Explication de Antigone de Jean Anouilh

Explication de Antigone de Jean Anouilh

Les thèmes

L’intégrité

 

L'Antigone d'Anouilh est déterminée à respecter ses convictions à tout prix. Ses convictions la poussent à enterrer son frère Polynice au mépris de l'édit de Créon. Ce faisant, elle semble être un parangon d'intégrité ; même la perspective d'être enterrée vivante ne la dissuade pas. Pourtant, les principes qui sous-tendent sa conviction semblent fragiles et changeants. Au début, elle affirme que enterrer son frère est un devoir religieux, mais cette affirmation s'effondre sous l'interrogatoire de Créon. Enfin, elle est d'accord avec Créon pour dire que sa position est absurde, mais elle reste provocatrice, déterminée à jouer le rôle qu'elle ressent comme son destin. L'idée de défiance entraînant un sacrifice vide de sens semble être tirée d'Albert Camus, dont l'essai "Le mythe de Sisyphe" (1942) utilise une autre figure mythique pour décrire sa théorie de l'absurde. Sisyphe pousse toujours un rocher sur une colline ; lorsque le rocher retombe, il recommence. Le sort de Sisyphe est peut-être désespéré, mais c'est son destin ; continuer la lutte à tout prix. Comme Sisyphe, Antigone embrasse son destin, qui est de "rejeter la vie et mourir". Antigone est un symbole d’intégrité. Elle incarne l’idée de résistance.

 

La liberté contre la contrainte

 

Antigone et Créon personnifient la tension entre le désir de suivre ses idéaux et le besoin d'opérer dans un monde imparfait. Créon a assumé la direction du royaume à contrecœur. Il ressent le devoir de faire des compromis personnels pour le bien du royaume, et il s'attend à ce que les autres fassent de même. En faisant un exemple de Polynice, il essaie de tirer le meilleur parti d'une mauvaise situation. Antigone ne ressent pas une telle contrainte. Elle est jeune et elle a un fiancé, mais pas un mari. Elle n'est guère plus qu'une enfant elle-même et n'a pas d'enfants à craindre, et encore moins tout un royaume. Image d'idéalisme juvénile, elle est libre de suivre sa conscience. La pureté de sa passion, son « non » provocateur, la rend bouleversante pour le public, mais énervante pour Créon. Il croit que dire « oui » à la vie et à toutes ses complications est le choix le plus courageux.

 

Une pièce politique

 

La pièce d'Anouilh explore les causes et les effets de l'opportunisme politique à travers Créon. Le roi de Thèbes indique clairement qu'il ne pense pas qu'Étéocle ait plus droit à des funérailles d'État que Polynice : les deux frères, dit-il, étaient indignes de cet honneur. Cependant, honorer un cadavre tout en profanant l'autre sert les fins politiques de Créon. Il croit que c'est la seule façon de préserver l'ordre dans un royaume ébranlé par la guerre civile. Bien que sa stratégie semble efficace - la pièce se termine sur l’extinction de la rébellion - les conséquences pour les proches de Créon sont désastreuses. Le choix de Créon a fortement résonné en France, qui était sous l’occupation nazie lorsque la pièce a été représentée pour la première fois au début de 1944. Beaucoup de Français voyaient Créon comme un double du maréchal Pétain, qui s'est rendu aux nazis au début de la guerre et est devenu le chef de la France occupée et le symbole de la collaboration avec l’ennemi. Les membres de la résistance et leurs sympathisants lui vouaient une haine légitime. Ils ont estimé que la capitulation de Pétain devant les nazis avait fait grande honte à la nation. Ils ont donc préféré la défiance d'Antigone aux compromis de Créon.

 

Antigone

 

L'héroïne d'Anouilh agit dans une lutte symbolique pour rester pure dans un monde corrompu - symbolique parce que son objectif réel, enterrer Polynice, a une valeur douteuse. Après tout, Dieu est absent de la pièce, et son frère était un traître. Mais elle doit le faire, car, comme le dit le chœur, "lorsque vous vous appelez Antigone, il n'y a qu'un seul rôle que vous pouvez jouer ». Bien qu'Antigone elle-même symbolise la pureté, elle n'est pas un personnage statique. Elle est tour à tour enfantine, passionnée, interrogative et enfin désespérée. Bien qu'elle embrasse son rôle symbolique, elle ne le contrôle pas. En fin de compte, en admettant qu'elle ne sait pas pourquoi elle meurt, elle semble à son plus humain - et son plus tragique, piégée car elle est dans un rôle symbolique dont elle ne se sent pas sûre.

 

Créon

 

Le Créon d'Anouilh est un symbole du pragmatisme par sa volonté d'aborder les problèmes de façon pratique. Son approche politiquement opportune de la gouvernance le place en conflit direct avec Antigone. Antigone le considère comme désespérément compromis ; il la considère comme furieusement têtue. Pourtant, dans sa jeunesse, il a autrefois vu le monde comme le fait Antigone. Si Antigone vivait, c'est ce qu'elle deviendrait.

 

Les gardes

 

Les gardes représentent l'opportunisme politique, ils sont l’image des collaborateurs. Les actions de Créon, impliquent un sacrifice déchirant. Il ne veut vraiment pas mettre à mort un membre de sa famille, mais il veut éviter d'aggraver les troubles civils. Son idéalisme est élevé par rapport à celui des gardes, dont la seule pensée est leur propre survie. Pour les gardes, faire ce qui est opportun, c'est éviter les sacrifices afin de pouvoir continuer à vivre leur vie médiocre. "Rien de tout cela n'a d'importance pour eux", dit le chœur dans la scène finale de la pièce ; "ils continuent à jouer aux cartes", une activité basée sur le hasard et sans conséquence. Leur propre vie, suggère Anouilh, n'a que peu de sens.

 

Le bonheur

 

Créon affirme que le but de la vie est de saisir tout le bonheur possible - et il définit le bonheur comme le confort domestique : un enfant, un banc confortable, un jardin. Quelles que soient les contraintes que la vie vous impose, elles sont supportables si vous pouvez saisir quelques moments de bonheur. Pour Antigone, cette idée est répugnante ; cette version pâle du bonheur n'est rien comparée au monde brillant et beau qu'elle envisageait enfant. Elle préférerait mourir plutôt que de devoir se contenter du genre de bonheur défini par Créon.

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