prestigieuse de Paris : “Il avait envie maintenant de gagner les Champs-Élysées”.

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