Les caprices de Marianne de Musset, acte I scène 1, lecture analytique

Les caprices de Marianne de Musset, acte I scène 1, lecture analytique

Analyse : De « Coelio, rentrant » à « elle détourne la rue » En quoi Coelio est-il un personnage romantique ?

Coelio, dans sa réplique « Malheur à celui qui, au milieu de la jeunesse, s’abandonne à un amour sans espoir ! » donne une définition de l’amour romantique : un amour unique et éternel. Il s’exprime dans un registre tragique. La répétition de « Malheur à celui »sonne comme une malédiction. Il dit que rêver c’est dangereux parce qu’on ne sait pas si le rêve va se réaliser, et s’il ne se réalise pas, le romantique sera malheureux pour le reste de sa vie. La métaphore filée de la barque apporte de la poésie et du lyrisme pour expliquer la douloureuse vie de ceux qui rêvent trop. Le personnage d’Octave sert à relancer le dialogue pour faire parler Coelio. C’est un personnage comique dans la tradition de la Commedia dell’arte. Il est habillé en Arlequin à l’occasion du carnaval et son costume permet de révéler son caractère. Il y a dans cette scène un comique de situation grâce au carnaval, un comique de caractère (le romantique face au libertin) et un comique de mots puisqu’Octave reprend en miroir les paroles de Coelio pour se moquer gentiment de lui : « O Coelio! Fou que tu es ! […] N’as-tu pas de honte en plein carnaval ? » Le personnage d’Octave est un libertin qui aime s’amuser et prend toutes les situations avec humour : « Veux-tu des conseils ? Je suis ivre », « J’aimerais mieux mourir que d’attenter à mes jours ». Octave explique sa vie par la métaphore filée de l’acrobate : «  suspendu entre le ciel et la terre ». Ses créanciers veulent le rattraper, ses parents lui font la morale : « des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ». Sa vie n’est qu’une fuite en avant : « Il va plus vite que le vent ». Au contraire, le personnage de Coelio incarne le romantique toujours tourmenté (« Il me manque le repos ») qui cherche refuge dans la nuit (« quel charme j’éprouve, au lever de la lune ») et dans la nature (« sous ses petits arbres »). Il aime les arts (« mon choeur modeste de musiciens ») pour louer la femme aimée (« chanter la beauté de Marianne »). Le personnage romantique incarné ici par Coelio ressent des émotions tellement fortes qu’elles se manifestent par des troubles physiques : « quand je la vois, ma gorge se serre et j’étouffe, comme si mon coeur se soulevait jusqu’à mes lèvres ». A l’inverse, le personnage d’Octave, avec la métaphore filée de la biche, se positionne en chasseur de femmes : « lorsqu’une biche avance à petits pas […] et que le chasseur entend […] comme le frôlement d’une robe légère, les battements de coeur le prennent malgré lui ; il soulève son arme en silence ». Contrairement au libertin qui est dans l’action, le romantique est dans l’introspection : «  Pourquoi donc suis-je ainsi ? ». Le personnage romantique est conscient que les émotions déforment la réalité et que par conséquent la réalité n’est pas la même pour tout le monde : « Chaque homme marche enveloppé d’un réseau transparent […] et l’universelle nature se teint sous ses regards des nuances infinies du tissu magique ». Le romantique a le coeur pur donc il ne peut concevoir le mal (« je ne sais pas me défier d’une action que je ne voudrais pas faire moi-même »). Pour un romantique, les obstacles spirituels et émotionnels sont plus insurmontables que les obstacles physiques : « Entre elle et moi est une muraille imaginaire que je n’ai pu escalader ». Le romantique est extrême dans ses résolutions autant que dans ses émotions : « ou je réussirai, ou je me tuerai ». Il est incapable de changer d’avis ni de fixer son attention ailleurs que sur l’objet de sa passion : « Vivre pour une autre me serait plus difficile que de mourir pour elle ».

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