Analyse de Electre de Giraudoux

Analyse de Electre de Giraudoux

Acte I scène 1 L'exposition

I) La modernité

 

“Un étranger (Oreste) entre escorté de trois petites filles, au moment où, de l’autre côté, arrivent le jardinier, en costume de fête, et les invités villageois.” :

Les trois petites filles présentes dans la pièce ne seraient pas normalement présentes dans une tragédie antique et surtout elles n’auraient pas le droit à la parole. On peut aussi voir que Oreste est présenté comme un étranger pour créer du suspense alors que normalement la scène d’exposition doit nous apporter des réponses.

“Le voilà, monsieur, votre palais d’Agamemnon !” : Des informations nous sont données sur le lieu, “Votre famille habitait Argos ?”, et sur les personnages de manière énigmatique : “J’imagine que c’était ceux d’Électre.”

 “Tu penses !”, “Ou il va braire. Ou miauler.” : On voit apparaître le langage familier ce qui n’est pas acceptable dans une tragédie antique ou classique. De plus, les personnages sont comparés à des animaux, et les petites filles font des remarques ironiques : “Comme cela il est sûr de ne pas se tromper.”

“Ce qui vous trompe, c’est que le corps de droite est construit en pierres gauloises qui suintent à certaines époques de l’année. Les habitants de la ville disent alors que le palais pleure. Et que le corps de gauche est en marbre d’Argos, lequel, sans qu’on ait jamais su pourquoi, s’ensoleille soudain, même la nuit. On dit alors que le palais rit. Ce qui se passe, c’est qu’en ce moment le palais rit et pleure à la fois.” : Clytemnestre a perdu la moitié de son coeur à la mort d’Iphigénie, ce qui est symbolisé par le côté du palais qui pleure. Mais en assassinant Agamemnon elle a ressenti une telle joie qu’elle resplendit symboliquement sur le côté droit du palais.

“Ou de souvenirs d’enfance.” : On retrouve une façon originale d’annoncer l’identité d’Oreste. La pièce fonctionne comme un message codé et il appartient au lecteur de trouver les indices qui le conduiront à la compréhension du message que veut faire passer le dramaturge.

“LE JARDINIER. – Vous avez déjà visité le palais ?” : Le jardinier a pour fonction de relancer le dialogue et faire parler Oreste pour semer des indices.

“Il ne marchait pas encore.” : L’âge du personnage d'Oreste est introduit de manière originale dans la pièce.

“ En tout cas, c’est le seul baiser qu’ait reçu Électre.” : On se rend compte qu'Electre n’est pas aimée car elle représente la justice donc elle est froide et rigide.

 

II) Le tragique

 

“Le côté droit n’existe pas. On croit le voir, mais c’est un mirage” : Clytemnestre est représentée par le palais. Elle a perdu la raison même si en apparence elle a toujours l’air normale. On a la confirmation que le palais représente Clytemnestre:  “C’est tout à fait un palais de veuve.”

“C’est comme le jardinier qui vient là, qui veut vous parler. Il ne vient pas. Il ne va pas pouvoir dire un mot.” : Tous les personnages subissent leur destin.

“n’écoutez pas ces menteuses” : Les petites filles occupent la fonction du choeur et représentent le destin, leurs paroles sont donc prophétiques, “Comment sais-tu cela, petite ?”

“On me posait dans un losange de tigres quand j’étais méchant, et dans un hexagone de fleurs quand j’étais sage. Et je me rappelle le chemin qui me menait rampant de l’un à l’autre… On passait par des oiseaux.” : Les tigres représentent la cruauté d’Agamemnon et les fleurs la douceur maternelle de Clytemnestre. La mosaïque symbolise le dilemme d’Oreste tiraillé entre sa fidélité envers son père et son amour envers sa mère. Il était dès l’enfance accablé par son destin puisqu’il ne pouvait que “ramper” de l’un à l’autre”. La seule façon d’y échapper est la mort représentée par les oiseaux.

“les visages étaient haut dans le ciel” : Oreste est soumis aux autres membres de sa famille, “J’ai dû les embrasser, n’est-ce pas ?”

“J’essayais, entre les franges, de toucher leurs anneaux d’or. Certaines chevilles étaient unies par des chaînes ; c’était les chevilles d’esclaves.” : Tous les membres de la familles sont des esclaves, même s’ils sont de sang royal, car ils sont enchaînés à leur destin. Les pieds représentent la marche et donc la progression impossible des personnages.

“Je me rappelle surtout deux pieds tout blancs, les plus nus, les plus blancs. Leur pas était toujours égal, sage, mesuré par une chaîne invisible. J’imagine que c’était ceux d’Électre.” : Electre a les pieds blancs car elle incarne la justice donc elle reste pure.

“Toujours. Pas pour longtemps.” : cette réplique annonce les morts à venir.

Acte I scène 11 La confrontation entre Oreste et Clytemnestre

I. Une confrontation tendue

1. La souffrance inoubliable d'Oreste

 

Oreste est un fils rancunier :“Une mère qui vous a chassé”, il symbolise la distance qu’il prend vis à vis de sa mère par l’emploi de 3e personne. Cette communication difficile est  soulignée par le rythme haché qui empêche la fluidité de l’échange: “Mon fils aussi. Beau. Souverain. Et pourtant je m’approche.” C’est plus une confrontation qu’un échange.” Le dialogue devient alors une confrontation plus qu’un échange. Oreste est ironique dans ses propos pour blesser sa mère: “ À distance c’est une splendide mère”. Oreste n’est pas prêt à recréer un lien et ne laisse aucune chance à sa mère: “Ou sa maternité ?… C’est bien pour cela que je reste immobile”. Les deux personnages jouent un rôle, on assiste à du théâtre dans le théâtre :”À ce mirage du moins je peux dire ce que je ne dirai jamais à ma vraie mère.”, c’est un faux dialogue. Malgré tout Oreste admire sa mère : “CLYTEMNESTRE. – Que tu l’admires ? ORESTE. – Sur ce point seul mirage et mère peuvent partager.”. Oreste menace ouvertement sa mère pour lui faire comprendre que ce dialogue n’est qu’un pour parler et non une réconciliation : “Songe à lui nuire, tu les retrouveras”.

 

2.Le désir d'oublier pour Clytemnestre

 

Clytemnestre veut se réconcilier : “Et pourtant je m’approche.” Elle est abasourdie de voir comment son fils la perçoit et la haine qu’il lui renvoie : “Pour moi, c’est le contraire.” Elle aime toujours son fils malgré la haine qu’il lui renvoie : “Mais que mon fils soit lui-même devant moi, qu’il parle, qu’il respire, je perds mes forces.” Elle essaie d’attendrir son fils : “Pourquoi es-tu si dur ? Tu n’as pas l’air cruel, pourtant. Ta voix est douce ?”. Mais cela ne marche pas : “Si je n’étais pas ton fils, je m’y tromperais.”

 

II. Une réconciliation impossible

1. L'intervention d'Electre

 

Dès le départ, Electre se présente comme le juge dans ce procès que les deux enfants intentent à Clytemnestre : “Alors, pourquoi parlez-vous tous deux ?”. Elle n’a pas autorisé Oreste à parler à sa mère, et Clytemnestre n’est pas jugée digne de parler à son fils : “Tout me dit que toi tu n’as pas droit, dans ta vie, à plus d’une minute d’amour filial. Tu l’as eue.” Electre est la voix de la vérité puisqu’elle énonce le fait qu’il s’agit d’un faux dialogue : “Puisque au milieu de la nuit, des haines, des menaces, s’est ouvert une minute ce guichet qui permet à la mère et au fils de s’entrevoir tels qu’ils ne sont pas”. Elle se présente aussi comme le metteur en scène de cette pièce de théâtre dont elle tire les ficelles : “Quelle comédie joues-tu”. Sa dernière parole est prophétique puisque c’est elle qui va obliger Oreste à assassiner Clytemnestre : “Vous pouvez vous dire au revoir. Vous vous reverrez.”

 

2. L'intervention des petites Euménides

 

Les Euménides représentent le destin que l’on ne peut pas arrêter puisqu’il se manifeste au moment où l’on ne s’y attend pas : “apparaissant derrière les colonnes”. Les Euménides symbolisent la conscience des personnages “Adieu, vérité de mon fils.” “Adieu, mirage de ma mère.” Ainsi Giraudoux modernise la tragédie puisque les enfants n’avaient pas le droit d’être représentés sur scène et ici il confie ce rôle très important de manifester le destin à des petites filles.

Le lamento du jardinier

I) Une définition moderne de la tragédie

 

“C’est cela que c’est, la Tragédie, avec ses incestes, ses parricides : de la pureté, c’est-à-dire en somme de l’innocence” : Le dramaturge veut choquer son lecteur. Il exprime ici l’idée que la violence, lorsqu’elle est poussée à son paroxysme, n’est plus souillée par d’autres sentiments, elle devient alors “pure”.

“la pharaonne qui se suicide me dit espoir” : Le suicide d’un tyran donne l’espoir de plus de liberté au peuple.

“le maréchal qui trahit me dit foi” : Il peut trahir parce qu’il a foi en autre chose.

“le duc qui assassine me dit tendresse.”: Il peut commettre un crime par amour.

On en déduit que les personnages de tragédie n’ont pas les mêmes aspirations que les personnes ordinaires et nous permettent donc de voir le monde sous un angle différent, de prendre de la hauteur.

“C’est une entreprise d’amour, la cruauté… pardon je veux dire la Tragédie.” : La tragédie serait égale à la cruauté, ce qui est une définition habituelle. Mais la cruauté serait égale à l’amour… Encore une fois le but est d’interpeller le spectateur qui doit comprendre qu’il ne faut pas s’arrêter sur l’horreur apparente du crime commis car ce crime est forcément motivé par l’amour.

“ma devise de délaissé et de solitaire : joie et amour.” : Les personnes abandonnées et souffrant de solitude deviennent la plupart du temps aigries et renfermées, ce qui n’est pas le cas du jardinier. Grâce à sa foi, son bonheur ne dépend pas des circonstances.

“Je ne sais si vous êtes comme moi” : Le dramaturge parle directement à son lecteur à travers la voix du jardinier, un personnage qui ne devrait pas figurer dans une tragédie. 

“C’est une entreprise d’amour, la cruauté… pardon je veux dire la Tragédie.” : Le dramaturge utilise un ton assez spontané, il est familier, comme s’il parlait à un ami, “Moi, ç’a toujours été les silences qui me convainquent…”

“Mais je les conjure plutôt, je vous conjure, Dieu, comme preuve de votre affection, de votre voix, de vos cris, de faire un silence, une seconde de votre silence… C’est tellement plus probant. Écoutez… Merci.” : Le dramaturge dénonce les malédictions divines trop récurrentes selon lui dans les tragédies, et demande aux personnages d'arrêter de se disputer.

 

II) Une réflexion sur la foi

 

“Voilà pourquoi je suis sûr, ce matin, que si je le demandais, le ciel m’approuverait, ferait un signe, qu’un miracle est tout prêt, qui vous montrerait inscrite sur le ciel et vous ferait répéter par l’écho ma devise de délaissé et de solitaire : joie et amour.”: Le jardinier devient une figure christique puisqu’il est seul contre tous, sa devise reprend celle du christ : “Soyez dans la joie et que votre joie soit parfaite” et “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grande joie que de donner sa vie pour ses amis”. De plus il est le seul à être certain que les prières sont toujours exaucées, comme l’a dit Jésus : “Demandez et vous recevrez” et “Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon Nom il vous l’accordera”.

“Si vous voulez, je le lui demande. Je suis sûr comme je suis là qu’une voix d’en haut me répondrait, que résonateurs et amplificateurs et tonnerres de Dieu, Dieu, si je le réclame, les tient tout préparés, pour crier à mon commandement : joie et amour.” : A la manière du Christ, le jardinier qui a renoncé au bonheur terrestre (puisqu’il ne pourra pas épouser Electre), se sacrifie et propose d’intercéder pour que Dieu sauve le monde avec son amour.

“Mais je vous conseille plutôt de ne pas le demander. D’abord par bienséance. Ce n’est pas dans le rôle d’un jardinier de réclamer de Dieu un orage, même de tendresse.” : Giraudoux s’amuse avec son spectateur en invoquant la règle de bienséance du théâtre classique alors qu’il n’en respecte pas les règles. Il est ironique puisqu’il a donné au jardinier un rôle très important dans sa tragédie puisqu’il est le personnage qui porte le message final de sa pièce.

“ils sont tous là-haut, autant qu’ils sont, et même s’il n’y en a qu’un, et même si cet un est absent, prêts à crier joie et amour.” : Le dramaturge fait référence à l’intercession des saints.

“C’est tellement plus digne d’un homme de croire les dieux sur parole, – sur parole est un euphémisme, – sans les obliger à accentuer, à s’engager, à créer entre les uns et les autres des obligations de créancier à débiteur.” : La vraie foi c’est de croire que même si on ne demande pas d’aide, Dieu veille sur nous.

“Moi, ç’a toujours été les silences qui me convainquent…” : La vraie prière se fait seul “dans sa chambre”, ce qui veut dire dans l’intimité et le secret.

“Oui, je leur demande de ne pas crier joie et amour, n’est-ce pas ? S’ils y tiennent absolument, qu’ils crient.”  : L’expression biblique “crier à Dieu” est utilisée lorsqu’il n’y a plus aucune possibilité pour l’homme de se sauver par ses propres forces. C’est l’ultime recours.

Acte II scène 8 La tirade de Clytemnestre

Il s’agit ici d’une “scène d’aveu” dans laquelle Clytemnestre monopolise la parole pour avouer dans une longue tirade le meurtre d’Agamemnon à sa fille Electre qui ne le lui pardonnera pas.

 

I) La haine

1) Le mariage

 

Dès le début de la scène nous pouvons ressentir la haine que Clytemnestre a gardée en elle pendant ces “vingt ans”  de mariage avec Agamemnon. Ceci est confirmé par l’ironie de Clytemnestre “ce père admirable !” , alors que “dans l'aube” ce père “livra à la mort [...] Iphigénie”. Ensuite Clytemnestre condamne le fait que les femmes ne sont pas libres de choisir leurs conjoints “Une femme est à tout le monde. Il y a tout juste au monde un homme auquel elle ne soit pas”. Ceci montre que la seule personne auquel Clytemnestre ne veut pas appartenir est son mari, qui lui a été imposé et qu’elle n’aime pas: “Le seul homme auquel je n'étais pas, c'était le roi des rois, le père des pères, c'était lui ! “. De plus Clytemnestre a vécu son mariage comme un enlèvement : “Du jour où il est venu m'arracher à ma maison,” Ce qui est une exagération provoquée par la haine de Clytemnestre pour son époux.

 

2) La préciosité

 

Clytemnestre ne peut supporter le coté précieux d'Agamemnon “de cette main dont il relevait toujours le petit doigt, je l'ai haï.” Ceci montre que toute l’attention de Clytemnestre s’était focalisée sur ce geste d’Agamemnon qu’elle jugeait précieux et efféminé. Elle a concentré toute sa haine sur ce détail pour justifier qu’à ces yeux Agamemnon n’avait pas l’étoffe d’un roi quelles que soient les circonstances : “Il le relevait pour boire, il le relevait pour conduire, le cheval s'emballât-il, et quand il tenait son sceptre,… et quand il me tenait moi-même, je ne sentais sur mon dos que la pression de quatre doigts”.

 

3) L'invincibilité

 

Clytemnestre essaie de dévaloriser les attributs de sa barbe qui le rendent invincible aux yeux du peuple : “inutile, l'eau du bain, sous laquelle je plongeais sa tête, inutile la nuit de faux amour, où je la tirais et l'emmêlais, inutile cet orage de Delphes sous lequel les cheveux des danseuses n'étaient plus que des crins ; de l'eau, du lit, de l'averse, du temps, elle ressortait en or, avec ses annelages.” Ce passage renforce le côté invincible d’Agamemnon qui malgré la haine de Clytemnestre, garde une barbe dorée et bouclée qui symbolise aussi sa richesse et sa superiorite que Clytemnestre ne supporte pas.

 

 II) Une violence libératrice

1) Un discours violent

 

“Oui, je le haïssais”  est une affirmation de la part de Clytemnestre pour confirmer les doutes d’Electre. Cette question de haine sera présente tout au long de cette tirade. Clytemnestre continue a exercer sa passion haineuse sur la personne d’Agamemnon qui, même mort est victime de la violence verbale de sa femme :

 “Il était pompeux, indécis, niais. C'était le fat des fats, le crédule des crédules.”

 De plus ce passage renforce la folie de Clytemnestre car son argumentation repose sur les attributs physiques sur lesquels elle a focalisé toute sa haine: “Le roi des rois n'a jamais été que ce petit doigt et cette barbe que rien ne rendait lisse.” Cependant ces attributs sont symboliques. La barbe nommée “toison” rappelle le mythe de Jason et la toison d’or, puisque Jason a conquis la toison d’or avec l’aide de Médée sans qui il n’aurait pas pu réussir. On voit donc qu’avec sa barbe bouclée et dorée, Agamemnon est comparé à un héros mythique qui ne méritait pas son succès : “elle ressortait en or, avec ses annelages”. Cet amalgame nous amène naturellement à l’immolation du bélier, bouc émissaire de “la toison d’or” de Jason-Agamemnon.

 

2) Le meurtre symbolique

 

La barbe nommée “toison” rappelle le mythe de Jason et la toison d’or, puisque Jason a conquis la toison d’or avec l’aide de Médée sans qui il n’aurait pas pu réussir. On voit donc qu’avec sa barbe bouclée et dorée, Agamemnon est comparé à un héros mythique qui ne méritait pas son succès : “elle ressortait en or, avec ses annelages”. Cet amalgame nous amène naturellement à l’immolation du bélier, bouc émissaire de “la toison d’or” de Jason-Agamemnon : “J'ai fait immoler le bélier le plus bouclé, le plus indéfrisable, et je me suis glissée vers minuit, dans la salle du trône, toute seule, pour prendre le sceptre à pleines mains !” Clytemnestre a tué Agamemnon de manière symbolique avant de l’assassiner réellement avec l’aide d'Egisthe.

Acte II scène 9 Le récit du meurtre

«La femme Narsès et les mendiants délièrent Oreste» :  L’utilisation du passé simple sert à souligner l’action de Narsès et des mendiants qui présentent Oreste comme une bête enragée.

 «Il se précipita à travers la cour. Il ne toucha même pas, il n'embrassa même pas Électre.» -  Oreste est aveuglé par sa passion tragique.

 «Il a eu tort.» -  Le mendiant représente la sagesse populaire.

 «Il ne la touchera jamais plus.»- La fatalité s’abat sur Oreste qui est en train d’accomplir son destin.

 

I) La mort de  Clytemnestre

 

 «Et ce n'était pas une bête qui criait, c'était Clytemnestre.»- On voit une animalisation de Clytemnestre qui perd tout trait humain avec la métaphore de la bête, qui reste impuissance face à la fureur d’Oreste.  

 

 «Mais on la saignait.»- Utilisation de la conjonction de coordination “mais” qui renforce la monstruosité de son meurtre. Elle meurt comme un animal.

 

 «Son fils la saignait. Il avait frappé au hasard sur le couple, en fermant les yeux. Mais tout est sensible et mortel dans une mère, même indigne.»-  Antithèse entre les adjectifs “sensible” et “mortel” qui souligne l’atrocité du parricide. 

 «Et elle n'appelait ni Électre, ni Oreste, mais sa dernière fille Chrysothémis, si bien qu'Oreste avait l'impression que c'était une autre mère, une mère innocente qu'il tuait.»- Lors de sa mort, Clytemnestre interpelle son seul enfant qui fidèle. Le sentiment de culpabilité commence à s’emparer d’Oreste.

 

 «Et elle se cramponnait au bras droit d'Égisthe.»- Le côté droit symbolise la justice.

 

 «Elle avait raison, c'était sa seule chance désormais dans la vie de se tenir un peu debout. Mais elle empêchait Égisthe de dégainer.» - Les deux amants coupables doivent être unis dans la mort comme ils l’ont été lors du meurtre d’Agamemnon.

 

 «Il la secouait pour reprendre son bras, rien à faire.»- Égisthe essaye de se débarrasser de Clytemnestre mais «Et elle était trop lourde aussi pour servir de bouclier.» : C’est très ironique. Clytemnestre a embarrassé Égiste toute sa vie et elle reste un poids dans sa mort. C’est elle qui a fait basculer son destin.

 

II) La mort d’Égisthe

 

«Et il atteignit les assassins comme ils parlementaient avec l'émeute, de la niche en marbre. Et comme Égisthe penché disait aux meneurs que tout allait bien, et que tout désormais irait bien»-  Tout ira bien car Égisthe sera délivré par la mort de son sentiment de culpabilité, c’est une déclaration prophétique.

 «Alors il lutta. Du seul bras gauche sans armes, une reine morte au bras droit avec colliers et pendentifs, désespéré de mourir en criminel quand tout de lui était devenu pur et sacré, de combattre pour un crime qui n'était plus le sien et, dans tant de loyauté et d'innocence, de se trouver l'infâme en face de ce parricide, il lutta de sa main que l'épée découpait peu à peu, mais le lacet de sa cuirasse se prit dans une agrafe de Clytemnestre, et elle s'ouvrit.» - Clytemnestre est d’autant plus lourde qu’elle est chargée de ses crimes qui pèsent lourd sur la conscience d’Égisthe. Ils sont symbolisés par le poids des bijoux.

 

 «Alors il ne résista plus, il secouait seulement son bras droit, et l'on sentait que s'il voulait maintenant se débarrasser de la reine, ce n'était plus pour combattre seul, mais pour mourir seul, pour être couché dans la mort loin de Clytemnestre. Et il n'y est pas parvenu.»-  Cela traduit la volonté d’Égisthe de se séparer moralement des crimes que Clytemnestre l’a amené à commettre.

 

 «Et il n'y est pas parvenu.»- La culpabilité est trop forte.

 «Et il y a pour l'éternité un couple Clytemnestre-Égisthe. Mais il est mort en criant un nom que je ne dirai pas.» - Égisthe meurt certainement en criant le nom d’Électre qui représente la justice implacable.

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