Le Rouge et le noir de Stendhal, La scène d’amour, Livre I, chapitre 15 De «Ce bruit le réveilla comme le chant du coq réveilla saint Pierre» à «celui d’un homm

Le Rouge et le noir de Stendhal, La scène d’amour, Livre I, chapitre 15 De «Ce bruit le réveilla comme le chant du coq réveilla saint Pierre» à «celui d’un homme accoutumé à être brillant avec les femmes»

I) Madame de Rênal, un personnage passionné et sincère

 

Tout d’abord, on nous présente la vertu de Madame de Rênal : “elle lui parlait avec une extrême dureté”, “Mortellement effrayée”. Au cours du texte, pour respecter la vertu du personnage, ainsi que son honneur, Stendhal a employé de nombreuses litotes afin de laisser le lecteur imaginer la scène d’amour sans qu’il n’ait à la décrire par respect pour Madame de Rênal: “il n’avait plus rien à désirer”. La citation “Les pleurs et le désespoir de Julien la troublaient vivement” nous prouve que son amour pour Julien est sincère car elle est bouleversée. Mais la raison ne pouvait pas dépasser tout l’amour qu’elle avait pour lui: “Même, quand elle n’eut plus rien à lui refuser, elle repoussait Julien loin d’elle, avec une indignation réelle, et ensuite se jetait dans ses bras”. Madame de Rênal est une femme très sensible, qui lutte contre sa passion, mais son amour est plus fort que sa vertu: “une sensibilité brûlante dans la femme qu’il venait d’enlever”, “Le départ de Julien ne fit point cesser les transports qui l’agitaient malgré elle, et ses combats avec les remords qui la déchiraient”.

 

II) Julien, un hypocrite maladroit et peu courageux

 

En revanche, Julien est tout le contraire du personnage de Madame de Rênal. Le narrateur le juge comme irresponsable et orgueilleux : “Il n’avait plus songé à sa proposition impertinente”. Dès le début du texte, on nous montre qu’il n’est pas très courageux, aller chez sa bien-aimée est une épreuve pour lui car il se laisse dominer par la peur : “jamais il ne s’était imposé une contrainte plus pénible”, “ il était tellement tremblant que ses genoux se dérobaient sous lui”, “souffrant plus mille fois que s’il eût marché à la mort”, “Il ouvrit la porte d’une main tremblante et en faisant un bruit effroyable”. Par peur de se confronter à Madame de Rênal, il allait même jusqu’à espérer que son mari soit éveillé, afin de rebrousser chemin : “Il alla écouter à la porte de M. de Rênal, dont il put distinguer le ronflement. Il en fut désolé. Il n’y avait donc plus de prétexte pour ne pas aller chez elle”. Julien se comporte comme un enfant lorsqu’il est face à Madame de Rênal : “Il ne répondit à ses reproches qu’en se jetant à ses pieds, en embrassant ses genoux”. Il se lamente constamment et n’est jamais satisfait de ce qu’il obtient : “ne pas plaire à une femme si charmante lui parut le plus grand des malheurs”, “Mon Dieu ! être heureux, être aimé, n’est-ce que ça ?”  Dans une phrase où l’on remarque aussi le champ lexical du combat, le narrateur le juge aussi comme maladroit : “une victoire à laquelle ne l’eût pas conduit toute son adresse si maladroite”. Son hypocrisie est représentée avec: “jouer le rôle”, “l’idée du devoir ne cessa jamais d’être présente à ses yeux”. L’orgueil de ce personnage est tellement important (“victime d’un orgueil bizarre”) qu’il ne cesse de se questionner, un rien le perturbe: “Il craignait un remords affreux et un ridicule éternel, s’il s’écartait du modèle idéal qu’il se proposait de suivre. En un mot, ce qui faisait de Julien un être supérieur fut précisément ce qui l’empêcha de goûter le bonheur qui se plaçait sous ses pas”, “Telle fut la première pensée de Julien, en rentrant dans sa chambre. Il était dans cet état d’étonnement et de trouble inquiet où tombe l’âme qui vient d’obtenir ce qu’elle a longtemps désiré”, “N’ai-je manqué à rien de ce que je me dois à moi-même ? Ai-je bien joué mon rôle ? Et quel rôle ? celui d’un homme accoutumé à être brillant avec les femmes”. Pour conclure, on peut dire que Julien est un personnage victime de son orgueil, ce qui le mènera à sa perte.  

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