Analyse de Roméo et Juliette de Shakespeare

Analyse de Roméo et Juliette de Shakespeare

Les thèmes

Shakespeare est un maître dans le tissage de thèmes dans ses pièces. Dans Roméo et Juliette, il utilise un langage figuratif complexe (métaphores, comparaisons, personnification), l'imagerie, le symbolisme et les motifs, ou des concepts récurrents et la structure de l'intrigue pour construire un sens au public. Tous les éléments littéraires utilisés dans la pièce sont étroitement liés. Chaque action et chaque mot prononcé par chaque personnage, même mineur, sert à soutenir les thèmes de Shakespeare.

 

Amour et mariage

 

La pièce explore l'amour sous de multiples formes, y compris romantique et familiale. L'amour propulse toute action de l'intrigue qui n'est pas motivée par son contraire : la haine. Par amour, Roméo et Juliette défient l'autorité, perturbent les conventions et rejettent leurs rôles familiaux. La haine entre les familles de Roméo et Juliette est la plus forte barrière à leur amour. Cela sert à illustrer l'idée centrale de la pièce : l'amour poursuivi par la haine ne peut pas durer. Par exemple, l'amour de Roméo pour Juliette conduit à la mort de Mercutio et au meurtre de Tybalt. L'appréciation par le frère Laurent de l'amour de Roméo et Juliette, et la valeur qu'il y accorde, conduisent à ses plans téméraires, qui entraînent la mort des jeunes amants. L'amour du frère Laurent pour Roméo et Juliette n'est pas assez puissant pour surmonter la haine incarnée dans la guerre entre les familles.

 

L'utilisation de l'imagerie par Shakespeare, le plus souvent par le dialogue entre Roméo et Juliette, fortifie l'idée que l'amour portant le fardeau de la haine ne peut pas prospérer. Avant que Roméo ne rencontre Juliette à la fête des Capulets, il est déjà lourd d'esprit et alourdi par un amour non réciproque ayant "beaucoup à voir avec la haine". Roméo dit à Mercutio qu'il est trop triste pour "s'envoler avec les plumes légères [de Cupidon]". L'image de l'amour porté sur les ailes est soutenue alors que Roméo regarde secrètement Juliette à la fenêtre de sa chambre à coucher et la désigne comme un "ange" et un "messager ailé". Lorsque Juliette lui demande comment il a pu grimper sur le haut mur, Roméo dit : "Avec les ailes légères de l'amour, j'ai escaladé ces murs." Dans l'acte III, scène 2, après que Roméo et Juliette se soient mariés, mais avant d'avoir consommé leur mariage, Juliette dit : "Viens, jour après nuit,/Car tu te coucheras sur les ailes de la nuit/plus blanc que la neige neuve sur le dos d'un corbeau."

 

Mais un être ailé avec un lourd fardeau ne peut pas voler. Poursuivis par la haine, Roméo et Juliette ne peuvent pas vivre longtemps comme des jeunes mariés, mais leur amour transforme leurs personnages. Ils mûrissent tous les deux d'enfants à adultes en devenant mari et femme, en consommant leur mariage et en essayant de prendre le contrôle de leur destin. À travers les personnages de Roméo et Juliette, Shakespeare exalte la puissance de l'amour, mais il souligne également que, sans la bénédiction de l'autorité, l'amour n'est pas durable.

 

Violence

 

La violence entraîne l'intrigue de Roméo et Juliette avec autant, voire plus, de force que d'amour. La violence explose en menaces verbales, telles que celle de la scène d'ouverture, la rage de Tybalt lorsqu'un Montague ose pénétrer dans une fête Capulet et les bagarres physiques qui se produisent tout au long de la pièce. Cela prend également la forme d'automutilation, car les deux amants se suicident. La pièce démontre systématiquement le préjudice causé par les réponses violentes aux problèmes. En outre, presque tous les cas de violence s'accompagnent de références obscènes au sexe ; plus la situation est violente, plus la conversation est grivoise. L'exception à cette règle vient lorsque Capulet s'emporte sur Juliette après son refus d'épouser Paris. Capulet est en colère presque jusqu'à la violence, mais Shakespeare préserve la justice de l'amour paternel malgré la sévérité de Capulet avec sa fille.

 

Shakespeare utilise la caractérisation pour montrer clairement que les émotions violentes sont aussi dangereuses que les actes violents. Dans l'acte II, scène 4, Mercutio et Benvolio parlent de Tybalt, qui a défié Roméo dans un duel. Les amis de Roméo montrent une véritable loyauté et un véritable amour pour lui, Benvolio et Mercutio peuvent à peine contenir leur enthousiasme face à la perspective d'un combat, sachant que cela pourrait conduire à la mort de Roméo. Ils se moquent de Roméo ; se référant à la dépression de Roméo au sujet de Rosaline, Mercutio dit de son ami : "Il est déjà mort !" Dans la même conversation, Mercutio et Benvolio divulguent des informations générales sur le personnage de Tybalt, et le public découvre qu'il a une réputation significative pour le maniement de l’épée et les combats. Plus tard, grâce à une dispute entre Mercutio et Benvolio, le public apprend à quel point leur colère peut facilement déclencher la violence.

 

Les préjugés et le manque de communication jouent un rôle important dans la violence. Tout au long de la pièce, les membres des ménages Capulet et Montague assument le pire de leurs homologues de l'autre famille. Tybalt suppose que Roméo est venu déguisé à la fête pour se moquer de sa famille. Mercutio suppose que Roméo refuse de combattre Tybalt à cause de sa faiblesse. Paris suppose que Roméo est venu à la crypte de Capulet pour profaner les corps. Dans chaque cas, des idées préconçues motivent le personnage à réagir agressivement. Cela souligne que l'absence de communication ouverte peut être mortelle.

 

Autorité

 

Shakespeare construit le thème de l'autorité en montrant comment chaque personnage exerce son pouvoir sur les autres.

 

Le prince, représentant les idées de justice et de droit, a le plus haut niveau d'autorité sur les autres personnages. Ses paroles sont la voix de la raison. Il n'est jamais influencé par l'émotion, même lorsque son propre parent, Mercutio, est tué. Il reconnaît la vérité sur la violence. Il dit que la rage est "pernicieuse" et que les armes sont faites à des fins mauvaises, et il travaille pour la paix. Il juge équitablement et bannit Roméo au lieu de le condamner à mort. À la fin de la pièce, le prince publie la proclamation finale sur l'innocence du frère Laurent, plaçant la loi au-dessus de l'autorité religieuse.

 

Le frère Laurent représente l'autorité religieuse. En tant que conseiller spirituel, il est la voix de la sagesse. Il encourage Roméo à être modéré dans l'amour et à voir des bénédictions lorsque Roméo ne voit que le négatif dans sa situation. Le frère Laurent délivre un message fondamental : l'humanité est à la fois bonne et mauvaise, et "là où le pire est prédominant", elle détruira l'individu. Le frère Laurent est manipulé par le destin, et par ses actions, il donne au destin le pouvoir de condamner les amants. Cela se produit parce que le frère Laurent essaie de sortir des limites de son autorité religieuse. Il ne se contente pas d'être seulement une source spirituelle de conseils pour Roméo et Juliette. Il falsifie leur vie et essaie de leur tracer un chemin, concoctant des mensonges et des stratagèmes pour contrecarrer les coutumes laïques. Il aide Roméo à échapper à la loi du bannissement, et il aide Juliette à déjouer sa famille et à simuler sa mort. Pour avoir violé ces frontières, il participe à la mort des jeunes amants. Shakespeare ne choisit pas qu'il soit condamné par la loi, ce qui implique que l'autorité religieuse n'est pas aussi définitive que les autres types d'autorité dans la pièce.

 

Le seigneur Capulet exerce l'autorité sociale et parentale, bien qu'il laisse ses décisions être influencées par Paris. Dans l'acte 1, scène 1, il dit à Paris que Juliette est trop jeune pour être mariée, mais Paris discute avec lui et il change d'avis. Plus tard dans la pièce, le seigneur Capulet dit que Juliette est trop en deuil à cause de la mort de Tybalt pour se marier, et encore une fois, la présence de Paris le fait changer d’avis. Chaque fois que Juliette se rebelle contre ses parents, son état émotionnel reflète l'état mental dans lequel se trouvait son père avant qu'il ne soit influencé par Paris. Cela implique que Paris a une autorité émotionnelle, politique ou sociale sur le seigneur Capulet, qui, en choisissant de céder à l'autorité de Paris, perd son autorité parentale. Sans Paris, qui représente des pressions sociales, le seigneur Capulet serait un père aimant et compatissant.

 

En contrepoint de ces personnages, ni Roméo ni Juliette ne veulent de pouvoir sur l'autre. En fait, chacun cherche à donner à l'autre autorité qui n'a pas sa place dans leur relation amoureuse.

 

Jeunesse et maturité

 

Une grande partie de la tension dans le drame découle d'affrontements entre les dispositions des jeunes personnages et les attentes des personnages plus âgés. Même si les personnages plus âgés sont des versions tempérées des personnages plus jeunes, ils montrent des preuves qu’ils sont sujets aux mêmes passions qu'ils exhortent constamment les jeunes à surmonter. La rage du seigneur Capulet et de Tybalt au bal masqué est similaire, mais le seigneur Capulet appelle Tybalt un "garçon coléreux", semblant oublier qu'il a lui-même dégainé une épée lorsqu'il a vu Montague plus tôt dans la journée.

 

La relation de Juliette et de sa nourrice reflète celle entre Roméo et le frère Laurent. Juliette et sa nourrice sont de nature semblables, à la fois romantiques et enthousiastes à l'égard de l'amour. Cependant, sa nourrice est plus pratique, probablement par expérience, quelque chose qu'elle ne peut pas donner à Juliette. Lorsqu'elle conseille à Juliette d'épouser Paris après le bannissement de Roméo, elles s'affrontent. Le frère Laurent et Roméo sont de nature similaire. Le frère Laurent réprimande Roméo dans l'acte II, scène 3, lui disant que la confusion crée plus de confusion. Pourtant, le frère Laurent ne considère jamais dire la vérité comme une solution aux problèmes de Roméo et Juliette. C'est comme s'il s'attendait à ce que Roméo soit plus sage que lui-même.

 

Identité

 

Avant que Juliette ne rencontre Roméo, son identité n'est pas remise en question. Elle est à l'aise de répondre aux attentes qu'on exige d’elle dans les rôles de fille et de membre de la famille Capulet, n'espérant ni mariage ni changement d'identité. Parce qu'elle n'a jamais eu à se définir, elle se débarrasse facilement de son ancienne identité après avoir rencontré Roméo. Le public le comprend lorsqu'elle dit : "Renie ton père et refuse ton nom,/ou, si tu ne veux pas, ne fais que prêter serment mon amour,/Et je ne serai plus Capulet."

 

Au début de la pièce, Roméo cherche une relation avec Rosaline. Lorsque cela échoue, il perd son sens de soi. Roméo retrouve son identité par amour pour Juliette. Shakespeare oppose les qualités et les activités de Roméo aux dispositions de ses amis, Mercutio et Benvolio, et de son ennemi, Tybalt. Contrairement à ces personnages, Roméo ne s'engage pas activement dans les vieux préjugés et la haine entre les Montagues et les Capulets. Roméo abandonne la bataille contre les Capulet comme un moyen d’effacer le passé et de prouver sa virilité. Malheureusement, les personnages qui sont encore sous l'influence de la querelle l'empêchent de grandir dans sa nouvelle identité de mari de Juliette.

 

Shakespeare utilise trois symboles principaux : deux qui représentent la lutte interne entre le bien et le mal au sein des individus et la force extérieure de la violence de la société et un qui symbolise l'importance de la fiabilité.

 

Poignards et épées

 

Les poignards et les épées symbolisent la force extérieure de la violence dans la pièce. Les armes sont des représentations physiques de la virilité, de la rage et de la haine, et, parfois, de la sexualité, mais leur signification symbolique est principalement construite dans des scènes impliquant un grand nombre de personnages. Pour les serviteurs Capulet et pour les parents de Montague, leurs épées les alignent avec leurs familles. Pour Samson, une épée représente la virilité dans l'acte I, scène 1. De même, lorsque Mercutio tire son épée pour combattre Tybalt, il le fait en réaction à ce qu'il considère comme la "soumission déshonorante et ignoble" de Roméo à Tybalt. Plus tard, lorsque Roméo utilise son épée pour tuer Tybalt, l'idée que la beauté de Juliette « [l’a] rendu efféminé/Et dans [son] tempérament, a adouci l'acier de la vaillance" le motive à commettre un meurtre. Pour Benvolio, qui est plus doux que les autres personnages masculins, l'utilisation d'épées par les hommes parle de leur ignorance et de leur irresponsabilité : "Imbéciles !" dit-il. "Vous ne savez pas ce que vous faites."

 

Le prince, qui sert de juge entre les deux familles, qualifie les armes de ses "sujets rebelles". Il suggère que les armes et les hommes sont mal faits, car ils expriment la haine envers ceux qu'ils devraient aimer, dans une société bien ordonnée.

 

Plantes et poisons

 

Les plantes, dit le frère Laurent au public, ont en elles des qualités médicinales ou un poison dangereux. De cette façon, les plantes sont un symbole de l'humanité ; "chez l'homme aussi bien que les herbes", dit-il. Il étend la métaphore pour dire qu'une plante peut être corrompue par la pureté, "tenue par cet usage équitable" et détournée de sa meilleure nature. Lorsque la vertu et le vice vivent tous deux dans une plante, comme chez une personne, "où le pire [vice] est prédominant, ... la mort dévore la plante". En d'autres termes, une plante utilisée dans le mauvais sens peut être toxique, et une personne qui est plus encline au vice qu’à la vertu finira par devenir complètement mauvaise.

 

Roméo et Juliette, individuellement et ensemble, luttent entre leur nature vertueuse et inférieure. Ensemble, leur amour les pousse à être vertueux, loyaux, honorables et gentils, mais leur nature passionnée corrompt également leur pureté. Roméo ne parvient pas à arrêter le combat entre Tybalt et Mercutio, et il cède à sa rage et tue Tybalt. Juliette cède à ses passions et leur permet de la conduire à la tromperie. Ayant perdu leurs luttes internes contre le côté négatif de leur nature, ils ne peuvent avoir qu'une fin tragique. Leur amour est finalement toxique pour eux ; il ne les sauve pas, "la mort dévore la plante", et la terre devient leur tombeau.

 

Soleil et Lune

 

Le soleil et la lune symbolisent la constance et l'inconstance. Le lever et le coucher réguliers du soleil rappellent régulièrement comment l'amour des gens devrait se manifester. La lune, d'autre part, décroît et s’amincit, ce qui en fait un contraire du soleil. La tension entre les deux représentations aide le public à comprendre les personnages principaux - en particulier Juliette - que Roméo compare au soleil.

 

La scène phare de Roméo et Juliette se déroule au clair de lune, avec Juliette sur un balcon et Roméo en bas, sous "le manteau de nuit". Roméo dit que Juliette est radieuse comme le soleil, et quand Roméo essaie de jurer par la lune, Juliette dit qu'il ne devrait pas jurer par la "lune inconstante", mais plutôt par lui-même. Par peur qu'il ne se réveille et ne se rende compte que son temps avec Juliette a été un rêve, Roméo dit : "Ô nuit bénie ! Je suis en train de me sentir,/être dans la nuit, tout cela n'est qu'un rêve." Le clair de lune peu fiable lui fait remettre en question la véracité de ce qu’il vit.

Écrire commentaire

Commentaires: 0