Explication des Misérables de Victor Hugo

Explication des Misérables de Victor Hugo

Dans Les Misérables, Victor Hugo dénonce l’injustice de la société qui punit excessivement les pauvres. Le roman est rempli d'exemples de la façon dont la loi est injuste et écrase ceux qui ont peu de pouvoir ou de moyens. De plus, la loi commet des erreurs, et souvent la punition ne correspond pas au crime. Il est injuste que Jean Valjean ne puisse pas gagner assez d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille, et la société se trompe à nouveau en infligeant à Jean Valjean une peine de cinq ans pour avoir volé une miche de pain pour nourrir sa famille. Ses tentatives d'évasion sont ses protestations contre l’injustice de sa condamnation, mais son mépris de la loi ne fait qu'empirer les choses, car il finit par purger 19 ans pour son crime initial. Il continue d'être persécuté par le système en tant qu'ex-détenu qui ne peut jamais être exempt de statut criminel, car la loi le poursuit sans relâche avec son passeport jaune et l'insistance pour qu'en tant que libéré conditionnel, il reste au même endroit.La loi est prête à punir un homme innocent, Champmathieu, sur la base du faux témoignage de trois personnes, et il ne se libère qu'à cause de l'intervention de Jean Valjean. Un système juste aurait pu tenir compte des circonstances atténuantes de la vie exemplaire de Jean Valjean en tant que Madeleine et de son choix de se manifester pour sauver un homme innocent. Mais le système rigide ne peut proposer d'autre issue que de renvoyer le héros en prison. Le sort de Fantine est également injuste. Elle perd son emploi pour une erreur qu'elle a commise, mais sa punition, qui équivaut à une condamnation à mort, est disproportionnée par rapport à la faute commise. Javert est la quintessence du droit aveugle à la justice et à la miséricorde qui opprime les citoyens les plus vulnérables de la société. Lorsque Javert apprend enfin la vérité sur la loi, qu'il a défendue aveuglément, il finit par se suicider plutôt que de faire face au fait que Jean Valjean est bon et que la loi est mauvaise dans son cas particulier. L'amour compatissant et désintéressé a le pouvoir de racheter même un criminel endurci. Jean Valjean est un homme amer et en colère, et lorsque l'évêque l'emmène, il n'a aucune intention de voler son argenterie. Pour lui, l'évêque ne représente qu'une autre itération de la structure du pouvoir, mais Monseigneur Bienvenu n'est pas un évêque ordinaire : il est l'incarnation vivante d'un amour semblable à celui du Christ. Son amour est altruiste et sans jugement. Lorsqu'il exprime sa compassion envers Jean Valjean, qui n'a subi que des abus de l’institution judiciaire, il viole les normes sociales et bouleverse les attentes de Jean Valjean selon lesquelles il sera puni à nouveau pour ses méfaits. L'évêque donne une deuxième chance à l'ex-détenu et lui dit de vendre l'argenterie pour se construire une vie juste. Jean Valjean, rempli de la grâce émanant de l'évêque, est racheté par l'amour et la compassion. Bénédiction de Monseigneur Bienvenu, les chandeliers symbolisent la lumière spirituelle qui guidera Jean Valjean. L'évêque l'appelle "frère" et dit "vous n'appartenez plus au mal, mais au bien... Je retire [votre âme] des pensées obscures." Ainsi, tandis que Jean Valjean vend le service d'argent, il s'accroche aux chandeliers pour se rappeler sa promesse de devenir un homme juste. Les chandeliers sont sous son manteau à Montreuil-sur-mer, puis il les enterre avec son argent lorsqu'il est en fuite. Des années plus tard, ils le réconfortent rue de l'Homme-Armé, après son abandon par Cosette et Marius. Le soir, alors que Jean Valjean prie pour sa fille, il allume les cierges dans les chandeliers, et quand elle vient, il remercie Dieu, il n'a pas été abandonné. Les chandeliers sont un rappel constant que sa vie est éclairée par la grâce de Dieu. Il lègue les chandeliers à Cosette et Marius, disant qu'ils sont pour lui plus que de l'argent - plus que de l'or ou des diamants ; ils sont consacrés. Il dit : « Je ne sais pas si celui qui me les a donnés est satisfait de moi au ciel. J'ai fait ce que je pouvais. » Jean Valjean est également racheté par son amour pour Cosette. Enfin, il a l'occasion de sortir de sa préoccupation personnelle et de vivre pour un autre. Son désir d'être un bon père pour Cosette maintient également Jean Valjean sur le chemin de la justice, et tout ce qu'il fait est au moins en partie pour se racheter et ne jamais avoir honte des choix qu'il a faits. Ainsi, Jean Valjean a deux sauveurs : l'évêque qui lui apprend l’amour divin, et sa fille adoptive, Cosette, qui lui apprend l’amour paternel. Eponine est un autre exemple d'un personnage apparemment perdu qui est racheté par l'amour. Elle a passé une grande partie de sa vie en tant qu'enfant maltraitée, sans avoir assez de nourriture à manger, de vêtements à porter ou même d'abri suffisant. Sa famille se passe de chauffage, et lorsqu'ils arrivent pour la première fois à Paris, ils vivent sous un pont. Son père lui enseigne ses coutumes criminelles et fait appel à son aide dans ses stratagèmes pour escroquer les gens et leur extorquer de l’argent. Pourtant, lorsqu'elle tombe amoureuse de Marius, elle voit la possibilité de vivre différemment. Tout comme Jean Valjean après avoir rencontré l'évêque, Eponine regarde Marius comme un exemple, et elle souhaite mettre de côté sa vie criminelle pour être meilleure pour lui (même si son amour restera sans contrepartie). Elle sauve Jean Valjean et Cosette du gang Patron-Minette, et elle prend une balle pour Marius, mourant sur la barricade pour qu'il puisse vivre. Ainsi, Éponine est spirituellement rachetée par son amour pour Marius. Inversement, Javert n'est pas racheté, parce qu'il ne peut pas aimer. La seule chose qui donne un sens à la vie de Javert est la loi. Mais il n'aime même pas la loi, il se prosterne plutôt devant elle, comme devant une idole. Lorsqu'il apprend que la loi n'est pas parfaite et que le criminel qu'il poursuit ressemble davantage à un saint, il ne peut pas le supporter. La loi finit par montrer ses limites et perd pour Javert son sens existentiel, et sans amour dans sa vie pour traverser cette crise, il se suicide. Pour survivre aux épreuves de la vie, les gens ont besoin de foi - une croyance en quelque chose ou quelqu'un qui donne un sens à leurs efforts. Le narrateur concède que la foi n'a pas besoin d'être dans une divinité, bien que la foi en Dieu soit dépeinte comme l'idée la plus durable et la plus fiable pour aider à traverser une crise. La foi en Dieu permet à l'évêque de traverser la vie sans peur et lui donne le courage d'étendre sa compassion à tous. La foi lui permet de croire que même un criminel apparemment impénitent pourrait trouver une nouvelle vie avec le soutien de la vertu chrétienne. De même, la foi de Jean Valjean en Dieu lui permet de traverser ses terribles épreuves, et même lorsqu'il est à son plus bas niveau, il ressent la présence de Dieu dans sa vie et sait qu'il n'a pas été abandonné. Il considère ses souffrances comme des épreuves qui ont été envoyées par Dieu pour le tester et le purifier. À la fin du roman, lorsque Cosette arrive enfin, il dit que Dieu lui montre qu'il ne l’a pas oublié. Enjolras a aussi la foi, mais elle est de nature laïque. Il croit en la révolution et en son pouvoir de faire avancer l’humanité. Il croit que l'établissement de gouvernements véritablement démocratiques apportera un paradis sur terre, même si ce rêve se réalise longtemps après sa mort. Lorsqu'il s'adresse aux citoyens sur les barricades, il fait écho aux idées de Rousseau sur une société civile dans laquelle chaque personne ne renonce qu'à la liberté nécessaire pour ne pas nuire aux autres. Ensemble, le peuple forme une République dans laquelle le pouvoir de gouverner découle du consentement des gouvernés. Enjolras prédit que, lorsque tout cela se passera, les gens seront heureux et "l'harmonie sera rétablie entre l'âme et l'étoile". Ainsi Enjolras va à la mort sans crainte, pensant que son sang paiera pour le bonheur des générations futures.

Petit Gervais Première partie, livre 2, chapitre 13 De «Comme le soleil déclinait au couchant» à «de grandes brumes violettes montaient dans la clarté crépusculaire». Comment dans cet extrait de roman romantique, Hugo construit-il un personnage tiraillé entre le bien et le mal ?

I) Des personnages en conflit

Tout d’abord, on observe que Petit-Gervais est présenté comme “un petit savoyard d’une dizaine d’années qui chantait”, “un de ces doux et gais enfants qui vont de pays en pays, laissant voir leurs genoux par les trous de leur pantalon” et “jouait aux osselets avec quelques pièces de monnaie qu'il avait dans sa main, toute sa fortune probablement”. C’est un être innocent jouant sans se douter de la présence de l’homme. Par opposition, on nous présente Jean Valjean comme “assis derrière un buisson dans une grande plaine rousse absolument déserte. Jean Valjean posa son pied sur la pièce tombée”. Jean Valjean est caché derrière un buisson tel un voleur prêt à passer à l’acte. Leur confrontation est mise en scène par trois phrases courtes pouvant être interprétées comme représentant les trois pas effectués par le garçon pour atteindre l’homme. Les phrases courtes créent une tension aux phrases longues utilisées avant. Après leur confrontation, Petit-Gervais demande à Jean Valjean de lui rendre sa pièce (“rendez-moi ma pièce”), mais se fait chasser par l’homme (“Veux-tu bien te sauver!”). Le garçon est courageux mais finit par s’enfuir, désespérément, après s’être rendu compte d’avoir à faire à un homme diabolique. Jean Valjean, quant-à-lui, est tellement coupé de Dieu à ce moment là du roman, qu’il n’y a aucune élévation possible pour lui (“L'oeil de Jean Valjean resta fixé à terre.”). Les larmes pures de l’enfant sont un déclic pour le criminel qui va soudainement prendre conscience de ses fautes et les regretter: “Jean Valjean, à travers sa rêverie, l'entendit qui sanglotait”, “Ce fut comme une commotion galvanique”. Il est, aussi, comme un mort vivant : “Il était resté debout, et n'avait pas changé d'attitude depuis que l'enfant s'était enfui”.

Dans ce premier paragraphe, on voit que les deux personnages sont très différents. Petit-Gervais sert de révélateur à la cruauté du personnage. C’est un passage pathétique où l’on a un agresseur qui s’en prend à un enfant innocent.

 

II) Un paysage symbolique

Au début du texte, les péchés de Jean Valjean sont évoqués comme une menace avec “allongeant sur le sol l'ombre du moindre caillou”. On a aussi l’impression que celui-ci est en enfer : “dans une grande plaine rousse”. Il est coincé, comme dans une prison: “Il n'y avait à l'horizon que les Alpes”. La rencontre se déroule dans un lieu hostile, où personne ne pourra intervenir: “C'était un lieu absolument solitaire. Aussi loin que le regard pouvait s'étendre, il n'y avait personne dans la plaine ni dans le sentier”. Mais Dieu est, tout de même, présent en témoin muet de ses mauvaises actions : “On n'entendait que les petits cris faibles d'une nuée d'oiseaux de passage qui traversaient le ciel à une hauteur immense”. L’enfant apparaît, ici, comme un ange avec son auréole d’or. Alors que Jean Valjean est décrit comme une figure du diable ensanglanté. Il y a donc une opposition symbolique dans le traitement des personnages: “L'enfant tournait le dos au soleil qui lui mettait des fils d'or dans les cheveux et qui empourprait d'une lueur sanglante la face sauvage de Jean Valjean”. Dès que l’enfant est parti, la culpabilité commence à s’emparer de Jean Valjean sans qu’il s’en rende vraiment compte: “Le soleil s'était couché. L'ombre se faisait autour de Jean Valjean”. En effet, le narrateur utilise le discours indirect libre pour indiquer que le personnage pense être malade: “il est probable qu'il avait la fièvre”. Ce que le personnage prend pour un froid naturel dans “Tout à coup il tressaillit; il venait de sentir le froid du soir” n’est que le signe de la culpabilité ayant atteint son coeur. La pièce qui brille: “comme si cette chose qui luisait là dans l'obscurité eût été un oeil ouvert fixé sur lui” est une référence biblique au meurtre d’Abel (L’oeil était dans la tombe et regardait Caen). Par la suite, Jean Valjean cherche le pardon et la rédemption mais il est trop tard, il ne pourra rendre la pièce à l’enfant qui s’est enfui: “jetant à la fois ses yeux vers tous les points de l'horizon, debout et frissonnant comme une bête fauve effarée qui cherche un asile”. Enfin, le passage se termine sur une autre image de l’enfer: un enfer de solitude, froid et sombre (“Il ne vit rien. La nuit tombait, la plaine était froide et vague, de grandes brumes violettes montaient dans la clarté crépusculaire.”)

Dans le deuxième paragraphe, on voit que ce texte est romantique, parce que l’on fait une utilisation symbolique du paysage. C’est un texte engagé dans lequel Victor Hugo montre que la société rend l’homme mauvais mais que toutefois une rédemption est possible car Dieu veille.

Ainsi, dans ce texte, Victor Hugo construit un personnage tiraillé entre le bien et le mal. On le voit avec Jean Valjean qui, après avoir volé la pièce à l’enfant, se met à culpabiliser, et veut lui rendre immédiatement. Cette culpabilité est dûe au peu de bien qu’il reste encore en lui. Une grande partie de celui-ci fût remplacée par le mal, lors de son séjour au bagne. Le mal a une telle emprise sur lui qu’il se retrouve à commettre des crimes presque malgré lui. 

L’enfant en enfer TOME II : LIVRE 3 : CHAPITRE 5 De «L’enfant regardait d’un œil égaré cette grosse étoile qu’elle ne connaissait pas et qui lui faisait peur» à «et le battement d’ailes d’une petite âme fait un bruit d’agonie sous leur voûte monstrueuse.» Comment Victor Hugo glisse-t-il vers le fantastique dans cet extrait de roman romantique ?

I) Un paysage fantastique

“L’enfant regardait d’un œil égaré cette grosse étoile qu’elle ne connaissait pas et qui lui faisait peur. La planète, en effet, était en ce moment très près de l’horizon et traversait une épaisse couche de brume qui lui donnait une rougeur horrible. La brume, lugubrement empourprée, élargissait l’astre” : Ce passage est une prolepse car Cosette est sur le point de rencontrer Jean Valjean qui va se sacrifier pour la sauver, à l’image du Christ : “On eût dit une plaie lumineuse.”

“Un vent froid soufflait de la plaine” : Le champ lexical de froid renvoit à la mort. “Le bois était ténébreux, sans aucun froissement de feuilles, sans aucune de ces vagues et fraîches lueurs de l’été.” : Il n’y a aucun bruit, aucune lumière, ce qui renvoit à la mort. 

 “De grands branchages s’y dressaient affreusement. Des buissons chétifs et difformes sifflaient dans les clairières. Les hautes herbes fourmillaient sous la bise comme des anguilles. Les ronces se tordaient comme de longs bras armés de griffes cherchant à prendre des proies” : Il y a une personnification des végétaux, la nature se met à bouger et essaye d’attraper Cosette. Cela peut nous faire penser à des démons et nous donne une vision de l’enfer.

“Quelques bruyères sèches, chassées par le vent, passaient rapidement et avaient l’air de s’enfuir avec épouvante devant quelque chose qui arrivait. De tous les côtés il y avait des étendues lugubres.” : Il y a le champ lexical de la peur avec des mots comme “épouvante” ou “lugubre”. Cosette se bat contre le diable et se trouve dans les enfers parce qu’elle est une enfant esclave.

“Les cavités de la nuit, les choses devenues hagardes, des profils taciturnes qui se dissipent quand on avance, des échevellements obscurs, des touffes irritées, des flaques livides, le lugubre reflété dans le funèbre, l’immensité sépulcrale du silence, les êtres inconnus possibles, des penchements de branches mystérieux, d’effrayants torses d’arbres, de longues poignées d’herbes frémissantes, on est sans défense contre tout cela.” : La terreur gagne même le paysage qui devient un paysage état d’âme caractéristique du romantisme, “On éprouve quelque chose de hideux comme si l’âme s’amalgamait à l’ombre.”

“Les forêts sont des apocalypses” : Apocalypse a le sens de révélation car la forêt c’est le lieu où l’on se perd pour mieux se retrouver, c’est donc un lieu de révélation mystique. En effet, c’est dans cette même forêt que Cosette rencontrera Jean Valjean.

“et le battement d’ailes d’une petite âme fait un bruit d’agonie sous leur voûte monstrueuse.” : C’est une métaphore, cela nous montre que le bien gagne contre le mal même en infériorité numérique, comme si Cosette brandissait l’épée de son courage.

 

II) Comment la focalisation interne nous fait-elle participer à la panique de l’enfant ?

“L’obscurité est vertigineuse. Il faut à l’homme de la clarté. Quiconque s’enfonce dans le contraire du jour se sent le cœur serré. Quand l’œil voit noir, l’esprit voit trouble.”: Ici, l’auteur veut nous faire comprendre que les humains, dès qu’ils sont dans le noir leur esprit commence à s’imaginer des histoires surnaturelles. “Cette pénétration des ténèbres est inexprimablement sinistre dans un enfant.” : Le mal contamine l’enfant comme une maladie insidieuse.

“On voit flotter, dans l’espace ou dans son propre cerveau, on ne sait quoi de vague et d’insaisissable comme les rêves des fleurs endormies.”: L’enfer n’est pas à l’extérieur mais à l'intérieur de nous, il ne ressort que quand l’être humain n’est pas serein donc symboliquement dans un endroit sinistre et donc que son imaginaire prend le dessus.

“On a peur et envie de regarder derrière soi” : Dans cette partie du texte, on voit bien que les sentiments du personnage sont contrôlés par le diable. 

Cosette rencontre Jean Valjean dans la forêt TOME II : LIVRE 3 : CHAPITRE 5 De «Les forêts sont des apocalypses» à «L'enfant n'eut pas peur.» Comment Victor Hugo fait-il de ce passage romantique un symbole du combat du bien contre le mal ?

 I) Le pathétique

 

 “le battement d'ailes d'une petite âme fait un bruit d'agonie sous leur voûte monstrueuse” : Cosette semble être au seuil de la mort et est terrorisée, le lecteur ressent de la compassion pour la petite fille.

 

 “Ce n'était plus seulement de la terreur qui la gagnait, c'était quelque chose de plus terrible même que la terreur” : Les hyperboles montrent que la terreur est indescriptible et provoque de l’effroi chez le lecteur.

 

 “Elle frissonnait” : Le frissonnement de Cosette est causé par le froid mais aussi par la peur qui l’envahit. La phrase est très courte afin d’attirer l’attention sur elle et sur Cosette qui est seule dans la forêt, ne bougeant plus et ne parlant plus, elle ne fait que frissonner.

 

 “Elle croyait sentir qu'elle ne pourrait peut-être pas s'empêcher de revenir là à la même heure le lendemain” : Cosette a peur de devoir retourner dans la foret la nuit.

 

 "Elle fit ainsi une douzaine de pas, mais le seau était plein, il était lourd, elle fut forcée de le reposer à terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l'anse de nouveau, et se remit à marcher, cette fois un peu plus longtemps. Mais il fallut s'arrêter encore. Après quelques secondes de repos, elle repartit. Elle marchait penchée en avant, la tête baissée, comme une vieille ; le poids du seau tendait et raidissait ses bras maigres ; l'anse de fer achevait d'engourdir et de geler ses petites mains mouillées; de temps en temps elle était forcée de s'arrêter, et chaque fois qu'elle s'arrêtait l'eau froide qui débordait du seau tombait sur ses jambes nues. “ : Victor Hugo nous raconte avec précision les étapes par lesquelles passe Cosette pour déplacer le seau. Ainsi il l’a décrit physiquement afin d’accentuer le pathétique de la situation et la démesure de la tâche par rapport à son corps d’enfant battu.

 

 “Cela se passait au fond d'un bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain ; c'était un enfant de huit ans” : Cosette se trouve dans lieu dépourvu d’amour (la lumière et le froid) et ne peut être sauvée de personne puisqu’aucun être humain ne s’est aventuré dans cet endroit maléfique.

 

 “Et sans doute sa mère, hélas !

 Car il est des choses qui font ouvrir les yeux aux mortes dans leur tombeau” : Le narrateur rappelle au lecteur que la mère de Cosette s’est sacrifiée pour elle en vain.

 

 “Elle soufflait avec une sorte de râlement douloureux” : Cosette se rapproche de plus en plus de la mort.

 

 “le pauvre petit être désespéré” : L’accumulation des adjectifs pathétiques ajoute de la terreur à la situation en insistant sur la faiblesse de l’enfant.

 

 II) Le romantisme

 “Les forêts sont des apocalypses” : La forêt symbolise le lieu où l’on se perd et l’on se trouve.

 

 “voûte monstrueuse” : Hyperbole visant à montrer la terreur de l’enfant qui se voit dans les caractéristiques du paysage

 

 “Sans se rendre compte de ce qu'elle éprouvait, Cosette se sentait saisir par cette énormité noire de la nature” : Cosette est absorbée par la noirceur de la nature qui représente ici la mort.

 

 “Les expressions manquent pour dire ce qu'avait d'étrange ce frisson qui la glaçait jusqu'au fond du coeur” : Victor Hugo utilise la prétérition afin de d’insister sur la détresse de l’enfant qui est à la fois physique et morale.

 

 “Cependant elle ne pouvait pas faire beaucoup de chemin de la sorte, et elle allait bien lentement. Elle avait beau diminuer la durée des stations et marcher entre chaque le plus longtemps possible, elle pensait avec angoisse qu'il lui faudrait plus d'une heure pour retourner ainsi à Montfermeil et que la Thénardier la battrait. Cette angoisse se mêlait à son épouvante d'être seule dans le bois la nuit. Elle était harassée de fatigue et n'était pas encore sortie de la forêt. Parvenue près d'un vieux châtaignier qu'elle connaissait, elle fit une dernière halte plus longue que les autres pour se bien reposer, puis elle rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher courageusement.”  L’eau du seau représente les émotions de Cosette qui n’arrive pas à les portés.

 III) Le sublime miraculeux (une parabole biblique)

 “Les forêts sont des apocalypses” : L'apocalypse est la fin d’un cycle et une révélation donnée par Dieu qui répond aux prières de Cosette en la personne de Jean-Valjean qui va la sauver en l’arrachant aux Thénardier et en l’adoptant.

 

 “le battement d'ailes d'une petite âme fait un bruit d'agonie sous leur voûte monstrueuse” : Victor Hugo insiste sur le combat entre le bien et le mal. L'âme de Cosette est en train de quitter son corps, c’est une description mystique de la mort. Les “ailes” représente la figure biblique de l’ange car elle est innocente et souffre en martyre : Cosette est une victime sacrifiée .

 

 “Cosette se sentait saisir par cette énormité noire de la nature” : Cosette est absorbée par le mal, la mort est entrain de prendre le dessus sur la vie.

 

 “Son oeil était devenu farouche” : Cosette fait appel à sa dernière force de survie, elle est dans un combat moral contre la mort.

 

 “Il n'y avait que Dieu en ce moment qui voyait cette chose triste” : Victor Hugo veut montrer que Dieu voit tout et est présent pour veiller sur elle. L’auteur donne de l’espoir au lecteur.

 

 “des sanglots lui serraient la gorge, mais elle n'osait pas pleurer, tant elle avait peur de la Thénardier, même loin. C'était son habitude de se figurer toujours que la Thénardier était là.” : La menace de la Thénardier poursuit Cosette même dans les profondeurs des bois car elle est une figure du diable dans le roman.

 

 “Cependant elle ne pouvait pas faire beaucoup de chemin de la sorte, et elle allait bien lentement. Elle avait beau diminuer la durée des stations et marcher entre chaque le plus longtemps possible, elle pensait avec angoisse qu'il lui faudrait plus d'une heure pour retourner ainsi à Montfermeil et que la Thénardier la battrait. Cette angoisse se mêlait à son épouvante d'être seule dans le bois la nuit. Elle était harassée de fatigue et n'était pas encore sortie de la forêt. Parvenue près d'un vieux châtaignier qu'elle connaissait, elle fit une dernière halte plus longue que les autres pour se bien reposer, puis elle rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher courageusement.” Le sceau représente le fardeau de Cosette qui est ici une représentation de Jésus portant sa croix.

 

 “Cependant le pauvre petit être désespéré ne put s'empêcher de s'écrier : Ô mon Dieu ! mon Dieu ! “ : En criant à Dieu, Cosette se rapproche de la foi protestante et lui demande de l’aide, sa prière est aussitôt entendue .

 

 “En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme, venait de saisir l'anse et la soulevait vigoureusement. Elle leva la tête. Une grande forme noire, droite et debout, marchait auprès d'elle dans l'obscurité. C'était un homme qui était arrivé derrière elle et qu'elle n'avait pas entendu venir. Cet homme, sans dire un mot, avait empoigné l'anse du seau qu'elle portait.

 

 Il y a des instincts pour toutes les rencontres de la vie. L'enfant n'eut pas peur.” : Dieu répond à Cosette par un miracle en lui envoyant Jean-Valjean, aussitôt sa peur disparaît, ce qui reprend un chant protestant dont le refrain “Je ne suis plus esclave de la peur, je suis enfant de Dieu”. Et justement, Jean Valjean qui incarne ici Dieu le Père va adopter Cosette.

L’enterrement de Fantine 1ère partie De «Un dernier mot sur Fantine» à «Sa tombe ressembla à son lit». Comment Hugo condamne-t-il la cruauté de la société envers les pauvres dans ce passage ?

Le récit de l’enterrement de Fantine est réalisé en focalisation zéro (« Un dernier mot sur Fantine ») par un narrateur très impliqué, ce qui permet à Hugo de susciter de très fortes émotions de compassion chez son lecteur : « Nous avons tous une mère, la terre. On rendit Fantine à cette mère. » Le narrateur rappelle que Fantine et Jean Valjean sont des personnages généreux puisque Fantine a sacrifié sa vie pour sa fille Cosette, allant jusqu’à se faire arracher les dents puis à se prostituer pour pouvoir lui envoyer de l’argent : « Heureusement Dieu sait où retrouver l’âme ». Le curé juge Fantine sur les apparences sans chercher à savoir pourquoi elle se prostituait : « Après tout, de quoi s’agissait-il ? d’un forçat et d’une fille publique ». L’argent est au coeur des préoccupations du curé qui ne montre aucune compassion pour le personnage de Fantine qui meurt pourtant en martyre : « Fantine fut donc enterrée dans le coin gratis du cimetière qui est à tous et à personne, et où l’on perd les pauvres. » La prostitution poursuit Fantine jusque dans sa mort : « On coucha Fantine dans les ténèbres parmi les premiers os venus ; elle subit la promiscuité des cendres. Elle fut jetée à la fosse publique. Sa tombe ressembla à son lit. » Dans ce passage, Victor Hugo condamne donc la société, représentée ici par le curé, qui n’a aucun égard pour les pauvres qui sont totalement déshumanisés. Le curé a oublié que la mission de l’église catholique est d’aller chercher les brebis égarées et de les sauver en leur offrant l’amour et la charité.

Chapitre XI, Christus nos liberavit De « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Fantine ?» à «Il est seul. Il s’appelle Dieu.» Comment Victor Hugo prend-il la défense des femmes réduites à la prostitution ?

I) Les causes de la prostitution

Tout d’abord, les femmes ont recours à la prostitution, poussées par les hommes, elles vivent généralement dans des situations précaires et ont un grand besoin d’argent : “À la faim, au froid, à l’isolement, à l’abandon, au dénûment. Marché douloureux. Une âme pour un morceau de pain. La misère offre, la société accepte.” La femme n’a pas fait ce choix d’elle-même, elle y est souvent forcée, et voit la prostitution comme seule issue. La prostitution peut également être vue comme une forme d’esclavage : “On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme, et il s’appelle prostitution.” Les femmes sont alors perçues comme faibles et influençables, ce qui permet aux hommes de les entraîner plus facilement dans la prostitution.

 

II) Le pathétique

Pour persuader le lecteur, Victor Hugo raconte l’histoire de Fantine, une jeune femme pauvre, qui a eu recours à la prostitution et à de nombreux autres moyens plus compliqués les uns que les autres, pour gagner de l’argent et essayer d’assurer la vie de sa fille Cosette. Il compare Fantine à une esclave, car elle est poussée à la prostitution : “Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Fantine ? C’est la société achetant une esclave.” L’énumération : “la grâce, sur la faiblesse, sur la beauté, sur la maternité” a pour but de toucher le lecteur : la grâce renvoie au divin, pour Victor Hugo, faire mal à une femme serait comme faire mal à Dieu. La faiblesse doit être protégée par la force et non pas asservie. La beauté se doit d’être admirée et non souillée et la maternité, moment le plus important dans la vie d’une femme, ne doit pas être supprimer à la femme. A cause de son état et de son dévouement pour sa fille, Fantine a été privée de sa maternité et ne l’a plus jamais vue. Malgré ses nombreuses tentatives, Fantine a échoué : “Elle a tout ressenti, tout supporté, tout éprouvé, tout souffert, tout perdu, tout pleuré.” L’énumération renforce l’idée de perte et d'effondrement. De plus, le rythme des phrases est semblable à la mer, il change constamment, et la longueur des phrases diverge. Victor Hugo veut également émouvoir son lecteur, en insistant sur le déshonneur social et la perte d’identité de Fantine. “Elle est devenue marbre en devenant boue. Qui la touche a froid. Elle passe, elle vous subit et elle vous ignore ; elle est la figure déshonorée et sévère. La vie et l’ordre social lui ont dit leur dernier mot.” Il veut montrer au lecteur que Fantine malgré s’être donnée corps et âme pour trouver un moyen de s’en sortir, a perdu toute dignité, elle s’est épuisée pour une cause et n’en obtiendra jamais les bénéfices : “Elle a tout ressenti, tout supporté, tout éprouvé, tout souffert, tout perdu, tout pleuré. Elle est résignée de cette résignation qui ressemble à l’indifférence comme la mort ressemble au sommeil. Elle n’évite plus rien. Elle ne craint plus rien. Tombe sur elle toute la nuée et passe sur elle tout l’océan ! que lui importe ! c’est une éponge imbibée.”  Victor Hugo la compare même à “une éponge imbibée” pour renvoyer à ses souffrances et à sa soumission, à toutes ces choses qu’elle a faite, qui lui ont fait perdre sa dignité, et qui lui ont presque ôté la vie : “La vie et l’ordre social lui ont dit leur dernier mot.” Fantine n’a plus l’impression de ressentir d’émotions et elle est comme morte, car sa vie n’est que de souffrances et toute forme de bonheur lui est désormais inaccessible.

 

III) L’importance de la foi chrétienne

L’esclavage est contraire aux lois divines, et les hommes les bafouent, en soumettant la femme a une forme d’esclavage: la prostitution. La femme, qui est selon Victor Hugo un être de grâce, qui renvoie au divin est en réalité humiliée et torturée par les hommes : “La sainte loi de Jésus-Christ gouverne notre civilisation, mais elle ne la pénètre pas encore”. Les femmes sont alors sous l’emprise de l’homme et sont prisonnières de la cruauté des hommes. De plus, “Christus nos liberavit” apparaît comme ironique, car en réalité, seuls les hommes sont libres et maîtres de leur choix. Les hommes seront néanmoins punis par Dieu lors de leur mort, mais dans la vie terrestre les femmes continuent d’être maltraitées. Les questions rhétoriques de Victor Hugo : “Hélas ! qu’est-ce que toutes ces destinées ainsi poussées pêle-mêle ? où vont-elles ? pourquoi sont-elles ainsi ?” montrent l’implication émotionnelle de l’auteur, et s’adressent directement à Dieu lui-même. Victor Hugo est dans sa fonction messianique, il perçoit des choses spirituelles que les autres ne peuvent pas voir et qu’il veut transmettre à ses lecteurs. “Celui qui sait cela voit toute l’ombre. Il est seul. Il s’appelle Dieu.” Les phrases finales sont détachées du reste du texte, qui s’apparente à un discours, pour être mises en valeur et sont semblables à un avertissement à l’encontre des hommes malsains et cruels.

Partie V, Livre I. La mort de Gavroche De «Sous les plis de ce voile de fumée» à «Cette petite grande âme venait de s’envoler.» Comment dans cette scène particulièrement dramatisée le personnage de Gavroche est-il transfiguré pour incarner le courage et dénoncer la cruauté de Napoléon III ?

I) Une scène particulièrement dramatisée 

a) L’organisation du passage crée une tension dramatique

La mission est très dangereuse et tout au long de ce périple le lecteur est tenu en haleine comme les personnage resté sur la barricade: “De la barricade, dont il était encore assez près, on n'osait lui crier de revenir, de peur d'appeler l'attention sur lui.”

La tension se resserre car les tirs se rapprochent de lui: “Si bien que les tirailleurs de la ligne rangés et à l'affût derrière leur levée de pavés, et les tirailleurs de la banlieue massés à l'angle de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la fumée.” mais aussi “Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa son panier.” 

L’expression du “jeu de cache cache avec la mort” personnifiée renforce le côté dramatique  “Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette.”

Il y a une mise en scène de la mort de Gavroche qui se fait en deux temps :

“Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l'Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c'est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n'était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant [...] Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé, et ne remua plus.”  

 

b) Toute la scène est resserrée autour de la figure de Gavroche

Le personnage est l’objet de toutes les attentions: “Si bien que les tirailleurs de la ligne rangés et à l'affût derrière leur levée de pavés, et les tirailleurs de la banlieue massés à l'angle de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la fumée.”. Certain sont terrorisé par le danger couru par leurs amis alors que ce d’en face le visent pour le tirer comme un lapin.

Le texte est construit en fonction du regard posé sur Gavroche : “Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux.” 

 

c) Une scène qui joue avec les émotions du lecteur

Il y a un oxymore Hugo joue avec les émotions du lecteur. Victor Hugo arrive à rendre poétique ce texte  qui traduit une scène tragique:

“Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade.”

Le narrateur ménage le suspense : “On le visait sans cesse, on le manquait toujours.” Le lecteur ne s’attend pas à la mort du personnage.

Hugo cherche à montrer la cruauté des soldats, ils sont sans coeur et impitoyable : “Les gardes nationaux et les soldats riaient en l'ajustant”.

“un long filet de sang rayait son visage” : Le lecteur s’attend maintenant à assister à la mort de Gavroche.

C’est la chanson qui apprend au lecteur la mort de Gavroche : “Je suis tombé par terre,  C'est la faute à Voltaire,  Le nez dans le ruisseau,  C'est la faute à…”

 

II) Le personnage de Gavroche est transfiguré

a) Gavroche incarne le courage

Gavroche incarne le courage en allant récupérer sur les cadavres de quoi ravitailler la barricade. “Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d'un mort à l'autre, et vidait la giberne ou la cartouchière comme un singe ouvre une noix.” Il se comporte comme un animal agile.

Le personnage ne ressent ni la peur ni le danger, comme inconscient de ses actes. On peut alors se demander si c’est une forme d’inconscience ou de courage.

“Sur un cadavre, qui était un caporal, il trouva une poire à poudre.

– Pour la soif, dit-il, en la mettant dans sa poche.” Gavroche plaisante peut-être pour se donner du courage : “– Fichtre! fit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts.”

Il défie les soldats en chantant face à leurs tirs : “Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :”

Malgré le danger il continue à se comporter comme un enfant ce qui renforce la cruauté des soldats qui vont l’abattre:  “Il avait l'air de s'amuser beaucoup.”

Le personnage nargue les soldats, en répliquant à chaque tir par un couplet:  “Il répondait à chaque décharge par un couplet.” 

 

b) Le héros devient presque un être surnaturel

Gavroche, à travers cette métaphore animalière, devient protéiforme pour montrer combien sa mission est impossible à réaliser. Il incarne aussi la magie de l’enfant qui apparaît ici immortel : “Il rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d'un mort à l'autre”.

Gavroche devient un héros surnaturel car aucune balle n’arrive à l’atteindre, on dirait donc qu’il est immortel : “Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade, alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta”.

Il y a un champ lexical du surnaturel: “Ce n'était pas un enfant, ce n'était pas un homme ; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée.”, “l'enfant feu follet”.

 

c) La métaphore de l’oiseau

Gavroche est symbolisé par un oiseau qui représente traditionnellement la liberté: “Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l'œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :” Cette métaphore est reprise à la fin du texte : “Cette petite grande âme venait de s'envoler.” La liberté résiste courageusement face à l’oppression  “C'était le moineau becquetant les chasseurs.” Cependant la fragilité de l’oiseau ne résistera pas face aux tirs des soldats : tuer Gavroche c’est donc tuer la liberté.

La mort de Javert 5ème Partie, IV, 2 De «Javert pencha la tête et regarda. Tout était noir.» à «il y eut un clapotement sourd, et l’ombre seule fut dans le secret des convulsions de cette forme obscure disparue sous l’eau.» Comment dans cette description romantique, Victor Hugo crée-t-il une ambiance mystérieuse afin de révéler la lutte entre le bien et la mal ?

I) Une description mystérieuse

 

“Javert pencha la tête et regarda” : on ne sait pas ce qu’il regarde.

 

“Tout était noir” : Le champ lexical de la nuit nous renvoie au mystère et aux choses qui sont cachées. “La lueur s’évanouissait” : On a l’idée de l’aveuglement progressif et angoissant, “On ne voyait rien”.

 

“On entendait un bruit d’écume ; mais on ne voyait pas la rivière”, “L’eau bruissait” : Le bruit d’origine inconnue créé une atmosphère inquiétante car la description est uniquement auditive alors que le lecteur est habitué aux descriptions visuelles. Le lecteur se retrouve aveugle comme le personnage.

 

“une lueur apparaissait et serpentait vaguement” : Le narrateur joue entre l’ombre et la lumière à la manière d’un peintre. La couleur est absente.

 

“Le mur du quai, abrupt, confus, mêlé à la vapeur, tout de suite dérobé, faisait l’effet d’un escarpement de l’infini.” : On n’a pas de description claire du mur. Le personnage ne peut pas bien voir ce qui se trouve devant lui.

 

“Le grossissement du fleuve plutôt deviné qu’aperçu, le tragique chuchotement du flot, l’énormité lugubre des arches du pont, la chute imaginable dans ce vide sombre, toute cette ombre était pleine d’horreur.” : Le narrateur fait une gradation qui nous emmène du mystère à l’angoisse et puis à l’horreur. 

 

“Tout à coup, il ôta son chapeau et le posa sur le rebord du quai” : Le narrateur se recentre sur personnage et passe d’une description du quai à une description des actions du personnage. Le lecteur comprend qu’il va arriver quelque chose d’important : “ apparut debout sur le parapet, se courba vers la Seine, puis se redressa, et tomba droite dans les ténèbres”, le personnage saute dans le vide pour se suicider.

 

II) La lutte entre le bien et le mal (la présence du diable)

 

“Javert pencha la tête et regarda” : pencher la tête vers le bas nous montre la soumission de Javert et son renoncement à la vie.

 

“Tout était noir” : La noirceur est dans coeur du personnage qui n’a plus d’espoir. On sait déjà que le diable a remporté la partie. La présente du diable est de plus en plus visible avec l’allusion biblique : “serpentait”, “couleuvre”. La métaphore filée du serpent circule dans tout le texte en rapport avec la rivière (la Seine) qui va symboliquement dévorer le personnage. “La lueur s’évanouissait” : L’espoir est en train de quitter le personnage. 

 

“Par instants, dans cette profondeur vertigineuse, une lueur apparaissait” : la description du paysage est en fait une description du désespoir du personnage qui hésite avant de se suicider, c’est ce que l’on appelle un paysage état d’âme, un procédé d’écriture caractéristique du romantisme. 

 

“l’eau ayant cette puissance, dans la nuit la plus complète, de prendre la lumière on ne sait où” : l’eau symbolise les émotions qui emportent le personnage vers le suicide.

 

“L’immensité semblait ouverte là” : C’est un texte fantastique voire mystique puisqu’il ouvre une brèche vers l’éternité, l’enfer qui attend Javert à travers les métaphores : “Ce qu’on avait au-dessous de soi, ce n’était pas de l’eau, c’était du gouffre.”, “un escarpement de l’infini”, “cette ouverture de ténèbres”. Le diable en personne vient chercher Javert : “Un souffle farouche montait de cet abîme.” 

 

“on sentait la froideur hostile de l’eau et l’odeur fade des pierres mouillées” : cette phrase est une métaphore de la mort et des pierre tombales.

 

“le tragique chuchotement du flot” : la voix du diable incite le personnage à sauter dans le vide. Il ne peut pas se dérober, il lutte contre une force qui le dépasse, comme un personnage de tragédie. Il se retrouve en face du diable qui est personnellement venu le chercher : “il considérait l’invisible avec une fixité qui ressemblait à de l’attention”.

 

C’est comme si Javert était déjà mort avant de sauter : “eût pu prendre pour un fantôme”. On dirait qu’on voit son âme quitter son corps : “l’ombre seule fut dans le secret des convulsions de cette forme obscure disparue sous l’eau.” Il n’y a aucun témoin à part le diable.

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