Analyse du Roman comique de Scarron

Analyse du Roman comique de Scarron

Incipit

1.    Cet incipit est traditionnel

A.           Présentation des personnages:

 

Trois personnages : rôles types de la comédie : 2 jeunes amoureux et un vieillard qui s’oppose à leur amour.

Personnages anormaux : mélange de styles : l13 : “ une demoiselle habillée moitié ville, moitié campagne.”

Personnage comparé à une tortue : “ on l'eût pris de loin pour une grosse tortue qui marchait sur les jambes de derrière”.

Une troupe de théâtre avec des difficultés financières : le jeune homme chasse pour nourrir le groupe. Leurs habits n’ont ni queue ni tête : ils sont vêtus de leurs costumes pour leurs représentation. Ils sont en mauvais état :28 : “ des brodequins à l’antique que les boues avaient gâtées jusqu’à la cheville.”

 

B.   Description réaliste des lieux et du temps

 

Décor des halles du Mans : l11 : “entra dans les halles du Mans”

“Le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course” l1 : montre que la scène se déroule en début d’après midi.

 

2. Cet incipit est déroutant

A.           Fausse hypothèse du registre épique

 

Entrée du roman paraît épique : “course” puis “char” l1 fait penser aux jeux de l’antiquité.  

Style très soutenu : “ Si les chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent achevé ce …” allégorie énorme uniquement pour donner l’heure de la scène.

 

B.   Registre burlesque

 

En réalité le registre est burlesque : l7 : “ pour parler plus humainement et plus intelligiblement,” ce qui fait sourire le lecteur.

Les personnages sont également comiques : leurs habits ne vont pas ensemble.

Le narrateur fait des comparaisons peu réalistes entre l’homme et la tortue.

 

C. Le narrateur est le complice du lecteur

 

L’auteur s’adresse directement au lecteur : l35 : “Retournons à notre caravane.” Il fait ainsi du lecteur son complice. Scarron s’adresse au lecteur en utilisant la première personne du singulier : l34 : “ je m’en sers de ma seule autorité”.

Chapitre X, « Comment Ragotin eut un coup de busc sur les doigts »

De «Le pauvre Ragotin, qui vit que tout le monde s’éclatait de rire à ses dépens » à « de ce qu’il avait le nez écorché »

I) Une scène théâtralisée

 

Les gestes des personnages tiennent une grande place dans cet extrait. Ragotin se retrouve pris à partie par des comédiens qui jouent une comédie à ses dépens. Ragotin s’énerve d’être ainsi tourné en ridicule, mais loin de réussir à regagner sa dignité, il se donne en spectacle. Cette impression d’assister à une pièce de théâtre en plein roman est renforcée par la focalisation externe qui place le lecteur en position de spectateur.

 

II) Une parodie épique

 

Ragotin essaie de se défendre mais sa petite taille l’en empêche et il doit même être secouru par les dames qu’il avait l’intention de séduire, ce qui est le comble de l’humiliation : « les charitables comédiennes relevèrent le petit homme ». L’antéposition de l’adjectif souligne l’ironie de la situation. Le rythme des phrases mime celui de la bagarre pour donner encore plus de vivacité au récit afin de parodier un combat épique.

 

III) Le comique de la scène

 

Ragotin est comparé à un animal furieux pris au piège par des hommes (« comme un taureau dans son chapeau »), ce qui souligne son infériorité et renforce le ridicule du personnage. Cette bagarre tourne au burlesque avec la mésaventure du chapeau.

Chapitre 20 de la première partie

I) Comment le comique fait-il progresser l’action dans le chapitre 20 du Roman comique de Scarron ?

 

 Tout d’abord, l’action est statique. On a une description des événements passés et un commentaire du narrateur “Je ne crois pas que défunt Phaéton, de malheureuse mémoire ait été plus empêché [...] que le fut notre petit avocat sur un cheval doux comme un âne”. 

Mais lorsque Ragotin se met sur le cheval, l’action commence réellement, et le lecteur, avec l’insertion d’un comique de situation, assiste à la chute de Ragotin décrite avec précision “il pendit quelque temps aux crins du cheval, un pied accroché par son éperon à la selle et l’autre pied et le reste du corps attendant le décrochement de ce pied”. 

On trouve également tout au long du texte des longues phrases signifiant que le narrateur a beaucoup à dire, ainsi qu'une référence à Phaéton, personnage de la mythologie grecque qui à eu un problème similaire avec des chevaux. 

Un comique de répétition est présent car l’accident arrive également à Roquebrune qui devrait être plus adroit que Ragotin “il y avait quelque sort jeté sur ce malencontreux animal : la selle mal sanglée tourna comme à Ragotin”. 

L’allitération en [r] est utilisée pour montrer la difficulté que rencontre Ragotin “le reste du corps attendant décrochement de ce pied accroché pour donner en terre, de compagnie avec la carabine, l’épée, et le baudrier, et la bandoulière”.

 

 II) Faites un parallèle entre ce vingtième chapitre et les romans picaresques que vous connaissez.

 

 Nous avons ici une description des objets utilisés, plus particulièrement ceux provenant du champ lexical de l’équitation (“pommeau”,”selle”,”bride”...) et le champ lexical du matériel militaire (“épée”,”carabine”,”baudrier”...). 

Cela crée un parallèle avec les romans picaresque qui sont présenté comme des contes chevaleresques. 

Scarron en fait même une comédie comme Don Quichotte de Miguel de Cervantès, qui lui est une parodie des romans chevaleresques. Comme dans le roman picaresque, les deux personnages principaux, Ragotin et Roquebrune sont de piètres cavaliers : ”il fallut tomber ; ce qu’il fit bien plus adroitement qu’il n’avait monté.” 

À la manière de Don Quichotte, Ragotin choisit un cheval banal “doux comme un âne” mais est pire que le chevalier de la Mancha, car celui-ci arrive à monter sur son cheval qui n’est également pas un pur sang. 

Normalement, un chevalier doit se battre contre les ennemis, alors que Ragotin se bat avec son propre cheval, qui devrait à la place l’aider “il quitta la bride en homme de jugement et se prit aux crins du cheval qui se mit aussitôt à courre”. 

Le chevalier doit également protéger les villageois en temps de guerre, mais Ragotin les met en danger en laissant le cheval courir dans leurs résidences “il s’en retourna vers la ville”.  

De plus, ils sont exposés aux parties basses de Roquebrune “ses chausses lui étant tombées sur les jarrets”, et donc après avoir bien ri de lui ils ne pourront plus le respecter et encore moins se sentir redevables envers lui qui pourtant devrait endosser le rôle de leur protecteur.

Le portrait de la Bouvillon

De «L'ayant fait comme elle l'avait dit» à «Elle cria qu'elle était morte»

I) Le portrait caricatural de la matrone

 

“son gros visage fort enflammé et ses petits yeux fort étincelants” : L’auteur utilise des adjectifs négatifs pour qualifier le visage de la Bouvillon. Il met en avant la rondeur de son visage en créant un contraste entre le visage et les yeux. La répétition de “fort” montre que tout est exagéré sur son visage.

“La grosse sensuelle” : L’auteur ne dit pas le nom de la femme mais la qualifie de “grosse”, ce qui montre qu’elle ne sait pas se modérer. La Bouvillon est comparée à une matrone puisqu’elle est grosse, ne contrôle pas ses désirs et très dominatrice. C’est donc un personnage de farce. 

“dix livres de tétons pour le moins, c'est-à-dire la troisième partie de son sein, le reste étant distribué à poids égal sous ses deux aisselles” : L’auteur décrit la Bouvillon de façon grotesque en mettant en avant qu’elle est très grosse, elle en devient écoeurante. Elle met en avant ses attributs sexuels d’une manière grotesque.

“Sa mauvaise intention la faisant rougir (car elles rougissent aussi les dévergondées), sa gorge n'avait pas moins de rouge que son visage et l'un et l'autre ensemble auraient été pris de loin pour un tapabor d'écarlate” : La Bouvillon laisse son désir s’exprimer sur son visage. On a l’impression qu’elle est très laide puisqu’elle perd sa féminité. 

“Elle s'écria qu'elle avait quelque petite bête dans le dos et se remuant en son harnais comme quand on y sent quelque démangeaison, elle pria Destin d'y fourrer la main” : La Bouvillon veut à tout prix séduire Destin et le force donc de la toucher. 

 

II) Une parodie de combat épique

 

“il se tirerait à son honneur de la bataille” : On retrouve un vocabulaire lié au combat: “tirerait” et “bataille”. 

“la Bouvillon, lui tâtant les flancs” : La Bouvillon se permet de toucher Destin sans retenue comme si elle voulait l’attrapper. 

“Il fallait combattre ou se rendre, quand Ragotin se fit ouïr de l'autre côté de la porte, frappant des pieds et des mains comme s'il l'eût voulu rompre et criant à Destin qu'il ouvrît promptement”: Ragotin est le sauveur de Destin, il arrive tel un chevalier qui va sauver une femme. Mais ici, il vient sauver l’homme de la femme.

“la fit donner si rudement contre le visage de la pauvre dame qu'elle en eut le nez écaché et de plus une bosse au front grosse comme le poing” : La Bouvillon perd finalement la bataille en se prenant des coups à cause de Ragotin qui entre de façon théâtrale. 

“Elle cria qu'elle était morte” : La Bouvillon exagère sa douleur et avoue être vaincue. 

“il rencontra du pied quelque chose qui le fit broncher et se choqua la tête contre un banc, assez rudement pour en être quelque temps étourdi” : La chute de Destin est aussi ridiculisée que les coups que se prend La Bouvillon. On retrouve un comique de situation dans ce chaos, ce passage est donc théâtralisé. 

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