Analyse de La Peste d'Albert Camus

Analyse de La Peste d'Albert Camus

Analyse de l'Incipit, De «Le matin du 16 avril» à «nous recommencerons»

Le roman commence comme une chronique (« Le matin du 16 avril », « le lendemain 17 avril à huit heures »). Dès la première phrase, il y a « un rat mort », comme un élément perturbateur (« la pensée lui vint que ce n’était pas sa place »). Le concierge reste dans une attitude de déni, comme lors de la montée du nazisme (« il n’y avait pas de rats dans la maison », pour le concierge, elle constituait un scandale »). Le « gros rat à la figure incertaine et au pelage mouillé », « la bête », est une figure du diable. Le « sang » annonce la mort de la population à venir, comme les paroles prophétiques du « vieil asthmatique » : « Ils sortent […] c’est la faim » avec un jeu de mots : c’est la fin. La femme de Rieux apparaît comme déjà morte sur son lit puis dans le wagon-lit (qui fait penser aux wagons qui se dirigeaient vers les camps de la mort. Elle apparaît à Rieux comme un souvenir alors même qu’elle est encore là avec la personnification du sourire : « Le sourire l’accompagna jusqu’à la porte ». Les détritus sont « laissés au bord du trottoir » comme le seront les corps des trop nombreux morts au plus fort de l’épidémie, on peut donc y voir une prolepse. Les dernières paroles échangées par le couple Rieux (« Nous recommencerons ») laissent deviner qu’ils ne se reverront jamais.

Analyse de La révélation de la peste, 1re partie, 4e section, de « C’était le temps, sans doute... » à « ...Mais il semble bien que ce soit la peste. »

I) L’évocation réaliste de la peste

 

Les symptômes de la peste sont évoqués de façon très réaliste car Camus s’était longuement documenté sur le sujet avant de commencer la rédaction de son roman. Le narrateur insiste avec force détails sur la fièvre, les bubons, les vomissements, les maux de tête et les ganglions aux aines. Le ton adopté par le narrateur est très neutre, comme le serait celui d’un véritable médecin, pour entretenir l’illusion de l’objectivité. La progression de la narration est calquée sur celle de la maladie. Le narrateur se concentre d’abord sur la description de cas isolés pour rapidement évoquer le nombre croissant de malades. Ainsi glisse-t-on du passé simple à l’imparfait itératif (« déversaient des flots de malades »). On remarque une gradation dans l’évocation de la contagion qui devient une véritable épidémie, à la fois dans la ville d’Oran et dans l’esprit des deux médecins.

 

II) La dramatisation du récit

 

Le mot « peste » n’est utilisé qu’à la toute fin de la discussion des deux médecins pour désigner la maladie, comme si ce mot leur brûlait les lèvres, d’où la répétition du verbe savoir. Dans la Bible c’est le fait de nommer une chose qui l’appelle à l’existence, ainsi on dirait que les deux médecins ont peur de donner plus de puissance au fléau en l’appelant par son nom : la peste. Cette évocation tardive ménage également un effet de suspens qui grandit au fur et à mesure que l’enquête du docteur Rieux progresse, avec un effet de ralentissement au moment où le nom du fléau va être prononcé. L’annonce du nom « peste » est également dramatisé par la mise en place d’une atmosphère angoissante : « tout poissait aux mains », l’oxymore « éclat terne ».

Analyse de Une interminable défaite, De “Quand je suis entré dans ce métier” à “Une interminable défaite”

Dans l'extrait étudié, Albert Camus met en scène la lutte entre la vie et la mort à travers le personnage du docteur Rieux, symbolisant la résistance face à l'adversité. 

 

I) La lutte entre la vie et la mort, une image de la condition humaine

 

Le texte souligne l'inévitabilité de la mort et la lutte constante de l'homme contre elle. La mort est présentée comme une réalité insurmontable, mais la résistance humaine face à cette fatalité est également mise en avant. Le dégoût du jeune Rieux face à la mort, son incapacité à s'y habituer, et sa prise de conscience que la lutte contre la mort est un combat perpétuel et provisoire, mettent en lumière la complexité de la condition humaine face à l'inéluctabilité de la mort.

 

II) Le docteur Rieux, une figure de résistant

 

Le docteur Rieux incarne la résistance humaine face à la mort et à la souffrance. Initialement, il entre dans la profession médicale pour des raisons abstraites et personnelles, mais face à l'épidémie, il devient un symbole de la lutte contre l'adversité. Sa décision de continuer à lutter, malgré la conscience que ses victoires seront toujours provisoires, souligne un engagement profond envers l'humanité et la vie. Cette attitude reflète la vision de Camus sur l'importance de la résistance, même face à un ennemi apparemment invincible comme la mort.

 

Conclusion :

 

Camus, à travers ce texte, illustre la lutte éternelle de l'homme contre la mort, une lutte qui définit la condition humaine. Le docteur Rieux, en tant que figure de résistant, représente l'espoir et la détermination humaine face aux défis les plus désespérés de la vie. Cette lutte, bien que souvent vaine et provisoire, est présentée comme essentielle et noble, reflétant la philosophie de Camus sur la résilience humaine.

Analyse de Au coeur de l’épidémie, Début de la 3e partie, de « Ainsi, à longueur de semaine,... » à « ...l’appel morne et sans passion de la peste ».

I) Un moment dramatique

 

La première partie de cet extrait marque une pose dans le récit puisque le narrateur fait ici un bilan des ravages causés par la peste à Oran. La deuxième partie est consacrée à la description objective de l’épidémie qui est ici à son paroxysme.

 

II) L’évocation du fléau

 

La peste prend dans ce passage des allures d’apocalypse, c’est-à-dire de révélation au sens biblique du terme. Il faut souligner l’importance du vent qui « s’engouffre dans les rues avec toute sa violence » et symbolise de manière allégorique l’aspect diabolique du fléau que rien ne peut arrêter : «  le vent seul y poussait des plaintes continues ». Cette description du fléau évoque les malédictions de l’Ancien Testament et s’apparente à une fatalité tragique, le fatum des tragédies antiques.

 

II) La fin de l’humanité

 

L’humanité semble vouée à disparaître : « des promeneurs devenus plus rares », « courbés en avant », « les rues étaient désertes », « ville déserte ». Face à la mort, tous les hommes se retrouvent sur un même pied d’égalité : « leur tour était venu ». Tous les quartiers de la ville sont dévastés, les riches comme les pauvres. Les hommes ont perdu tout lien et toute identité sociale : « pressés de rentrer chez eux », « un mouchoir ou la main sur la bouche », « brouille les cartes ». L’histoire collective prend le pas sur les destins particuliers. L’amour lui-même est vaincu puisque les amants sont séparés.

Analyse du prêche du Père Paneloux, De «Paneloux tendit ici ses deux bras courts dans la direction du parvis» à «mais aussi un verbe qui apaise»

Dans cet extrait, Albert Camus dépeint la peste non seulement comme une calamité dévastatrice, mais également comme une force quasi-divine qui teste la foi et la moralité humaines.

 

I) La peste comme l'ange du mal

 

La peste est personnifiée et présentée comme un agent actif du mal, qui s'immisce dans la vie des individus de manière aléatoire et impitoyable. Cette allégorie renforce l'idée d'une force malveillante et omniprésente, frappant indistinctement et mettant en lumière l'injustice et la cruauté inhérentes à cette calamité.

 

A) L'ange du mal

- Le pronom personnel "elle" attribue à la peste une présence et une personnalité, accentuant son impact terrifiant et inévitable.

- L'allégorie de la peste s'assimilant à un être vivant qui s'infiltre dans les foyers renforce l'idée d'une menace insidieuse et omniprésente.

- Le complément circonstanciel de manière "au hasard" souligne l'arbitraire de la maladie, frappant sans discernement ni justice.

 

B) Une punition divine

- Le connecteur logique "c'est pourquoi" suggère une interprétation religieuse de la peste, perçue comme une punition divine pour l'indifférence des hommes envers Dieu.

- L'hyperbole oxymorique "dévorante tendresse" et la personnification de Dieu mettent en évidence une vision de la divinité à la fois crainte et révérée.

- Les métaphores du chemin illustrent la peste comme une épreuve destinée à rediriger l'homme vers la foi et la piété.

 

II) Un discours argumentatif

 

Le discours du père Paneloux se caractérise par sa force persuasive et son appel à la conscience morale des fidèles, oscillant entre critique sévère et promesse de miséricorde.

 

A) La critique violente des pécheurs

- L'accumulation de références bibliques vise à convaincre l'auditoire de la gravité de leurs fautes.

- La référence historique aux Chrétiens d'Abyssinie ancre le discours dans une réalité concrète, renforçant son pouvoir de persuasion.

- Le champ lexical du langage corporel et l'intonation accusatrice du prêtre soulignent son fanatisme et sa détermination à éveiller les consciences.

 

B) La volonté d'apaiser les consciences

- Le champ lexical de la miséricorde contraste avec la sévérité du discours, offrant une perspective de rédemption et d'espoir.

- La répétition du pronom "vous" établit une connexion directe avec les fidèles, les impliquant personnellement dans son message.

- L'oxymore bien/mal et la juxtaposition de châtiment et d'apaisement suggèrent que même dans le malheur, il y a place pour la rédemption et l'espérance.

 

Conclusion :

 

À travers ce discours, Camus explore les réactions humaines face à la peste, oscillant entre désespoir, fanatisme et recherche de sens. Le père Paneloux incarne une figure complexe, à la fois implacable dans sa critique des péchés et porteur d'un message d'espoir et de rédemption.

Analyse de La mort de l’innocent, 4e partie, 3e section, de « Le docteur serrait avec force la barre du lit... » à « Ah ! celui-là, au moins, était innocent, vous le savez bien !».

I) L’horreur de la scène

 

La mort de l’enfant est mise en scène de façon dramatique et pathétique. Les personnages principaux entourent le lit du petit mourant. L’enfant mène un combat désespéré contre la mort, marqué par trois temps forts : « qui se raidit brusquement […] se détendit peu à peu », « se pliait à nouveau […] se détendit un peu », «  l’atteignit à nouveau pour la troisième fois […] une pose de crucifié ». La gradation souligne la souffrance du petit corps qui lutte davantage que les adultes et qui du coup souffre plus longtemps. L’enfant perd progressivement ses forces et semble même rapetisser. Réduit au stade de squelette (« carcasse », « jambes osseuses »), l’enfant garde « des restes de larmes sur son visage ». Cette agonie est un véritable supplice, à la fois pour le petit malade, pour les personnages qui sont à son chevet (Rieux « serrait avec force la barre du lit »), et pour le lecteur. Le suspens accentue l’horreur de la mort qui est évoquée plusieurs fois pendant l’agonie de l’enfant : « avaient déjà vu mourir des enfants », « le repos ressemblait déjà à la mort ».

 

II) La lutte du bien contre le mal

 

L’enfant semble à la fois dévoré de l’intérieur (« mordu à l’estomac ») et plongé au coeur d’un cataclysme, comme l’Europe dévastée par la guerre dans les années quarante. La métaphore filée de la tempête (« vent furieux », « souffles répétés », « bourrasque », « l’abandonner [...] sur une grève humide et empoisonnée ») laisse bientôt la place à une métaphore de l’incendie (« flot brûlant », « épouvante de la flamme », « le brûlait », « paupières enflammées », « fondu »). 

 

III) L’enfant, une figure du Christ

 

L’enfant vit une véritable passion christique dans ce passage qui décrit « l’agonie d’un innocent ». On le voit d’abord à ses attitudes (« écartant lentement les bras et les jambes »), mais aussi à sa nudité et à sa maigreur (« jambes osseuses »). Il n’est jamais désigné par son nom car il incarne l’innocence : Rieux dit à Paneloux : « Ah ! celui-là, au moins, était innocent, vous le savez bien ! » Le mot « scandale », qui apparaît plusieurs fois dans ce passage, doit être compris dans son acception métaphysique : « une pose de crucifié grotesque ».

Analyse de L’état de siège, De « On pouvait cependant avoir d’autres sujets d’inquiétude par suite des difficultés du ravitaillement » à « les murs de ciment séparaient deux univers plus étrangers l’un à l’autre que s’ils avaient été dans des planètes différentes. »

Dans "La Peste" d'Albert Camus, la représentation d'une ville assiégée par la peste sert de toile de fond pour explorer des thèmes universels tels que l'isolement, l'injustice et l'oppression. À travers la ville d'Oran, Camus crée une métaphore puissante de la condition humaine sous l'emprise de la maladie, tout en évoquant subtilement les horreurs de l'occupation nazie et de la Seconde Guerre mondiale.

 

L'un des aspects les plus frappants du roman est la description de la ville en état de siège, où les difficultés du ravitaillement exacerbent les inégalités sociales. Camus écrit : "La spéculation s’en était mêlée et on offrait à des prix fabuleux des denrées de première nécessité qui manquaient sur le marché ordinaire." Cette situation crée un marché noir qui favorise les familles riches, alors que les familles pauvres souffrent de faim et de privations. Les riches ont accès à des biens que les pauvres ne peuvent se permettre, illustrant ainsi la séparation et l'injustice au sein de la société.

 

Le contrôle de l'information est un autre aspect important de l'oppression dans le roman. Camus dépeint une censure stricte des médias : "Les journaux, naturellement, obéissaient à la consigne d’optimisme à tout prix qu’ils avaient reçue." Cette manipulation de l'information crée une fausse réalité où la gravité de la situation est masquée. Des expressions populaires comme "Du pain ou de l’air" émergent, reflétant le désir de liberté et de vérité de la population. Cependant, toute rébellion ou manifestation est rapidement étouffée, renforçant l'atmosphère d'oppression et de contrôle.

 

La situation à Oran devient également une métaphore des camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale. Le narrateur mentionne un camp de quarantaine, évoquant des images de clôture et de surveillance : "Le stade est situé presque aux portes de la ville, et donne d’un côté sur la rue où passent les tramways." Ce confinement forcé et l'isolement des malades rappellent les conditions des camps nazis. Les murs de ciment séparent la ville en deux univers distincts, symbolisant la division profonde causée par la guerre et l'occupation.

 

En somme, "La Peste" d'Albert Camus est une œuvre riche et complexe qui va au-delà d'une simple histoire sur une épidémie. À travers la ville d'Oran et ses habitants, Camus explore des thèmes de l'injustice, de l'isolement et de la lutte contre une force oppressante, tout en évoquant subtilement les horreurs historiques de la Seconde Guerre mondiale. La peste elle-même devient une allégorie de l'occupation et de l'oppression, soulignant la fragilité de la condition humaine face à des forces qui semblent insurmontables.

La discussion sur la peine de mort, 4e partie, 6e section, de « Je n’ai pourtant gardé de cette journée... » à « ...le plus abject des assassinats. »

I) Le récit du souvenir 

 

Dans le premier paragraphe Tarrou raconte comment à l’âge de dix-sept ans il a été fasciné par un condamné à mort au cours d’un procès auquel son père l’avait convié. Le deuxième paragraphe est focalisé sur les émotions éprouvées par Tarrou adolescent. Le dernier paragraphe est centré sur le père de Tarrou, magistrat (« robe rouge »). Le souvenir de cette journée a amené Tarrou à se révolter à la fois contre son père et contre la peine de mort, il s’agit donc d’une expérience décisive qui a changé le cours de sa vie (« à partir de ce jour » est répété deux fois). C’est le point de départ de l’engagement de Tarrou contre « tout ce qui, de près ou de loin, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, fait mourir ou justifie qu’on fasse mourir » et qu’il appelle métaphoriquement « la peste ».

 

II) Un discours rhétorique

 

Le récit de Tarrou prend la forme d’un long discours destiné à convaincre Rieux (et le lecteur) de l’aberration de la peine de mort. L’accusé est présenté comme une victime fragile inspirant la pitié (« ce malheureux »), un animal traqué (« hibou effarouché »). A l’inverse, le père de Tarrou est présenté comme un homme insensible (« ni bonhomme ni affectueux ») dont les paroles sèment la mort : « sa bouche grouillait de phrases […] comme des serpents ». On ne sait pas quel crime a commis l’accusé « effrayé par ce qu’il avait fait et ce qu’on allait lui faire ». La condamnation à mort apparaît donc pire que le crime commis.

 

III) Un réquisitoire contre la peine de mort

 

Tarrou cherche à démontrer qu’une condamnation à mort est un crime qui ne peut en aucun cas être considéré comme juste. Pour lui les magistrats sont des monstres qui ne se rendent pas compte de l’horreur de la sentence prononcée sous forme d’euphémisme : « Cette tête doit tomber ». Tarrou apparaît clairement dans ce passage comme le porte-parole de Camus qui développera ses idées dans ses Réflexions sur la guillotine (1957).

Analyse du bain de mer, De « Elle sifflait doucement au pied des grands blocs de la jetée » à «  et qu’il fallait maintenant recommencer »

Dans "La Peste" d'Albert Camus, le bonheur se trouve dans la nature et l'amitié, malgré la présence oppressante de la maladie. Camus décrit un moment de paix et de sérénité, un contraste frappant avec la terreur et l'isolement causés par la peste. Ce passage reflète les thèmes centraux du roman : la lutte contre le désespoir et la quête de sens dans un monde chaotique.

 

I. Le bonheur dans la nature

La nature est décrite comme un refuge, un lieu de paix et de protection. La personnalisation des éléments naturels, tels que « les eaux se gonflaient et redescendaient lentement », suggère une présence maternelle et bienveillante. Les répétitions du mot « tiède » et des adverbes « doucement », « régulièrement », et « longuement » créent une atmosphère de tranquillité et de confort. Camus utilise le champ lexical de la nature pour évoquer un cadre apaisant, et les comparaisons comme « épaisse comme du velours » et « souple et lisse comme une bête » renforcent l'idée d'une mer vivante et rassurante. Le champ lexical du rythme, en lien avec les vagues, suggère une harmonie profonde entre l'homme et la nature.

 

II. Le bonheur dans l'amitié

L'amitié est représentée comme une entente silencieuse mais profonde. La phrase « Ils avaient le même cœur » symbolise l'union et la compréhension mutuelle entre les personnages. L'utilisation de compléments circonstanciels de moyen, tels que « sans avoir », « sans rien dire », et l'encadrement par des virgules de « il devina », illustrent la complicité et la connexion intuitive entre les amis. Les pronoms personnels pluriels et la répétition de « ami » soulignent la force de leur lien. La répétition du mot « même », comme dans « même rythme » et « même cadence », démontre une synchronisation parfaite et une amitié authentique.

 

En conclusion, ce passage dépeint un moment de bonheur pur, un interlude de paix au milieu du chaos de la peste. Il symbolise l'espoir et la beauté qui peuvent exister même dans les moments les plus sombres. La mort de Tarrou et la solitude finale de Rieux rendent ces instants de bonheur encore plus poignants. La parenthèse de bonheur que Tarrou a connue avant sa mort et la solitude subséquente de Rieux soulignent la fragilité et la préciosité de ces moments de joie dans un monde bouleversé par la tragédie.

Analyse de L’excipit, 5e partie, dernière section, de « Du port obscur montèrent les premières fusées... » à « ...et les enverrait mourir dans une cité heureuse ».

I) Une méditation poétique

 

Le personnage de Rieux est ici présenté comme un sage. Il se tient à l’écart de la foule qu’il surplombe depuis la terrasse du vieil asthmatique, ce qui le situe au-dessus des gens ordinaires. Il ne participe pas aux festivités parce qu’il sait que la paix n’est que provisoire puisque la peste demeure tapie dans l’ombre, capable de faire surface après des dizaines d’années de sommeil.

Ce passage s’apparente à de la prose poétique, ce qui place Rieux dans son rôle d’écrivain puisqu’il endosse enfin ouvertement le rôle de narrateur de ce récit. Les phrases sont longues et le rythme très travaillé.

 

II) Une morale humaniste

 

Dans ce passage, le docteur Rieux revient sur l’expérience qu’il vient de vivre, ce qui le porte à méditer sur la condition humaine et la lutte éternelle entre le bien et le mal. Rieux n’a pas foi en Dieu mais il a foi en l’Homme et son récit a clairement une visée morale. Pour lui, l’important est de résister face à l’adversité et de rester du côté du bien coûte que coûte, ce dont il juge l’Homme capable.

 

III) La dimension mythique de la peste

 

La peste est dans ce récit un symbole du mal en général, qu’il s’agisse de maladie, d’idéologie fasciste, ou de guerre. Cet excipit retrace clairement les jours de liesse qui ont suivi la libération de la France en 1945. Tout le roman doit donc se lire comme « la lutte de la résistance européenne contre le nazisme » (Camus). 

La dernière phrase du roman plane comme une prophétie inquiétante puisque le bacille de la peste est présenté comme un démon prêt à ressurgir des entrailles de la terre au moment où on l’aura tout à fait oublié, la lutte entre le bien et le mal n’étant jamais terminée.

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