Analyse du Malade imaginaire de Molière, acte III scènes 11 à 14

Analyse du Malade imaginaire de Molière, acte III scènes 11 à 14

Commentaire composé

Le comique permet d'aborder la question de la mort d'une manière aussi profonde que le tragique grâce a l'illusion théâtrale qui est pleinement révélatrice de la vérité des êtres et de la condition humaine. En effet, dans le malade imaginaire scènes 11 et 12, Molière utilise le théâtre dans le théâtre puisque Toinette et Argan jouent la comédie pour Béline qui tombe dans le piège en révélant ses véritables sentiments à l'égard de son odieux mari. C'est une scène très cruelle bien que comique, car le mari hypocondriaque est détesté par son épouse qui est pressée de mettre la main sur sa fortune. Le pauvre homme est à ce point terrorisé par la mort qu'il craint de mourir en jouant le mort, ce qui fait rire le spectateur et dédramatise la peur de la mort.

Toinette a demandé à Argan de jouer le mort afin d’éprouver les sentiments de son entourage familial, car elle pense comme Béralde que Argan ne devrait pas faire confiance à sa femme, et qu’il devrait au contraire veiller au bonheur d’Angélique qui ne mérite pas d’être sacrifiée sur l’autel de sa passion pour les médecins. L’échange rapide de répliques entre Toinette et Béline au début de la scène 12 avec les stichomythies : «Ah, Madame / Qu’y a-t-il ? / Votre mari est mort. / Mon mari est mort ?» souligne la spontanéité et l’impatience de Béline : «Assurément ? / Assurément» et révèle sa véritable nature de croqueuse de diamants : «Le Ciel en soit loué ! Me voilà délivrée d’un grand fardeau [...] Il y a des papiers, il y a de l’argent dont je veux me saisir, et il n’est pas juste que j’aie passé sans fruit auprès de lui mes plus belles années».

 Béline se livre ici à une véritable oraison funèbre paradoxale dans laquelle elle énumère tous les défauts de son défunt mari : « Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatigant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes et valets». On remarque les procédés du théâtre dans le théâtre et de la double énonciation car le spectateur sait que Argan n’est pas mort et s’attend à la réaction de surprise de Béline lorsque celui-ci se lève brusquement.

Toinette rejoue la scène de déploration à l’identique pour Angélique, ce qui provoque un comique de répétition, de même que la réplique «Ahy !» prononcée par les deux femmes au réveil du défunt. Mais au contraire de sa belle-mère, Angélique est profondément éplorée, comme le montre le registre tragique : « O Ciel ! Quelle infortune ! Quelle atteinte cruelle ! Hélas ! Faut-il que je perde mon père ? La seule chose qui me restait au monde ?» On ne peut pas douter de sa sincérité, et lorsque Cléante la rejoint, il adopte la même attitude de désespoir car il aime profondément Angélique et souffre de la voir malheureuse. Angélique, à l’inverse de Béline, fait un portrait élogieux de son père et se déclare prête à entrer au couvent pour suivre ses dernières volontés : «je ne veux plus être du monde, et j’y renonce pour jamais».

Cependant, même après ces révélations, Argan reste obsédé par la médecine et exige que Cléante devienne médecin s’il veut épouser sa fille : «Qu’il se fasse médecin, je consens au mariage» Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.» Toinette et Béralde proposent alors à Argan de se faire lui-même médecin, puisque d’après eux cela ne requiert aucune compétence en dehors de l’art d’embobiner les gens avec de belles paroles : «L’on n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison».

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