Analyse du Malade imaginaire acte II scène 5

Analyse du Malade imaginaire, acte II scène 5

Commentaire composé

Le spectateur apprend les principales caractéristiques du personnage de Thomas Diafoirus par le portrait que son père en fait, tandis que le lecteur les apprend en lisant  la didascalie initiale : « Thomas Diafoirus est un grand benêt » ce qui lui donne un avantage par rapport au spectateur qui pour autant ne tarde pas à découvrir en écoutant le père que le fils est effectivement un idiot. À travers ce portrait de Thomas Diafoirus Molière fait ici une satire des médecins en associant le champ lexical de la médecine à celui de la stupidité. On notera l’importance des sonorités du nom Diafoirus qui sonne comme «foireux». Ainsi il donne dans cette scène l’image d’une médecine incompétente, ridicule et dangereuse qui refuse toute forme de progrès : « c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant à la circulation du sang, et autres opinions de même farine.»

Les deux compliments que fait Thomas Diafoirus sont grandiloquents. Ils manquent totalement de sincérité puisqu’il les a appris par cœur dans le but de les réciter afin de faire bonne impression à Argan comme le lui a ordonné son père. La réponse en latin de Monsieur Diafoirus («Optime»), empruntée au vocabulaire judiciaire, a pour but de lui donner de l’importance et de rendre justice à ses prétendus talents d’orateur.

Cléante et Toinette sont complices dans cette scène où ils redoublent d’ironie à l’égard du prétendant d’Angélique : «Que Monsieur fait merveilles, et que s’il est aussi bon médecin qu’il est bon orateur, il y aura plaisir à être de ses malades. / Assurément. Ce sera quelque chose d’admirable s’il fait d’aussi belles cures qu’il fait de beaux discours.»  Dans cette scène Toinette ne ménage pas ses efforts pour dévoiler aux yeux de tous le ridicule du prétendant choisi par Argan pour sa fille : «Vivent les collèges, d’où l’on sort si habile homme !» Mais Argan, fasciné par les deux médecins, ne comprend pas son jeu et se ridiculise en croyant que son admiration pour Thomas Diafoirus est sincère : «Vous voyez, Monsieur, que tout le monde admire Monsieur votre fils, et je vous trouve bien heureux de vous voir un garçon comme cela».

 

Monsieur Diafoirus présente son fils comme un idiot dans des tirades dityrambiques où il fait l’apologie de la stupidité : « Il n’a jamais eu l’imagination bien vive, ni ce feu d’esprit qu’on remarque dans quelques uns ; mais c’est par là que j’ai toujours bien auguré de sa judiciaire, qualités requises pour l’exercice de notre art». Il s’agit d’un compliment paradoxal puisque la stupidité est d’après lui une des qualités requises pour l’exercice de la médecine, ce qui fait évidemment rire le spectateur et montre à quel point Molière a une mauvaise opinion des médecins. La métaphore de l’arbre fruitier rajoute au ridicule et à la mauvaise foi de Monsieur Diafoirus : «Il avait neuf ans, qu’il ne connaissait pas encore ses lettres. «Bon, disais-je en moi-même, les arbres tardifs sont ceux qui portent les meilleurs fruits».» L’adverbe «aveuglément» employé par Monsieur Diafoirus pour décrire son fils est inquiétant pour un médecin censé déceler les maladies de ses patients.

 

Pour faire la cour à Angélique, Thomas lui offre un traité de médecine et lui propose d’assister à une autopsie ce qui montre à quel point il est l’opposé d’un galant homme, comme le souligne ironiquement Toinette : «Le divertissement sera agréable. Il y en a qui donnent la comédie à leur maîtresse ; mais donner une dissection et quelque chose de plus galant.» Le corps prend une grande importance dans la négociation du mariage, notamment lorsque les deux pères discutent de la virilité de Thomas Diafoirus et de sa capacité à procréer, traitant ainsi leurs enfants comme des objets dont ils peuvent disposer ou des animaux dont ils escomptent obtenir en rendement : « pour ce qui est des qualités requises pour le mariage et la propagation, je vous assure que, selon les règles de nos docteurs, il est tel qu’on le peut souhaiter, qu’il possède en un degré louable la vertu prolifique et qu’il est du tempérament qu’il faut pour engendrer et procréer des enfants bien conditionnés.»

Monsieur Diafoirus n’a pas l'intention d’encourager son fils à devenir médecin à la cour car il aurait l’obligation d’y rendre des comptes, or il préfère soigner des bourgeois qui le payent davantage, le vénèrent, et ne remettent jamais en question ses traitements même s’ils ne sont pas guéris. Il avoue aussi qu’il passe le plus de temps auprès des patients qui le payent le plus, ce qu’a bien compris Toinette qui recadre ironiquement le médecin : « Cela est plaisant, et ils sont bien impertinents de vouloir que vous autres Messieurs vous les guérissiez : vous n’êtes point auprès deux pour cela ; vous n’y êtes que pour recevoir vos pensions, et leur ordonner des remèdes ; c’est à eux à guérir s’ils peuvent.»

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