Analyse de La Peste d'Albert Camus

Analyse de La Peste d'Albert Camus

Les thèmes

 

Souffrance humaine

 

Alors que la peste ravage la population, il devient clair que la souffrance est universelle et inévitable. La peste cause de la souffrance parmi les riches et les pauvres, les personnes âgées et les jeunes, ainsi que chez les hommes et les femmes. Aucun groupe n'est épargné.

 

La souffrance a trois effets. Premièrement, cela démontre la façon dont tous les gens d'Oran se ressemblent. Ils vivent tous dans la peur ; n'importe qui pourrait mourir de la peste à tout moment. Les humains souffrent, et leurs souffrances les rendent pareils, effaçant les frontières au point que les hommes et les femmes ensemble sont enterrés dans des fosses communes sans cérémonie.

 

Le deuxième effet, cependant, est le contraire. La peste isole les gens, car ils imaginent que leurs marques particulières de souffrance sont différentes de celles qui les entourent et qu'ils sont séparés en camps de quarantaine et même en tentes individuelles dans ces camps.

 

Le troisième effet est la sensibilisation. Alors que les citoyens d'Oran souffrent à la fois avant et après la peste ainsi que pendant celle-ci, la différence dans les conséquences est que les citoyens sont conscients de leurs souffrances. En fin de compte, ils apprennent que la souffrance agit en tant qu'enseignant, exhortant les gens à devenir eux-mêmes en s'opposant à la souffrance en faveur de l'humanité.

 

Liberté

 

Avant la peste, les habitants d'Oran étaient libres d'aller et venir et de vivre, d'aimer et de travailler comme bon leur semblait. Malgré cela, ils vivent comme des prisonniers d'habitude, traversant les mouvements de la vie sans vraiment vivre ni aimer. Le fait d'avoir paradoxalement à faire face à la peur et à la mort générées par la peste a le potentiel de libérer les gens, d'une certaine manière, de cette existence habituelle. Pourtant, l'attrait de l'habitude et la tendance à se réfugier dans le déni de la mortalité ramènent constamment les gens dans la captivité de l'ignorance.

 

Cet état de captivité perpétuelle, malgré le statut de peste, étend le concept de liberté d'une condition physique aux domaines de l'émotion, de l'esprit et de l'intellect. Ainsi, la vraie liberté survit en tant qu'état d'esprit, que les portes de la ville soient ouvertes ou fermées.

 

Faire face à la mort

 

En acceptant la mort, les gens sont enfin capables de faire l'expérience de la vie. Puisque la mort fait partie de l'existence humaine, affronter la mort, c'est faire face à une vérité fondamentale sur l'être humain. Tout comme Tarrou veut qu'on lui dise, en toute honnêteté, quelles sont ses chances de survie, les gens doivent faire face à la vérité de leur propre mortalité, sinon ils vivront simplement comme prisonniers à leur propre déni. Une fois la mort acceptée, une personne peut vraiment vivre une vie sans les entraves causées par la peur. C'est peut-être la raison pour laquelle les membres âgés de la population semblent rester inchangés par la peur et la souffrance de la peste. Ils ont accepté leur mortalité et ne la craignent plus.

 

La peste et l'imagerie de guerre rendent les citoyens d'Oran conscients de la mort. Cette conscience est habilitante. Avec la possibilité de la mort au premier plan de la vie, il devient presque impossible de vivre passivement. La mort aussi, comme la souffrance, est un grand égalisateur parmi les citoyens, qui doivent choisir de vivre pendant qu'ils le peuvent.

 

Isolement et langage

 

L'isolement physique et émotionnel joue un rôle dans la peste. La peste coupe la communication physique avec le reste du monde, laissant la ville isolée. Dans la ville, les gens sont isolés dans des camps de quarantaine, dans des tentes de quarantaine individuelles et, parfois, chez eux.

 

Mais l'isolement émotionnel affecte également les personnages. Par exemple, Cottard est isolé par sa peur d'être arrêté, et il ne se sent moins isolé que lorsque la peste provoque une peur universelle. Dr. Rieux est isolé par son besoin de mettre de côté ses émotions pour se concentrer sur le travail à accomplir. Rambert et Rieux ont tous deux du mal à communiquer avec les femmes qu'ils aiment. Joseph Grand est isolé par son incapacité perpétuelle à trouver le "bon" langage, mettant en évidence une question plus large en matière de communication. La langue est, de par sa nature, difficile à utiliser, subjective, ouverte à l'interprétation et souvent dénuée de sens. Cette incapacité de nombreux personnages à vraiment se connecter les uns aux autres grâce à une communication précise ajoute une autre couche d'isolement à leurs expériences. Un problème qui ne peut pas être nommé ou correctement défini ne peut pas être résolu de manière significative. Cet échec du langage isole donc ceux qui seraient confrontés au problème de la peste, ce qui le rendrait d'autant plus difficile à combattre.

 

Météo

 

 

 

Le temps est une source constante d'imagerie dans La peste. Les saisons progressent du printemps à l'été à l'automne, avec des conditions météorologiques saisonnières et non saisonnières. La pluie, le vent et le temps chaud et étouffant ajoutent tous à l'atmosphère d'Oran. Peu importe le temps, les habitants d'Oran agissent comme s'ils avaient un sens et, ce faisant, imposent leur propre désir de sens à cette force indifférente et imprévisible. Ils imaginent que le temps chaud reflète la chaleur des fièvres de la peste ou que le vent propagera la peste. Ils se méfient des conditions météorologiques qui, dans les temps les plus heureux, signifieraient une journée à la plage. Autant les humains veulent trouver un sens au temps, autant ils sont, comme l'univers, indifférents à la peste et à toute souffrance humaine.

 

Rats

 

Les rats sont le premier signe de l'apparition de la peste. Au début du roman, leurs décès préfigurent les décès humains qui suivent. L'assortiment aléatoire de rats morts qui jonche la ville montre que la peste frappe au hasard, sans égard à l'espace public ou privé. Ignorer les rats, puis prendre des mesures inefficaces contre eux, devient une représentation de l'incompétence et du déni qui affligent les autorités municipales. À la fin du roman, leur retour marque la fin de la peste. De cette façon, les rats prédisent la condition humaine plutôt que de la menacer.

 

Peste

 

La peste en vient à représenter d'autres sources de souffrance et d'aliénation. D'abord et avant tout, c'est une allégorie de la montée de l'Allemagne nazie et les souffrances qui se sont produites pendant la Seconde Guerre mondiale. La montée de la peste parmi une population qui n’y est pas préparée est comme la montée du fascisme en Europe et la réponse inefficace à ses dangers. La destruction et la mort causées par la peste sont comparées à la destruction de la guerre. Les amoureux sont séparés, et même ceux qui sont réunis sont changés à jamais. Les gens se regroupent finalement pour se battre, mais la lutte est impossible, offrant une petite victoire, mais pas de victoire "finale". Pourtant, Camus souligne la nécessité pour les gens de continuer à se battre (à la fois contre la peste et le fascisme), qu'ils puissent espérer ou non la victoire.

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