Le Rouge et le noir de Stendhal Analyse complète

Le Rouge et le noir de Stendhal Analyse complète

Le roman utilise beaucoup de symbolisme des couleurs, à commencer par le rouge et le noir, des couleurs qui fonctionnent à plusieurs niveaux. Le rouge peut représenter l'armée - en particulier Napoléon et son armée, admirés par Julien Sorel - même si l'armée de Napoléon ne portait pas de rouge, Napoléon est souvent représenté portant cette couleur. Le noir représente l'Église - c'est la couleur des robes des prêtres. Julien Sorel est pris entre le rouge et le noir. Il veut vraiment être soldat, mais le temps de la gloire militaire est passé, et il pense que son ambition serait mieux servie dans l'Église. Le rouge représente également le radicalisme - la Révolution française, l’ascendant des classes inférieures et la gloire de Napoléon. Le noir représente le cléricalisme, ou le pouvoir politique de l'Église catholique romaine, qui a d'abord été brisée par la Révolution, puis rétablie sous la Restauration. Il peut, par extension, symboliser des structures de pouvoir restrictives de manière plus générale. Le rouge et le noir peuvent également représenter les deux maîtresses de Julien. Madame de Rênal est la rouge, car elle aime Julien par-dessus tout. Son amour est sincère et simple et jaillit d'un cœur plein. L'amour de Mathilde est plus sombre et plus pervers, alors elle est la noire. Comme Julien, elle se préoccupe surtout du pouvoir dans les relations, et elle ne voit l'amour sexuel que comme une lutte pour la domination. Le rouge symbolise également le sang et la violence ; Julien voit ce qui ressemble à du sang sur le sol de l'Église au début du roman, qui préfigure sa tentative de meurtre à la fin du roman. Le noir symbolise finalement le crime et la mort, et la fascination de Mathilde pour la mort et les cadavres. Le bleu est également significatif dans le roman ; il représente la noblesse. Le ruban bleu, est mentionné à plusieurs reprises ; c'est la plus haute distinction de chevalerie décernée par le roi. Le marquis de la Mole fait porter un manteau bleu à Julien lorsqu'il veut interagir avec lui comme un égal ; Mathilde et ses amis s'assoient sur un canapé bleu dans le salon ; et Julien brise accidentellement le précieux vase bleu antique de Mme de la Mole. Enfin, le cadavre de Julien est enveloppé dans un manteau bleu, ce qui peut signifier qu'il atteint la noblesse dans la mort. Dans le roman les échelles représentent l’ascension sociale et agissent comme des symboles phalliques. Julien utilise une échelle pour atteindre les fenêtres de ses maîtresses. Il traîne une échelle dans le jardin de Mme de Rênal pour grimper à sa fenêtre. Dans le cas de Mathilde, elle lui fournit l'échelle - du moins en lui montrant où elle se trouve - et il grimpe à sa fenêtre à sa demande. Bien que Julien n'utilise pas consciemment ces femmes pour améliorer sa position sociale, ses liaisons avec elles servent cette fin. Mme de Rênal aide Julien à assoir sa position dans sa maison. Après que Mathilde tombe enceinte, le rôle de Julien en tant que père de son futur bébé lui confère un titre, de l'argent et un rang dans l’armée. Les murs sont un symbole de statut social dans le roman ; les aristocrates entourent leur propriété de murs de pierre pour désigner ce qui leur appartient, pour se séparer, physiquement et psychologiquement, des classes inférieures. Le narrateur décrit ensuite les jardins du maire M. de Rênal comme un "réseau de murs ". Les murs sont des motifs de fierté et de pouvoir. M. de Rênal est également entouré de murs psychologiques, le séparant des autres et le laissant solitaire comme tous les nouveaux riches qui doivent laisser leurs anciennes communautés derrière eux. Les murs psychologiques de Julien le ferment de l'amour, le coupent de l'amitié et de l'acceptation de circonstances plus humbles, et détruisent son bonheur. Comme l'imaginait le philosophe allemand Nietzsche, la volonté de pouvoir - le désir inné des individus de dominer leur environnement et de façonner leur vie - est la force motrice de toute entreprise humaine. Puisque tout le monde a une volonté de pouvoir, les gens se retrouvent en conflit avec les autres lorsque leurs demandes ne sont pas satisfaites ou qu'ils sont contrecarrés dans la réalisation de leurs ambitions ou leurs objectifs. Le désir de Julien Sorel de briller est féroce, et il veut plus que tout réussir et devenir un homme avec lequel il faut compter. Son héros l’empereur Napoléon Bonaparte ; mais Napoléon n'avait aucun scrupule à montrer une puissance brute et à imposer sa volonté de pouvoir à des millions de personnes. Le ressentiment de Julien provient du fait qu'il est contrecarré dans sa capacité à exercer sa volonté de pouvoir par ses origines modestes et son statut social incertain, et toute sa vie devient un projet d’ascension sociale. Le roman se concentre sur les relations de pouvoir entre Julien et les autres personnages principaux ainsi que sur les luttes de pouvoir entre l'Église et l'État, les Ultras et les libéraux, et la bourgeoisie et la classe ouvrière. Toute relation intense implique à la fois l'amour et la haine, et cela est particulièrement vrai dans les relations amoureuses, surtout lorsqu'elles impliquent Julien Sorel. Son désir de ressentir de l'amour et d'être proche de Mme de Rênal et, plus tard, de Mathilde de la Mole, est lié à son ressentiment inébranlable à la fois pour leur supériorité de classe et pour le pouvoir émotionnel qu’elles exercent sur lui. Au moindre signe de vulnérabilité, il doit riposter et réaffirmer son pouvoir. Parce que Mathilde et Julien ont un caractère semblable - leur désir se bat constamment avec leur fierté et leur besoin de dominer et de contrôler - ils tombent dans une relation amour-haine extrême et perverse. Madame de Rênal, en revanche, ressent avant tout un amour authentique et passionné pour Julien. Quant à Julien, son orgueil, sa suspicion et son envie l'empêchent de ressentir un amour pur jusqu'aux derniers moments de sa vie. Julien Sorel valorise grandement le concept d'honneur : être reconnu et admiré pour ses capacités exceptionnelles et sa noblesse inhérente. Mais pour lui, l'honneur et la vanité se chevauchent à un degré dangereux. L'envie de Julien d'être honorable - un trait qu'il associe à son héros, Napoléon - n'est pas motivée par le désir d'aider les autres ou de rendre le monde meilleur, mais plutôt par le désir de satisfaire sa vanité et son orgueil. La vanité de Julien le rend obsessionnellement craintif d'être lâche ou de reculer en toutes circonstances, même lorsque cela serait le choix le plus judicieux ou qu'il ne veut pas particulièrement du prix offert. En conséquence, il abuse souvent des autres - y compris de ceux qu'il aime - dans son désir de renforcer sa propre estime de soi. L'idée de Julien de son devoir envers lui-même et sa définition de ce qu'il doit faire pour maintenir son honneur est un fil conducteur continu du roman. Sous la monarchie, l'État n'est dirigé que par une seule personne, une poignée de personnes ou une petite classe dirigeante qui impose sa volonté à la majorité et recueille la part du lion des avantages de vivre en société pendant que les masses sont opprimées. La monarchie engendre nécessairement de l'hypocrisie. Pour survivre sous la monarchie, les individus doivent pouvoir porter un masque ou cacher leurs vrais sentiments et motifs afin de ne pas être écrasés par les forces qui contrôlent la société. Le Rouge et le Noir explore la Restauration en France dans les années 1820, imposée à la population par les ultra-royalistes travaillant en connivence avec l'Église catholique pour récupérer le pouvoir qu'ils ont perdu pendant la Révolution française. Il n'est pas surprenant que Julien Sorel, intelligent et ambitieux, décide d'adopter de tout cœur l'hypocrisie pour aller de l'avant dans la société.

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