Explication du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne

Explication du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne

Jamais la confiance de Phileas Fogg dans la logique ne vacille. Bien que Verne ne révèle jamais les réflexions et les sentiments personnels les plus intimes de Fogg, les lecteurs voient l'Anglais tenir méthodiquement un registre précis des dates et des heures de départ et d'arrivée. La nature exigeante de Fogg révèle son contrôle sur tous les aspects de sa vie. Il ne dit jamais ou ne fait jamais quoi que ce soit qu'il n'a pas déjà considéré sous tous les angles factuels. En revanche, la seule fois où les décisions de Fogg sont enracinées dans l'émotion découle de son dévouement à l'amitié. Ses décisions de sauver la vie de Mrs. Aouda en Inde, de partir à la recherche de Passepartout à Hong Kong et de participer au sauvetage de Passepartout en Amérique sont basées sur des liens d’amitié ou d’amour. Pourtant, sa croyance en sa capacité à utiliser la logique pour triompher du danger n'hésite jamais, et sa capacité à séparer ses émotions des faits permet à sa confiance de rester forte. Bien que sa froideur et son mode de vie rigoureux puissent donner l'impression qu'il est froid comme une machine, c'est une hypothèse superficielle : Phileas Fogg montre des sentiments lorsque la situation les justifie. Inversement, la foi de Mrs. Aouda et de Passepartout dans les décisions de Fogg découle de leurs émotions. Ils se consacrent à sa cause, aussi vaine soit-elle. Ils croient que Fogg gagnera son pari non pas parce qu'ils ont calculé les temps de déplacement des différentes étapes du voyage, mais parce qu'ils ont confiance en lui et veulent qu'il réussisse. Bien que Passepartout et Mrs. Aouda aient une foi émotionnelle dans la tentative de Phileas Fogg de gagner son pari, le doute s'infiltre parfois dans leur esprit et dans leur cœur. Ils s'inquiètent que Fogg perde son pari parce que, contrairement à Phileas Fogg, ils croient que des circonstances imprévues ont le pouvoir de contrecarrer ses plans et de le faire perdre. Andrew Stuart, membre du Reform Club et instigateur du pari, soutient également qu'une personne ne peut pas rendre compte de toutes les éventualités de la vie, indépendamment de la logique, des progrès technologiques ou de la colonisation britannique. Tout au long du roman, les oublis et les indiscrétions de Passepartout retardent Fogg, bien qu'il soit plus que capable de les compenser par son héroïsme. Passepartout déplore également comment il a causé la chute financière de Fogg avec non seulement l'argent du pari, mais aussi les 20 000 £ restantes utilisées pour les dépenses. De même, les émotions de Mrs. Aouda reflètent celles du valet de chambre à Calcutta lorsqu'elle croit que Fogg et Passepartout sont arrêtés pour l'avoir sauvée du sati au lieu de la laisser à son sort. Elle aussi regrette les ennuis et les retards supplémentaires qu'elle cause ; en fin de compte, elle est assurée de sa valeur par son mariage avec Fogg. Dans chacun de ces cas, leurs soucis sont centrés sur l'argent, affaiblissant leur foi en Fogg et dans le succès de son pari. De son côté, Fogg ne doute jamais de ses chances parce qu'il ne le fait pas pour l'argent, mais pour le défi. Pour lui, la fin justifie les moyens, tant que ces derniers sont à la fois légaux et moraux. Les personnages principaux sont prêts à sacrifier leur vie pour sauver les autres. Bien que Mrs. Aouda ne fasse pas un sacrifice volontaire lors de la cérémonie du sati, elle propose volontiers de rester en Inde lorsqu'elle croit que Phileas Fogg et Passepartout sont arrêtés pour l'avoir secourue. Elle perdrait son bonheur, son indépendance et même sa vie pour que Fogg puisse gagner le pari. Sans qu'on le lui demande, Passepartout traverse le feu pour sauver Mrs. Aouda, grimpe au gréement d'un navire à vapeur pendant la tempête pour sauver le navire, et risque sa vie à bord du train pour sauver la vie des gens. Ils apprécient davantage la vie des autres que la leur. De son côté, Phileas Fogg met sa vie en danger pour sauver Mrs. Aouda, pour venger son honneur dans un duel et sauver Passepartout d'un enlèvement par les Sioux. Ayant été caractérisé dès le début comme un gentleman froid et rigoureux, l'héroïsme de Fogg peut sembler surprenant, mais il est clair que l'honneur et la justice peuvent motiver même les personnages les plus stoïques. Les horloges entourant Phileas Fogg et leur synchronisation impeccable symbolisent l'attention que Fogg porte au temps dans tous les aspects de sa vie, car il adhère à un emploi du temps quotidien précis. Tout au long de l'histoire, Fogg est méticuleux dans l'enregistrement de l'heure et de la date de chaque arrivée et départ. Vraiment, c’est le temps - pas Stuart ou les autres membres du Reform Club - le véritable adversaire de Fogg, et donc les horloges entourant Fogg symbolisent plus précisément sa lutte pour contrôler le temps plutôt que d'être contrôlé par lui. Alors qu'il lutte avec le temps à chaque instant de sa vie à Londres, c'est le pari qui lui permet enfin d'en devenir le maître. Lors de son pari, Fogg stipule une heure exacte à laquelle il reviendra, signalant la fin du pari. Le but de Fogg n'est pas de conquérir l'espace ou la distance du voyage, mais de conquérir le temps. Les différents horaires des navires et les horaires des trains à l'autre bout du monde, qui permettent à Fogg de faire ses calculs avec une telle précision, sont les fruits de la colonisation. L'accent mis par Fogg sur le temps et la possibilité de faire ce voyage n'est faisable qu'en raison de l'immensité de l'Empire britannique. Même sa propre montre, qu'il utilise pour suivre le rythme de son voyage, est un cadeau de sa patrie. De toute évidence, la lutte humaine avec le temps et le désir de le maîtriser sont des sous-produits de l'ère moderne. Jules Verne présente de multiples avancées dans le domaine des transports pour montrer comment la technologie moderne a réduit le monde grâce aux voyages. Samuel Fallentin, membre du Reform Club, proclame que les progrès ont fait voyager autour du monde "dix fois plus vite que cent ans auparavant". En effet, il aurait fallu plus de deux ans pour faire le tour du monde au XVIIIe siècle. Pourtant, bien que Fogg fasse le tour du monde en moins de 80 jours, il trouve toujours un monde sauvage, pas entièrement ordonné. Le monde n'est pas apprivoisé et les nouveaux modes de transport ne sont pas infaillibles. Les gens doivent encore parfois compter sur des modes de transport démodés comme les éléphants. Ainsi, le transport moderne symbolise également la futilité de l'objectif de la civilisation d'apprivoiser le monde. Les cercles dominent le roman, à commencer par la notion même de circumnavigation et d'encerclement du globe. Verne le résume bien dans le chapitre 11 : "Il ne voyageait pas, il traçait un cercle. Il était de la matière en orbite autour du monde, suivant les lois de la physique." En physique, l'espace et le temps ne sont pas des entités séparées, mais entrelacées. Des concepts tels que la locomotion et la vitesse sont liés aux cercles. Le roman est une étude des différents modes de transport du XIXe siècle. Tous ne servent qu'à ramener Phileas Fogg là où il a commencé, après avoir "conquis" le monde par les calculs, la confiance et les récentes améliorations des moyens de transport. Les cercles entrent également en jeu au niveau figuratif, soulevant la question de savoir si les personnages changent au cours du roman. Certes, au début, il semble que Fogg ne changera pas, et qu'il ait accepté ce pari pour pouvoir reprendre ses habitudes lorsque ce sera fini. Les cercles symbolisent donc la tendance de Fogg à voir ses voyages comme un prolongement de ses habitudes. Mrs. Aouda apporte un véritable changement à ses plans ; non seulement sa situation critique tire Fogg hors de son caractère solitaire, mais elle est sa consolation lorsqu'il pense avoir perdu le pari à son retour. La véritable récompense de Fogg est d’avoir trouvé l’amour au cours de son voyage.

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