Analyse du Malade imaginaire de Molière, acte III scène 3

Analyse du Malade imaginaire de Molière, acte III scène 3

Cette scène est révélatrice des différences de caractère entre Argan et Béralde car Béralde argumente calmement tandis qu’Argan s’emporte et se laisse dominer par la colère. On le voit par la ponctuation expressive dans les répliques du personnage d'Argan qui parle trop vite et sans réfléchir. Béralde assume ici le rôle du raisonneur mais ne parvient toutefois pas à convaincre Argan qui ne l'écoute pas. Béralde propose à Argan d'aller voir une pièce de Molière pour se divertir, le rire étant le meilleur des médecins. Face à cette proposition le spectateur est à la fois surpris et amusé. Les deux fonctions de la comédie énoncées par Béralde sont divertir et instruire (« tirer d’erreur»). La phrase « Ce ne sont point les médecins qu’il joue mais le ridicule de la médecine» signifie que vouloir soigner est louable mais les moyens employés sont ridicules puisque les lavements et les saignées précipitaient souvent les malades dans la tombe. Molière excelle dans l'art de parler du théâtre au théâtre puisque pour défendre l'idée selon laquelle le rire est médecin, il propose de se divertir en allant voir sa propre pièce.

Les deux frères échangent des stichomythies c’est-à-dire des répliques rapides qui montrent qu’ils ne sont pas du tout d’accord et qu’ils sont près de se disputer. Argan veut absolument marier sa fille à un médecin afin de pouvoir être soigné quand bon lui semble. C’est un comportement extrêmement égoïste puisqu’il ne tient aucun compte du bonheur d’Angélique et ne pense qu’à ses propres intérêts : «Mais le mari qu’elle doit prendre doit-il être, mon frère, ou pour elle, ou pour vous ?/ Il doit être, mon frère, et pour elle, et pour moi, et je veux mettre dans ma famille les gens dont j’ai besoin».  Quand Béralde évoque «un parti plus sortable», il parle de Cléante. Mais malgré son changement d’argumentation («Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins, et que vous soyez toujours malade en dépit des gens et de la nature ?»), il n’arrive pas à raisonner son frère.

Le verbe «croire» employé par Argan dans sa question «Vous ne croyez donc point à la médecine» se rapporte habituellement au domaine de la religion et de la superstition et montre le fanatisme d’Argan à l’égard de la médecine en qui il a une foi aveugle : «croyez», «salut», «révérée», «mystères» appartiennent au champ lexical de la foi. Argan défend les médecins car il pense qu’ils «en savent plus que les autres» et que «dans la maladie, tout le monde a recours aux médecins». Donc il ne mène pas de réflexion par lui-même mais se range du côté de la croyance populaire. Béralde lui rétorque que le savoir des médecins n’est que de la poudre jetée aux yeux sous la forme de belles paroles et de quelques mots de grec et de latin : «Parler en beau latin», «nommer en grec», «pompeux galimatias», «spécieux babil». Pour Béralde les médecins sont soit des imposteurs qui profitent de la crédulité des malades pour s’enrichir en leur prescrivant toujours plus de médicaments qui finissent par les tuer ; soit comme Monsieur Purgon des fanatiques aveugles : «c’est de la meilleure foi du monde qu’il vous expédiera». Dans tous les cas, selon Béralde (qui porte ici les idées de Molière) les médecins sont des gens dangereux dont il faut se méfier : «Entendez-les parler : les plus habiles gens du monde ; voyez-les faire : les plus ignorants de tous les hommes.»

Écrire commentaire

Commentaires: 0