Analyse de la danse de Salomé dans Hérodias de Flaubert

Analyse de la danse de Salomé dans Hérodias de Flaubert

Commentaire composé

Comment dans cette description réaliste Flaubert crée-t-il une atmosphère inquiétante ?

 

I) Un texte réaliste qui cherche à représenter l'antiquité

 

Le conte Hérodias de Flaubert est une réécriture de l'épisode biblique de la danse des sept voiles de Salomé. De nombreux personnages et lieux de ce passage biblique sont cités dans ce texte : "Hérodias”, "Salomé”, “Hérode”, “Tibérias”, "Capharnaüm". L'entrée de la danseuse est mise en scène par l’usage de phrases courtes au début du passage et longues ensuite, afin d’accompagner le regard des spectateurs. L’effet de surprise est amplifié par les étapes successives par lesquelles Salomé se déshabille. Le voile l’enveloppe de mystère: “Sous un voile bleuâtre lui cachant la poitrine et la tête”. Le foisonnement de détails fait tourner la tête du lecteur comme la danseuse fait chavirer les spectateurs : “les calcédoines de ses oreilles”, “une ceinture d’orfèvrerie”, “semés de mandragores”. L’ivresse du texte est aussi intense que l’ivresse de la danse.

 

II) Une danse à la fois érotique et inquiétante

 

La danseuse est très belle et mise en valeur par de riches parures : “un voile bleuâtre", “les calcédoines de ses oreilles”, “un carré de soie gorge-de-pigeon”, “une ceinture d'orfèvrerie", "l'étoffe de son dos”, “ses pantoufles en duvet de colibris”...

De plus, elle prend des postures très érotiques afin d'envoûter les spectateurs : “Sans fléchir ses genoux en écartant les jambes, elle se courba si bien que son menton frôlait le plancher”. Le texte devient inquiétant parce qu’elle envoûte les hommes au point qu’ils ne peuvent plus réfléchir, donc elle les rend vulnérables : “tous, dilatant leurs narines, palpitaient de convoitise”. Le champ lexical de la sorcellerie, qui est la quintessence du pouvoir de séduction féminin, entretient le mystère angoissant autour de la danseuse : "semés de mandragores” (plantes utilisées pour l’élaboration de philtres d’amour), “la rhombe des sorcières”, “de ses vêtements jaillissaient d’invisibles étincelles qui enflammaient les hommes” (un pouvoir surnaturel émane de la danseuse). Enfin, Salomé est comparée avec le scarabée annonciateur de mort dans  l'antiquité : “parcourut l’estrade comme un grand scarabée ; et s'arrêta brusquement". C’est donc une prolepse puisqu’à la suite de cette danse,  Hérode subjugué, apportera à Salomé la tête de Saint-Jean Baptiste sur un plateau d’argent. On peut dire ici que Salomé est le bras armé de sa mère, son double maléfique : “C’était Hérodias, comme autrefois dans sa jeunesse”.

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