Analyse de Madame Bovary de Flaubert

Analyse de Madame Bovary de Flaubert

Les thèmes

Désir et frustration

 

Éduquée dans un couvent, Emma Bovary a dévoré des romans d'amour et a formé ses idées sur l'amour à partir de ses lectures. Malheureusement, les interprétations des romans par Emma ne correspondent pas à ses expériences avec la réalité. Son désir d'amour romanesque l'amène à se sentir perpétuellement insatisfaite de son mariage, de sa maternité et même de ses aventures extraconjugales parce qu'elle ne comprend l'amour que comme une abstraction et un stéréotype. L'histoire d'Emma sert de mise en garde sur les dangers du romantisme et de l’illusion.

 

Pouvoir et impuissance

 

Bien qu'il soit facile de blâmer Emma pour ses choix, elle est piégée en raison de son sexe par la société dans laquelle elle vit. Sa sécurité et son confort dépendent nécessairement d'un homme, d'abord de son père, puis de Charles. Emma est consciente de son pouvoir limité, car elle espère que son bébé sera un homme parce qu'une femme est toujours entravée. D'une certaine manière, les infidélités d'Emma peuvent être lues comme une tentative de revendiquer le pouvoir et de se rebeller contre l'impuissance de sa situation. Emma effectue des transactions pour le pouvoir en utilisant la seule monnaie qui lui est autorisée : son corps. Pourtant, les tentatives d'Emma de rivaliser avec l'argent et les biens du royaume masculin en utilisant ce médium renforcent son échec. Elle est abandonnée par ses amants ; elle leur quémande de l'argent pour payer sa dette ; et elle obtient l'arsenic pour se suicider en utilisant son pouvoir de séduction sur Justin.

 

Liberté et emprisonnement

 

Les règles de liberté dans le roman sont basées sur le sexe. En tant que femme, Emma est prisonnière de son mariage, malgré ses aventures extraconjugales et sa frénésie de dépenses. Ces petites libertés ne remplacent pas la véritable liberté, laissant Emma plus dévastée que jamais par le sentiment d'abandon et la dette. En tant qu'hommes, Rodolphe et Léon mènent des existences libres et faciles et se déplacent ou dépensent de l'argent à leur guise avec et sans Emma. Bien qu'elle n'ait aucun impact sur leur place ou leur pouvoir dans la société, ces hommes ont le pouvoir de changer la vie d'Emma pour la rendre meilleure ou pire - quelque chose qu'elle ne peut pas faire pour elle-même. Flaubert utilise des symboles pour refléter les états psychologiques de ses personnages, c’est pourquoi les descriptions sont d’une importance capitale dans ce roman.

 

Le mendiant aveugle

 

Le mendiant aveugle hante la périphérie de la vie d'Emma en tant que symbole de jugement tout au long de la dernière moitié du roman alors qu'il suit la voiture qui l’emmène à Rouen une fois par semaine. Son visage et son comportement terrifient Emma, et elle l'ignore autant qu'elle le peut, car il ne reflète pas le fantasme dans lequel elle souhaite vivre. Le mendiant aveugle apparaît souvent alors qu'Emma devient plus corrompue et désespérée, accumulant des dettes tout en poursuivant ses liaisons extraconjugales. Alors qu'Emma meurt à la fin du roman, elle entend le mendiant chanter dehors, et l'image de son visage terrifiant est la dernière chose qu'elle voit avant de rendre l’âme. De cette façon, le mendiant et Emma deviennent des miroirs l'un de l'autre. Le mendiant illustre la détérioration physique tandis qu'Emma incarne la détérioration morale. La chanson que chante le mendiant, comme la vie d’Emma, commence sur le thème de l'innocence, mais, à sa fin, la chanson se révèle grivoise.

 

Le bouquet de mariée

 

Insatisfaite après leur déménagement à Yonville, elle jette son bouquet dans le feu. Pour Emma, il en est venu à symboliser sa déception dans le mariage et l'amour, car ni l'un ni l'autre ne s'est avéré comme elle l'avait imaginé. Le feu symbolise également l'impétuosité d'Emma ainsi que la façon dont ses désirs dévoreront sa vie.

 

Les biens matériels

 

Quand Emma découvre qu'elle est enceinte, elle est frustrée car elle se rend compte qu'elle et Charles ne peuvent pas se permettre les plus belles choses pour la chambre d’enfant, ce qui affecte négativement toute sa vision de la maternité. Au fil du temps, elle devient de plus en plus sensible aux manipulations de M. Lheureux qui lui vend des choses chères qu'elle ne peut pas se permettre, et elle devient de plus en plus frustrée en poursuivant un bonheur qu'elle peut pas acheter.

 

Les fenêtres

 

En tant que femme dans la France du XIXe siècle, le domaine d'Emma est sa maison. Pourtant, Emma regarde souvent le monde extérieur depuis l'intérieur de sa maison à travers des fenêtres. Ces fenêtres représentent le sentiment d’être piégée dans les petites villes où elle vit et dans un mariage dans lequel elle se sent insatisfaite. Son plus grand désir est d'échapper aux deux, et les fenêtres fonctionnent comme des passerelles à travers lesquelles elle peut voir la vie qu'elle veut mais qu'elle ne peut pas avoir. Lors du bal, Emma voit des paysans à travers la fenêtre, qui lui rappellent la ferme de son père et sa condition sociale à laquelle elle rêve d’échapper. Lorsque la fenêtre est brisée pour aérer la salle de bal, Emma voit aussi son rêve de princesse se briser et doit retourner à sa réalité quotidienne frustrante à la manière de Cendrillon.

 

La mort

 

Le motif de la mort contraste tragiquement avec la vie à laquelle Emma aspire. La santé d'Emma est souvent liée à son état émotionnel - elle tombe malade pendant de longues périodes lorsqu'elle souffre de chagrin d'amour ou de déception. Ces épisodes préfigurent son suicide, et ils reflètent également la détérioration croissante de l'espoir et du sens moral d’Emma. De manière réaliste, Flaubert prend soin de dépeindre les aspects brutaux de la mort d'Emma, mettant en valeur sa réalité en opposition aux illusions romantiques qu’elle a entretenues sa vie durant. Flaubert occupe une position charnière dans la littérature du XIXe siècle entre le Romantisme et le Naturalisme. Ses personnages sont romantiques, parce qu'ils vivent des sentiments forts et des passions ardentes, mais le style est Réaliste, avec une forte implication ironique narrateur.

Incipit.  Comment Flaubert fait-il de cet incipit une prolepse de la vie de Charles Bovary ?

PREMIERE PARTIE I. 

De «Nous étions à l'Etude,» à «comme un pétard mal éteint, quelque rire étouffé.»

 I) La préfiguration de son échec social

 

    “Le nouveau”: Périphrase pour qualifier Charles, l’incipit est censé nous présenter les personnages de manière plus formelle, or ici Charles est inconnu de tous, le lecteur, les élèves et le professeur, il n’aura jamais de reconnaissance et sera toute sa vie anonyme.

 

    “Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l'appelle son âge” : A l’image de sa vie, Charles Bovary essuiera de nombreux échecs comme la médecine par exemple.

 

    “Resté dans l'angle, derrière la porte,” : Alors qu’il devrait se présenter car il est nouveau, Charles est effacé, timide et craintif dès le début du roman, il le restera par la suite.

 

    “Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n'osant même croiser les cuisses, ni s'appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d'études fut obligé de l'avertir, pour qu'il se mît avec nous dans les rangs.” : Charles ne prendra presque jamais d’initiative dans sa vie, ou alors toute initiative sera un échec et il sera ridicule. 

“Le nouveau, prenant alors une résolution extrême, ouvrit une bouche démesurée et lança à pleins poumons, comme pour appeler quelqu'un, ce mot : Charbovari.” : Comme à la fin du texte, il crie « Charbovari » comme si c’était le coup de grâce du ridicule.

 

    “la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux.” : il ne prend toujours pas d’initiative, il ne fait rien comme s’il redoutait quelque chose alors que c’est une action commune à tous les élèves, c’est comme s’il n’était pas à sa place.

 

    “C'était une de ces coiffures d'ordre composite, où l'on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile. Ovoïde” : La casquette est une métonymie de Charles, à l’image du personnage elle n’a pas l’air jolie et suscite les moqueries, la casquette traduit la laideur et l’étrangeté de Charles.

 

    “une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.” : Son sac rejoint la même idée que la casquette, elle renforce le côté étonnant de Charles qui le place à part et qui annonce le fait qu’il ne sera pas intégré dans la société.

 

    “si bien qu'il ne savait s'il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête” : A l’image de la casquette il ne sait jamais trop quoi faire et où se placer, peur qui expliquera sa non reconnaissance puisqu’il n’entreprendra rien de grand.

 

    II) Une annonce du futur naufrage de son mariage

 

    “le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé.” : La description du nouveau est péjorative, Flaubert ne met pas en valeur son personnage mais le présente plus comme un gars de la campagne sans réelle particularité, un homme banal de la campagne. Sa banalité ne pourra plaire à Emma qui cherche une histoire romantique tel qu’elle les a lues dans les livres, Charles ne lui correspondra pas.

 

    “Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus.” : Il porte des habits grotesques, les couleurs sont insolites, cela montre qu’il n’est pas un citadin donc il ne plaira pas à Emma qui est très raffinée.

 

    “Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.” : Son physique n'est pas attirant alors qu’Emma sera décrite comme une personne avec un physique avantageux, très vite elle n’aura plus d’attirance.

 

    “Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire. Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d'un coup de coude, il la ramassa encore une fois. “ : Charles est en situation d’échec et ridiculisé même avec les choses les plus simples comme la casquette, il ne pourra plaire à Emma sur la durée, il est trop banal, ridicule alors qu’Emma cherche une personne qui pourra lui faire vivre quelque chose de merveilleux.

 

    “Le nouveau articula, d'une voix bredouillante, un nom inintelligible.

    - Répétez !

    Le même bredouillement de syllabes se fit entendre, couvert par les huées de la classe.

    - Plus haut ! cria le maître, plus haut !” : Il ne sait pas s’exprimer, il sera donc impossible de déclarer son amour à Emma de manière noble et poétique or c’est ce qu’attend Emma ce qui renforce l’image du futur échec de leur mariage car leur relation s’annonce platonique.

La visite de Charles aux Bertaux.  En quoi ce texte met-il en scène deux anti héros, à l’origine d’une scène d’amour ratée sur laquelle l’auteur porte un regard ironique ?

Première partie, Chapitre 3

De «Il arriva un jour vers trois heures » à «qu’elle refroidissait après cela sur la pomme de fer des grands chenets.»

 

I - Une scène d’amour ratée

 

« Il arriva un jour vers trois heures ; tout le monde était aux champs» : Charles arrive à un moment propice à l’intimité. 

 

« il entra dans la cuisine, mais n’aperçut point d’abord Emma ; les auvents étaient fermés » : Charles rentre dans une pièce intime, il rentre de lui-même, alors que les volets sont fermés.

 

« Par les fentes du bois, le soleil allongeait sur les pavés de grandes raies minces, qui se brisaient à l’angle des meubles et tremblaient au plafond. » : Métaphore filée de la scène érotique.

 

« Entre la fenêtre et le foyer, Emma cousait ; elle n’avait point de fichu, on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur. » : “Entre la fenêtre et le foyer” Emma est attachée à son foyer qui représente ses devoirs de femme mais elle est attirée par la fenêtre qui lui permet de s’évader par la rêverie. “elle n’avait point de fichu” Emma est en tenue décontractée et dénudée, c’est indécent “on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur.” Détail érotique, qui renvoie à l’animalité d’Emma.

« Elle alla donc chercher dans l’armoire une bouteille de curaçao, atteignit deux petits verres, emplit l’un jusqu’au bord, versa à peine dans l’autre, et, après avoir trinqué, le porta à sa bouche. » : Emma boit de l’alcool et trinque, elle fait preuve de vulgarité “le porta à sa bouche”. Début de la métaphore filée de l’orgasme d’Emma qui continue de manière de plus en plus explicite : « Comme il était presque vide, elle se renversait pour boire ; et, la tête en arrière, les lèvres avancées, le cou tendu, elle riait de ne rien sentir, tandis que le bout de sa langue, passant entre ses dents fines, léchait à petits coups le fond du verre.»

 

Elle se rassit et elle reprit son ouvrage, qui était un bas de coton blanc où elle faisait des reprises » : Après la scène érotique, Emma se met à coudre mais son ouvrage est un bas, un objet connoté comme un étant un accessoire montré uniquement par les prostituées, la dignité voudrait qu’elle le cache.

 

« elle travaillait le front baissé ; elle ne parlait pas, Charles non plus. » : Charles est subjugué par Emma.

 

« Emma, de temps à autre, se rafraîchissait les joues en y appliquant la paume de ses mains ; qu’elle refroidissait après cela sur la pomme de fer des grands chenets. » : Emma essaye de se “refroidir” et il y a toujours une allusion au toucher.

 

II - Le regard ironique de Flaubert

« Des mouches, sur la table, montaient le long des verres qui avaient servi, et bourdonnaient en se noyant au fond, dans le cidre resté. » : Ces mouches représentent les parents d’Emma, qui sont dans la saleté et ne sont jamais allés plus loin que leur grande ferme. Ils sont riches car ils produisent du cidre et que cet alcool se vend bien au XIXème en Normandie, mais l’argent ne leur a pas donné la noblesse ni la dignité. Flaubert porte un regard très dur sur ces paysans.

 

« Le jour qui descendait par la cheminée, veloutant la suie de la plaque, bleuissait un peu les cendres froides. »: On a une atmosphère suave mais en même temps sale, et une allusion avec les cendres froides, à la relation tiédie des parents d’Emma.

 

« Selon la mode de la campagne, elle lui proposa de boire quelque chose » : Une femme qui boit est très mal vue, Flaubert dénigre les campagnards qui sont vulgaires et sans les bonnes manières des Parisiens.

 

« Il refusa, elle insista, et enfin lui offrit, en riant, de prendre un verre de liqueur avec elle. » Emma lui fait du rentre dedans mais Charles reste poli et réservé.

 

« L’air, passant par le dessous de la porte, poussait un peu de poussière sur les dalles ; il la regardait se traîner, et il entendait seulement le battement intérieur de sa tête, avec le cri d’une poule, au loin, qui pondait dans les cours. » : Charles est amoureux ; Emma est une poule, une fille facile. Toute cette histoire reste une histoire bas étage pour Flaubert.

Conclusion :

 

Ainsi, on constate que Flaubert se moque de ses propres personnages. En effet, Charles est trop timide et réservé et laisse prendre les initiatives et le rôle de l’homme à Emma qui est trop dévergondée et devient vulgaire. Cette scène d’amour avortée est la prolepse du fiasco que sera leur futur mariage. 

 

Les noces d’Emma et Charles. Comment cette scène de mariage préfigure-t-elle le tragique destin d’Emma ?

Première partie Chapitre 4

De «C'était sous le hangar de la charretterie» à «on embrassait les dames.»

 

I) L’ironie de Flaubert envers les hommes de la campagne

 

    “Il y avait dessus quatre aloyaux, six fricassées de poulets, du veau à la casserole, trois gigots, et, au milieu, un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille.“: La nourriture est en excès et les plats sont lourds, cela retranscrit bien le stéréotype de la campagne où les hommes sont de bons vivants. Flaubert en rajoute, la composition de la table n’est pas originale mais en excès, les plats ne sont pas raffinés mais au contraire plutôt simples, Emma ne retrouve pas les belles noces qu'elle a lues dans les livres.

 

    “Aux angles, se dressait l'eau-de-vie dans des carafes. Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour de bouchons, et tous les verres, d'avance, avaient été remplis de vin jusqu'au bord.” : Flaubert présente les campagnards comme des personnes faisant des excès de boissons et de nourriture.

  

    “De grands plats de crème jaune, qui flottaient d'eux-mêmes au moindre choc de la table, présentaient, dessinés sur leur surface unie, les chiffres des nouveaux époux en arabesques de nonpareille.” : Les artifices du mariage ne font pas rêver au contraire ils sont assez enfantins et ne s’inscrivent pas vraiment dans le mariage.

 

    “Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses” : Il est donc sous-entendu qu’une fois installé ce n’est plus le cas, Flaubert dénigre les artisans de la campagne.

 

    “on allait se promener dans les cours ou jouer une partie de bouchon dans la grange” : La simplicité des activités des campagnards, à travers la description qu’en donne Flaubert nous montre qu’ils aiment les choses simples.

 

    II) Une prolepse de la vie d’Emma

 

    “C'était sous le hangar de la charretterie” : Le lieu du mariage est bucolique, le cadre n’est pas grandiose comme dans les livres d’Emma, l’endroit ne fait pas rêver et annonce déjà l’ennui d’Emma.

 

    “un joli cochon de lait rôti, flanqué de quatre andouilles à l'oseille.” : Métaphore de la vie d’Emma qui est flanquée de Charles, de sa mère etc, elle n’a pas d’ami et se retrouve seule au milieu de tous.

 

    “On avait été chercher un pâtissier à Yvetot” : Symbole de sa vie, elle veut toujours ce qu’il y a de mieux, et elle est toujours dans la recherche de nouveauté, de nouveaux plaisirs, cela montre déjà qu’elle va être difficile avec Charles et qu’elle va aller voir ailleurs.

 

    “À la base, d'abord, c'était un carré de carton bleu figurant un temple avec portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour, dans des niches constellées d'étoiles en papier doré ; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d'oranges ; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confitures et des bateaux en écales de noisettes,” : Emma en demande toujours plus à l’image de son gâteau cependant il a l’air écoeurant et ne donne pas envie comme la vie d’Emma qui n’est faite que d’artifices et de superficialité. Le donjon rappelle les romans de Walter Scott dont elle s'est nourrie. Le pré montre qu'elle va aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Les rochers et les lacs symbolisent autant d'obstacles à son bonheur.

 

    “on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat,” : À l’image de l’amour entre Charles et Emma, petit car il ne durera que le début de leur relation après Emma se lassera.

 

"Quelques-uns, vers la fin, s'y endormirent et ronflèrent." : Emma va rapidement s'ennuyer auprès de Charles.

    “Mais, au café, tout se ranima ; alors on entama des chansons, on fit des tours de force, on portait des poids, on passait sous son pouce, on essayait à soulever les charrettes sur ses épaules, on disait des gaudrioles, on embrassait les dames.” : Métaphore de la vie d’Emma, dès qu’elle découvre une chose nouvelle, elle s’emballe et devient joyeuse mais cela n’est qu’éphémère comme tout ce qu’elle entreprendra.

La lune de miel. Comment Flaubert montre le caractère factice qu’Emma se fait de l’amour et l’ironie du narrateur ?

Première partie, chapitre 7, de « Elle songeait quelquefois que c’étaient là pourtant les plus beaux jours de sa vie, la lune de miel» à «Au sortir de la messe, on le voyait sur sa porte avec de belles pantoufles en tapisserie.»

 

Emma est une jeune femme au tempérament exalté. Elle songe en permanence de la vie qu’elle aurait aimé avoir. Par exemple, elle rêve de sa lune de miel idéale (“elle songeait”), très romantique comme les héroïnes de ses romans, dans de belles villas (“le soir, sur la terrasse des villas”) au soleil de la Méditerranée (“on respire au bord des golfes le parfum des citronniers”). Emma tire ses rêves de lectures très romantiques : on voit qu’elle est complètement submergée par les lectures de Walter Scott, car elle rêve d’un château en Ecosse (“dans un cottage écossais”). On remarque que les phrases sont très longues, le narrateur énumère en détails tous les rêves d’Emma : il nous entraîne dans la rêverie d’Emma. Flaubert utilise aussi le discours indirect libre pour se moquer des rêves fantasques et romantiques de Mme Bovary (“Mais comment dire un insaisissable malaise, qui change d’aspect comme les nuées, qui tourbillonne comme le vent ?”).  Encore une fois, Emma attend l’impossible, un homme parfait,  qui sait tout faire, qui lui apprend ses savoirs, qui l’amuse, qui l’amène au théâtre ou à de nombreuses activités : “Un homme, au contraire, ne devait-il pas, tout connaître, exceller en des activités multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements de la vie, à tous les mystères ?”. Elle attend son “héros”, son prince charmant, même si elle n’a pas d’autre qualité que sa beauté. 

 

Malheureusement, Charles est tout le contraire d’Emma : c’est un homme très ordinaire qui ne sait rien faire des activités romantiques que s’imagine sa femme : “Il ne savait ni nager” donc ils ne peuvent pas se rendre en vacances à la mer,  “ni faire des armes,  ni tirer le pistolet”,  donc Charles ne peut pas se battre en duel, “et il ne put, un jour, lui expliquer un terme d’équitation qu’elle avait rencontré dans un roman”, donc il ne peut pas la cherchée ou l’accompagner à cheval comme le prince charmant des romans de Walter Scott. C’est pourquoi Emma devient aigrie voire méchante envers Charles, qui lui est fou amoureux de sa femme. Emma reproche à Charles de ne rien lui apprendre (“Mais il n’enseignait rien”), elle est malheureuse de son calme (“elle lui en voulait de ce calme si bien assis, de cette pesanteur sereine, du bonheur même qu’elle lui donnait.”) vu qu’elle cherche le contraire d’une vie si paisible et calme : elle aimerait des aventures épiques, chevaleresques.  De plus, les seules choses que Emma sache faire sont des activités artistiques qui même si elles sont très agréables mais qui ne sont pas utiles au monde. C’est encore une fois pour elle une façon de s’échapper du monde réel. Emma se prend pour une aristocrate en préparant des plats dignes de Versailles pour recevoir de simples voisins, (“ elle trouvait moyen d’offrir un plat coquet [...] et même elle parlait d’acheter des rince-bouche pour le dessert”). De plus, Mme Bovary est orgueilleuse et cherche à avoir une haute place dans la société, que les gens parlent d’elle. Par contre Charles est fier de sa femme par amour et non par orgueil, même si cela augmente l’opinion qu’il a de lui : “Charles finissait par s’estimer davantage de ce qu’il possédait une pareille femme”. Charles est très fier des qualités de sa femme, il veut la montrer partout, il lui voue un véritable culte, comme on le voit à la façon dont il fait encadrer ses portraits : “Il montrait avec orgueil [...] deux petits croquis d’elle [...] qu’il avait fait encadrer de cadres très larges et suspendus contre le papier de la muraille à de longs cordons verts”.  La description des chaussures de Charles résume à elle seule la déception de Emma qui préfèrerait avoir un mari en grandes bottes d’équitation, un aventurier plutôt qu’un homme qui porte des jolies pantoufles de soie fragiles (“Au sortir de la messe, on le voyait sur sa porte avec de belles pantoufles en tapisserie”).

La mélancolie d’Emma. Comment dans cette description réaliste, Flaubert livre-t-il au lecteur les pensées de son personnage ?

Première partie, chapitre 7, de « Un garde-chasse, guéri par Monsieur d'une fluxion de poitrine, avait donné à Madame une petite levrette d'Italie» à «et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre, à tous les coins de son cœur.»

 

I) Un paysage reflet de la mélancolie du personnage

Tout d'abord nous pouvons observer que le paysage à une tournure symbolique car “éternel” signifie l'ennui, et “poudreuse” évoque la poussière dans la tête de Emma qui s’ennuie dans sa vie monotone. Cette description symbolique s'imprime tout de même dans le mouvement réaliste car il y a des lieux précis qui existent réellement tel “banneville”. Le rêve d'Emma est comme le pavillon: “abandonné”. Le paysage reflète une nouvelle fois les sentiments du personnage qui a des pensées blessantes : “de longs roseaux à feuilles coupantes.”

Ensuite le champ lexical de l'immobilité: “pour voir si rien n'avait changé”, “elle retrouvait aux mêmes places”  montre que Emma est devenue mélancolique à force de s'ennuyer dans un environnement monotone. Emma ne laisse pas de chance à son mari , Charles. Elle ne communique pas avec lui comme montré l'expression: “les volets toujours clos s'égrenaient de pourriture, sur leurs barres de fer rouillées”. Les volets ne sont pas les seuls à être, pourris, rouillés et clos ; il s’agit en fait de l’attitude fermée d’Emma qui refuse toute communication avec Charles. Emma veut une vie de rêve, c’est une éternelle insatisfaite. Elle préfère donc rêver sa vie plutôt que de la vivre : “Sa pensée, sans but d'abord, vagabondait au hasard”.

 

II) L’intrusion du narrateur dans les pensées du personnage

L’usage du discours indirect libre nous donne accès aux pensées d’Emma : “Emma se répétait : « Pourquoi, mon Dieu ! me suis-je mariée ? »”. On voit que Emma n’a de cesse de ressasser ce qui lui déplaît au lieu de chercher des solutions pour améliorer sa situation. Flaubert se moque de son personnage par une ironie subtile lorsqu'elle s'imagine la vie de ses rêves. Emma pense que la vie est faite de hasard, alors que Flaubert pense que ce sont les choix que l'on fait qui font notre vie : “Elle se demandait s'il n'y aurait pas eu moyen, par d'autres combinaisons du hasard, de rencontrer un autre homme”. Emma reste toujours dans la passivité et dans sa rêverie on comprend qu'elle déteste Charles : “Il aurait pu être beau, spirituel, distingué, attirant, tels qu'ils étaient sans doute, ceux qu'avaient épousés ses anciennes camarades du couvent. Que faisaient-elles maintenant ?” Cette frustration l'amène à jalouser ses anciennes camarades dont elle n’a pourtant aucune nouvelle. Cependant, son imagination débordante la conduit comme toujours à rêver de Paris, cet ailleurs mondain et luxueux à la hauteur de ses désirs : “A la ville, avec le bruit des rues, le bourdonnement des théâtres et les clartés du bal, elles avaient des existences où le cœur se dilate, où les sens s'épanouissent.” Flaubert termine ce passage par une métaphore qui rappelle le Spleen Baudelairien et place sa description aux frontières de la poésie : “Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre, à tous les coins de son cœur.” L'imagination démesurée de Emma lui un tend un piège dans lequel elle s’enfonce de plus en plus.

Ainsi dans cette description réaliste, Flaubert permet au lecteur de connaître les pensées du personnage, Emma. Grâce à l'utilisation du discours indirect libre nous voyons la progression de la mélancolie d'Emma qui va lui faire commettre des erreurs fatales dans la suite du roman. 

Le bal à Vaubyessard. En quoi cette scène de bal constitue-t-elle un miroir inversé de la scène du mariage ?

Première partie, chapitre 8

De «Quelques hommes (une quinzaine) de vingt-cinq à quarante ans» à «Charles dormait à demi, le dos appuyé contre une porte.»

 

I - La mise en scène d’un monde parfait et fascinant pour Emma

 

“Quelques hommes (une quinzaine) de vingt-cinq à quarante ans, disséminés parmi les danseurs ou causant à l’entrée des portes, se distinguaient de la foule par un air de famille, quelles que fussent leurs différences d’âge, de toilette ou de figure.” : Emma se focalise sur le rang social plus que sur la personne. 

 

“Leurs habits, mieux faits, semblaient d’un drap plus souple, et leurs cheveux, ramenés en boucles vers les tempes, lustrés par des pommades plus fines.” : Tout est mieux, les pommades qui graissaient les cheveux des invités sont ici “plus fines” que celles des convives de son mariage.

 

“Leur cou tournait à l’aise sur des cravates basses ; leurs favoris longs tombaient sur des cols rabattus” : L’élégance est importante pour Emma, les invités le sont tous comparés à Charles qui ne le sera jamais.

 

“Ceux qui commençaient à vieillir avaient l’air jeune, tandis que quelque chose de mûr s’étendait sur le visage des jeunes.” : Quel que soit leur âge, ils sont tous parfaits. En vieillissant, ils sont toujours beaux et même quand ils sont jeunes, ils ont quand même du charme.    

 

“Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues.” :  Ils ont une vie de plaisir qu’envie Emma.

 

“À trois pas d’Emma, un cavalier en habit bleu causait Italie avec une jeune femme pâle, portant une parure de perles. Ils vantaient la grosseur des piliers de Saint-Pierre, Tivoli, le Vésuve, Castellamare et les Cassines, les roses de Gênes, le Colisée au clair de lune.”  : Ils sont cultivés, ils voyagent. Italie : romantique, endroit des amoureux.

 

“Emma écoutait de son autre oreille une conversation pleine de mots qu’elle ne comprenait pas” : Elle ne comprend rien et pense que c’est intelligent. 

 

“Mais, aux fulgurations de l’heure présente, sa vie passée, si nette jusqu’alors, s’évanouissait tout entière, et elle doutait presque de l’avoir vécue” : Elle pense qu’elle est faite pour ce monde là et elle est dans le déni par rapport à la réalité de sa situation sociale de la même façon qu’elle finira par oublier qu’elle est mariée et se montrera en public avec ses amants.  

 

“Emma vit la main de la jeune dame qui jetait dans son chapeau quelque chose de blanc, plié en triangle.” : Pour Emma c’est le summum de la relation amoureuse romantique qu’elle rêve d’avoir.

 

“Après le souper, où il y eut beaucoup de vins d'Espagne et de vins du Rhin, des potages à la bisque et au lait d'amandes, des puddings à la Trafalgar [...]” : Plats sophistiqués, mets chers par opposition aux plats simples du mariage d’Emma.

 

“les voitures, les unes après les autres, commencèrent à s'en aller.” : Ici se sont des voitures et non des charrettes comme pour les paysans. Les invités s’en vont, comme le rêve d’Emma qui s’envole.

 

II - Satire et ironie du narrateur 

 

“le teint de la richesse” : ironie, ils ont le teint blanc parce qu’ils ne travaillent pas à l’extérieur contrairement aux paysans qui ont le teint mat à cause du soleil. 

 

“le Colisée au clair de lune” : Flaubert se moque des romantiques. 

 

“On entourait un tout jeune homme qui avait battu, la semaine d’avant, Miss Arabelle et Romulus, et gagné deux mille louis à sauter un fossé, en Angleterre. L’un se plaignait de ses coureurs qui engraissaient ; un autre, des fautes d’impression qui avaient dénaturé le nom de son cheval.” : Le narrateur se moque des gens riches qui s’attribuent les victoires et pensent que tout leur est dû.

 

“Un domestique monta sur une chaise et cassa deux vitres ; au bruit des éclats de verre, madame Bovary tourna la tête et aperçut dans le jardin, contre les carreaux, des faces de paysans qui regardaient” : Les nobles cassent les vitres au lieu d’ouvrir les fenêtres : ils ont l’argent pour les remplacer de toute façon. Les paysans sont le reflet d’elle-même : c’est elle la paysanne, pas à sa place, qui regarde avec envie les invités du bal.

 

“Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. Elle revit la ferme, la mare bourbeuse, son père en blouse sous les pommiers, et elle se revit elle-même, comme autrefois, écrémant avec son doigt les terrines de lait dans la laiterie.” : Le carreau a brisé le rêve d’Emma, elle retourne là d'où elle vient vraiment. 

 

“Mais, aux fulgurations de l’heure présente, sa vie passée, si nette jusqu’alors, s’évanouissait tout entière, et elle doutait presque de l’avoir vécue” : Emma nie son identité, elle refuse la réalité. Flaubert a un regard critique sur son personnage qui ne sait pas rester à sa place.

 

“Elle mangeait alors une glace au marasquin, qu’elle tenait de la main gauche dans une coquille de vermeil, et fermait à demi les yeux, la cuiller entre les dents.” : Attitude érotique d’Emma, celle-ci a un côté grossier, l’auteur se moque de son extase juste pour une glace. 

 

 “Charles dormait à demi, le dos appuyé contre une porte” : Charles  dort et ne verra jamais l’effet que produit tout cela sur Emma, et tout au long du roman, il ne verra rien, il restera “endormi” jusqu’à la révélation finale de la trahison d’Emma.

 

Conclusion :

Ainsi, on constate qu’à travers  la rêverie d’Emma, Flaubert parvient à se moquer de l’aristocratie mais aussi de la jeune femme. Celle-ci ne parviendra jamais  à atteindre ce monde et on entrevoit déjà ses futures déceptions. Ici, Emma s’enferme dans le rêve et refuse la réalité. C’est le commencement du bovarysme. 

La scène des comices agricoles. Comment cette scène comique préfigure-t-elle l’échec de l’adultère d’Emma ?

2ème partie chapitre 8

De «M. Lieuvain se rassit alors» à «Laissez que je vous voie, que je vous contemple !»

 

    I) Rodolphe un personnage donjuanesque

 

    “M. Lieuvain se rassit alors ; M. Derozerays se leva, commençant un autre discours. Le sien peut-être, ne fut point aussi fleuri que celui du Conseiller ;” M.Lieuvain → Charles, M.Derozerays→ Rodolphe : Simultanéité des actions de pantin. Rodolphe est plus cultivé que Charles, plus intéressant, il va donc intéresser Emma “c’est-à-dire par des connaissances plus spéciales et des considérations plus relevées.”

 

    “Ainsi, l’éloge du gouvernement y tenait moins de place ; la religion et l’agriculture en occupaient davantage.” : Charles est plus raisonnable que Rodolphe, comparaison entre Charles et le gouvernement raison alors que la religion, l’agriculture traduisent des débauches de Rodolphe.

 

    “Rodolphe, avec madame Bovary, causait rêves, pressentiments, magnétisme.” : Rodolphe cerne directement les thèmes clefs d’Emma qui la font vibrer; Le rêve est ce qu’elle a lu dans ses romans d’amour, les pressentiments sont ce qu’il attend, magnétisme est l’attraction entre elle et Rodolphe.

 

    “Remontant au berceau des sociétés, l’orateur vous dépeignait ces temps farouches où les hommes vivaient de glands,” Rodolphe explique pourquoi l’adultère n’est pas grave, il le compare avec les anciens pour lui montrer que ce n’est pas grave.

 

    “Du magnétisme, peu à peu, Rodolphe en était venu aux affinités,” : Progression dans le jeu de séduction après l’attraction, il passe aux affinités.

 

    “le jeune homme expliquait à la jeune femme que ces attractions irrésistibles tiraient leur cause de quelque existence antérieure” : Il ramène l’adultère à l’amour point faible d’Emma, il n’a pas d’amour pour elle, c’est seulement dans un but de séduction.

 

    “Ainsi, nous, disait-il, pourquoi nous sommes-nous connus ? quel hasard l’a voulu ?” : Cette question rhétorique a pour but de montrer que leur amour vient de plus loin, il ne la laisse pas parler, cela fait parti de sa stratégie.

 

    “C’est qu’à travers l’éloignement, sans doute, comme deux fleuves qui coulent pour se rejoindre, nos pentes particulières nous avaient poussés l’un vers l’autre.” : Il utilise la comparaison du fleuve pour montrer la puissance de leur amour, c’est la nature qui les a rapprochés, il y a une dimension symbolique, cela reprend les thèmes d’Emma sa stratégie est donc astucieuse. 

    “Et il saisit sa main ; elle ne la retira pas.“ : Il scelle son sort quand il la prend par la main, il ne la lâchera plus.

 

    “— Cent fois même j’ai voulu partir, et je vous ai suivie, je suis resté.” : Rodolphe lui donne l’impression d’avoir de la compassion ce qui va forcément toucher Emma.

 

    “— Oh ! non, n’est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie ?” : Rodolphe donne le coup de grâce, il comble l’attente d’Emma son point faible.

 

    “Rodolphe lui serrait la main, et il la sentait toute chaude et frémissante comme une tourterelle captive qui veut reprendre sa volée ; mais, soit qu’elle essayât de la dégager ou bien qu’elle répondît à cette pression, elle fit un mouvement des doigts ; il s’écria :

    — Oh ! merci ! Vous ne me repoussez pas ! Vous êtes bonne ! vous comprenez que je suis à vous ! Laissez que je vous voie, que je vous contemple !” : Il lui prend la main, l’affaire en est fait cela est comme s’ils avaient conclu un accord, Emma est donc prise dans le piège. La dernière réplique de Rodolphe nous montre son sadisme, il jubile face à l’impuissance d’Emma qui a succombé à la tentation.

 

    II) La cruauté de Flaubert envers Rodolphe

 

    Durant toute la fin du texte, Flaubert entremêle les discours de Rodolphe et du président. Flaubert à travers le président va attaquer Rodolphe. En effet, il utilise de nombreuses antanaclases pour critiquer l’attitude de Flaubert.

 

    “ quand je suis venu chez vous… « À M. Bizet,” : Nous avons ici un comique de situation, avec le lieu et l’antanaclase où l’on tend à entendre baiser qui nous fait sourire cependant cela donne une image très noir de Rodolphe, on voit clairement ses intentions avec Emma.

 

    “« Soixante et dix francs ! »” : Flaubert nous évoque déjà l’argent que Rodolphe va lui voler, en plus de se jouer d’Emma, il va la ruiner. Sa fausse compassion est tout de suite sanctionnée par Flaubert qui le traite de “FUMIER”, car il ment : 

    «“— Comme je resterais ce soir, demain, les autres jours, toute ma vie !»

    « À M. Caron, d’Argueil, une médaille d’or ! »” : Toujours le même procédé où Flaubert répond à la place d’Emma, il essaye de la protéger pour qu’elle ne tombe pas sous le charme de Rodolphe. De fait lorsque Rodolphe lui dit qu’il restera toute la vie, Flaubert l’attaque en lui donnant la médaille d’or de l'orgueil car il sait que cela est faux.

 

    “« — Aussi, moi, j’emporterai votre souvenir. « Pour un bélier mérinos… »” : un bélier mérinos est un bélier que l’on tond afin de gagner de l’argent sur son dos, c’est-à-dire qu’il usera du corps d’Emma afin d’assouvir ses besoins physiques et ses besoins matériels.

 

    “— Oh ! non, n’est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie ?

    « Race porcine, prix ex aequo : à MM. Lehérissé et Cullembourg ; soixante francs ! » : Flaubert traite les hommes comme Rodolphe de “race porcine”. Et il insiste en s’amusant avec l’onomastique puisque “Lehérissé” renvoie à l'érection de Rodolphe et “Cullembourg” peut être décomposé en “cul en bourre”, ce qui montre l’importance du jeu avec la sexualité chez Flaubert, qui l’a conduit à avoir un procès pour immoralité.

L’opération du pied-bot. Comment ce texte naturaliste à prétention scientifique critique-t-il l’ambition ?

Chapitre 9, de «Charles, sollicité par l’apothicaire et par elle, se laissa convaincre» à «elle remarqua même avec surprise qu’il n’avait point les dents vilaines.»

 

La médecine est un thème qui a une très grande place dans les textes naturalistes de l’époque (Zola : Le Docteur Pascal). C’est un sujet difficile à aborder de par les questions d’éthique qu’il soulève. Flaubert est un écrivain naturaliste qui a à coeur de critiquer la société du 19ème siècle. Dans son roman, Madame Bovary, Flaubert nous montre une société de manipulateurs qui n’agissent que dans leurs propres intérêts, quitte à se détruire les uns les autres. Dans le passage étudié, Charles s’apprête à opérer Hippolyte d’un pied-bot pour regagner l’estime de sa femme, et ce alors qu’il n’est ni chirurgien ni médecin. A la lecture de ce texte, il sera intéressant de se demander comment ce texte naturaliste à prétention scientifique critique l’ambition. Afin de répondre à cette problématique, nous évoquerons tout d’abord la prétention scientifique de ce document, avant d’analyser le regard critique du narrateur. 

 

I) Un document à prétention scientifique

Dans ce texte, le champ lexical de la médecine prend une grande place: “le volume du docteur Duval“, “les équins, les varus et les valgus”, “la stréphocatopodie, la stréphendopodie et la stréphexopodie”, “la stréphypopodie et la stréphanopodie”, “se faire opérer”, “fallait couper le tendon d’Achille”, “muscle tibial antérieur”, “se débarrasser du varus”, “deux opérations”, “la ligature immédiate d’une artère”, “ouvrir un abcès”, “la première ablation de maxillaire supérieur”, “hôpitaux”, “un tas de charpie, des fils cirés, beaucoup de bandes, une pyramide de bandes”, “apothicaire” et “Le tendon était coupé, l’opération était finie”. Flaubert est bien documenté au niveau de la médecine, son frère et son père étaient des grands chirurgiens réputés. De plus, à travers le personnage de Charles, l’auteur veut nous montrer quelqu’un qui est conscient du sérieux et de la difficulté de la médecine: “tous les soirs, se prenant la tête entre les mains, il s’enfonçait dans cette lecture”. La médecine est valorisée dans cet extrait, mais malheureusement les personnages de ce roman ne la méritent pas.

 

II) Le regard critique du narrateur

M. Homais, le pharmacien est le personnage le moins valorisé dans le roman, il veut à tout prix organiser l’opération et en fait un spectacle: “M. Homais par toute sorte de raisonnements, exhortait le garçon d’auberge à se faire opérer” et “C’était M. Homais qui avait organisé dès le matin tous ces préparatifs, autant pour éblouir la multitude que pour s’illusionner lui-même”. Le fait qu’il s’illusionne lui même nous montre qu’il n’est pas à la hauteur de ce qu’il voudrait être. Il se prend pour le chef : “Allons, calme-toi, disait l’apothicaire”. Hippolyte, quant-à-lui, est le personnage autour duquel tout tourne. Le pharmacien et Charles ne lui laissent pas la parole : il est en position de victime car il subit l’action des autres personnages. Ensuite, on peut remarquer que le personnage d’Emma est l’instigatrice: “Emma, tout anxieuse, l’attendait sur la porte”. Elle est présentée comme manipulatrice, Charles lui obéit au doigt et à l’oeil. Après l’opération, elle semble s’intéresser pour la première fois à Charles et en oublie même son amant Rodolphe : “elle se trouvait heureuse de se rafraîchir dans un sentiment nouveau, plus sain, meilleur, enfin d’éprouver quelque tendresse pour ce pauvre garçon qui la chérissait. L’idée de Rodolphe, un moment, lui passa par la tête ; mais ses yeux se reportèrent sur Charles : elle remarqua même avec surprise qu’il n’avait point les dents vilaines”. On a l’impression qu’elle regarde son mari avec un oeil nouveau. Ce qui l’intéresse chez lui est son argent et son prestige. Enfin, Charles est un personnage qui veut bien faire: “et, tous les soirs, se prenant la tête entre les mains, il s’enfonçait dans cette lecture”. Il n’a pas confiance en lui et est inquiet : “il tremblait déjà, dans la peur d’attaquer quelque région importante qu’il ne connaissait pas”. Il est très amoureux d’Emma et ferait n’importe quelle bêtise pour elle: “La soirée fut charmante, pleine de causeries, de rêves en commun. Ils parlèrent de leur fortune future, d’améliorations à introduire dans leur ménage, il voyait sa considération s’étendant, son bien-être s’augmentant, sa femme l’aimant toujours”. Il est victime d’Emma, il se soumet toujours à ses caprices. Elle le modèle pour le rendre plus ambitieux, car c’est ce qu’elle recherche. Le couple se remet à faire des projets d’avenir qui seront contrariés par les suites opératoires désastreuses.

Ainsi, on a pu voir que dans ce texte naturaliste Flaubert critique l’ambition à travers des personnages qui ne sont pas dignes d’exercer la médecine.

La lettre du père d’Emma. Comment Flaubert montre-t-il l'égoïsme d’Emma à  travers un tableau réaliste de la province ?

2ème partie, chapitre 10

 

I) Le père Rouault, un personnage révélateur

a) Le provincialisme du père d’Emma

 

 Le provincialisme du père Rouault est montré de plusieurs façons, tout d’abord celui-ci leur offre toujours de la nourriture même si cela lui est toujours un sacrifice car il est soucieux avant tout du bien être de ses enfants. Il plante un prunier pour pouvoir faire des compotes pour sa petite fille qu’il n’a encore jamais vue. De plus, l’expression : “qui caquetait tout au travers comme une poule à demi cachée dans une haie d’épines” montre l’ironie du narrateur qui se moque des personnes de provinces comparées à des poules. Enfin, le père Rouault termine sa lettre par : “Je t’embrasse, ma fille” cela montre à quel rang social il appartient car un noble ne pourrait être aussi démonstratif. C’est une tradition paysanne bien ancrée dans les campagnes françaises de planter un arbre à la naissance d’un enfant. De plus nous apprenons que le père Rouault a fait beaucoup de fautes d’orthographe dans sa lettre ce qui montre que malgré le fait qu’il n’ait pas d’éducation, il n’a pas peur d'écrire des lettres à sa fille qu’il aime tant, comme le montre l’utilisation du verbe “s’enlacer” : “Les fautes d’orthographe s’y enlaçaient les unes aux autres”.

 

b) L’affection du père d’Emma

 

Dès la première phrase nous comprenons que le père Rouault est quelqu’un de très affectueux envers sa famille: “Le cadeau arrivait toujours avec une lettre.” L’adverbe toujours indique que les cadeaux sont fréquents. De plus la fin de la lettre est longue pour accentuer la tendresse du père Rouault pour sa famille, l’utilisation de mots comme  “mes chers enfants” montre qu’il considère son gendre comme son propre fils, “Je suis, avec bien des compliments, Votre tendre père”. Enfin la phrase : “On avait séché l’écriture avec les cendres du foyer” révèle que depuis toujours Emma vit dans un milieu plein d’affection mais elle semble insensible à l’amour des autres car elle est éternellement insatisfaite.

 

II) Une héroïne désenchantée

a) Les regrets

 

Emma se plonge dans ses souvenirs : “un peu de poussière grise glissa de la lettre sur sa robe”. Elle se plonge dans sa rêverie comme à son habitude : “et elle crut presque apercevoir son père se courbant vers l’âtre pour saisir les pincettes”. Emma est nostalgique de son adolescence alors qu’elle a tout pour être heureuse mais elle préfère rêver sa vie plutôt que la vivre : “Comme il y avait longtemps qu’elle n’était plus auprès de lui, sur l’escabeau, dans la cheminée, quand elle faisait brûler le bout d’un bâton à la grande flamme des joncs marins qui pétillaient !…”

 

b) L’égoïsme d’Emma

 

Nous trouvons l'égoïsme d’Emma pour la première fois quand son père lui dit: “Enfin, je ne sais pas quand j’irai vous voir. Ça m’est tellement difficile de quitter maintenant la maison, depuis que je suis seul, ma pauvre Emma !Et il y avait ici un entre les lignes, comme si le bonhomme eût laissé tomber sa plume pour rêver quelque temps.” Le père Rouault montre clairement que son âge avancé et ses problèmes de santé l’empêchent d’aller voir sa fille et il lui exprime qu’il est malheureux de cette situation : “ Il me fait deuil de ne pas connaître encore ma bien-aimée petite-fille Berthe Bovary.” Ce passage montre le tragique de ce que vit le père Rouault. Il exprime sa souffrance de ne pas pouvoir connaître sa petite fille. Malgré tous ses efforts et ses témoignages d’affection, Emma ne sent pas la nécessité d’aller voir son père qui l’aime tant. C’est là que nous voyons l'égoïsme d’Emma qui au lieu d’avoir de la compassion pour son père, éprouve de la nostalgie par rapport à son adolescence : “Elle resta quelques minutes à tenir entre ses doigts ce gros papier [...] Emma poursuivait la pensée douce”.  Dans le début de l’extrait, Emma coupe la corde reliant la lettre au panier ce qui fait allusion au fait qu’elle a coupé le lien entre elle et son père : “Emma coupa la corde qui la retenait au panier” .

Les rêves d’Emma et de Charles. Quelles visions de l’amour, Flaubert propose-t-il dans cet extrait de roman ?

2ème Partie, chapitre 12

De «Quand il rentrait au milieu de la nuit, il n'osait pas la réveiller» à «déjà le petit Justin, sur la place, ouvrait les auvents de la pharmacie.»

 

I) Un idéal familial et paternaliste

Charles se préoccupe avant tout de l’avenir de sa fille et se montre donc un père attentionné et responsable.

“il n’osait pas la réveiller” : Charles se prive de parler pour préserver le sommeil de sa fille par amour pour elle. Il se préoccupe du confort de sa femme avant le sien. 

“une clarté tremblante” : Charles tremble car il a  peur de la réveiller mais aussi car il énormément amoureux d’elle ce qui le rend fébrile. 

“les rideaux fermés du petit berceau [...] comme une hutte blanche”. Le blanc est le symbole de la pureté. L’enfant est montré ici comme un petit ange.

“Charles les regardait” : Cette phrase courte nous montre que Charles n’a pas besoin de plus pour être heureux. 

“il croyait entendre l’haleine légère de son enfant” : Charles cherche à savoir si sa fille va bien, si elle respire pour être rassuré. 

“Elle allait grandir maintenant chaque saison, vite, amènerait un progrès.” : Charles est fier de sa fille, fier de son évolution, il imagine pour sa fille la meilleure vie possible. Mais pourtant il ne veut pas qu’elle grandisse trop vite, il veut alors profiter de chaque instant. 

“Il la voyait déjà revenant de l’école à la tombée du jour, toute rieuse, avec sa brassière tachée d’encre” : Il imagine sa vie dans les moindres détails afin de prévoir les éventuels soucis, il veut la meilleure éducation pour elle. Il l’imagine heureuse. 

“alors il réfléchissait.” : Et il continue encore à penser à l’avenir et au bonheur de sa fille, il veut imaginer toute sa vie pour être sûre qu’elle soit heureuse. 

“Il pensait à louer une petite ferme au environ”:  Dès la plus tendre enfance de sa fille il pense déjà à son avenir, au moment où elle deviendra une femme afin qu’elle ne manque de rien. 

“il économiserait le revenu [...] car il voulait que Berthe fût bien élevée, qu’elle eût des talents” : Il veut tout faire pour qu’elle soit la plus heureuse, il veut qu’elle ait des savoirs et pour cela il veut économiser le plus d’argent possible afin de lui trouver le meilleur mari possible. 

“Ah ! Qu’elle sera jolie, plus tard, à quinze ans, quand ressemblant à sa mère” : Il imagine aussi l’apparence de sa fille, il espère qu’elle sera aussi jolie que sa femme. Il nous prouve qu’il est très amoureux de sa femme. 

“Il se la figurait travaillant le soir auprès d’eux [...] elle s’occuperait du ménage”  : Il imagine une famille unie. Il imagine que sa fille sera une femme qui saura tenir une maison. Elle deviendra une femme attentionnée qui l’aidera. 

“on lui trouverait un brave garçon” : En pensant à la femme parfaite que deviendra  sa fille veut pour elle le meilleur époux qu’il puisse exister pour la combler de bonheur. Il cherche donc à être le meilleur mari possible pour sa femme en s’occupant de sa fille.

 

II) Un idéal romanesque et déraisonnable

Emma ne pense pas une seule seconde à sa fille. Elle rêve de mener une vie digne des héroïnes de Walter Scott.

“Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau” : Emma elle voudrait vivre dans un monde parfait sans limite comme si elle vivait dans un roman d’aventures où tout est grandiose et extraordinaire.

“ils allaient, il allaient les bras enlacés, sans parler” : Elle s’imagine seule avec Rodolphe sans sa fille. 

“Souvent du haut d’une montagne, ils apercevaient[...]dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes” : Ce qu’elle imagine n’est pas possible dans la vraie vie, tout est démesuré. 

“On marchait au pas à cause des grandes dalles [...]des femmes habillées en corset rouge.” : Encore une fois, son rêve ne pourra jamais devenir réalité. Elle ne pense jamais à sa fille et à son rôle de mère, elle pense seulement à sa vie amoureuse et son bonheur. 

“on entendait sonner des cloches”: Tous les bruits qu’elle entend semble venir d’un roman d’aventure, “Mais l’enfant se mettait à tousser dans son berceau”: Ici Berthe apparaît comme un obstacle à son bonheur, elle la réveille et la ramène à la réalité, et elle l’empêche de s’enfuir avec Rodolphe. Emma ne pense pas à sa fille, elle ne l’aime pas. 

Le dialogue amoureux entre Emma et Rodolphe.  Comment Flaubert nous livre-t-il une réflexion sur l’impuissance du langage amoureux à travers le dialogue amoureux d’Emma et Rodolphe ?

Extrait de la deuxième partie, chapitre 12

De «Puis elle avait d’étranges idées» à «quand on voudrait attendrir les étoiles.»

 

I) Le dialogue amoureux

1. Le point de vue d’Emma

“— Quand minuit sonnera, disait-elle, tu penseras à moi !”: Emma a des désirs absurdes qu’elle a tirés de ses lectures romantiques, en particulier Walter Scott dont Flaubert aime se moquer. Elle voudrait qu’ils pensent l’un à l’autre au même instant pour se rejoindre dans leurs pensées.

“Et, s’il avouait n’y avoir point songé, c’étaient des reproches en abondance, et qui se terminaient toujours par l’éternel mot : — M’aimes-tu ?” : Emma ne devrait pas faire de reproches à son amant car par cette attitude possessive et puérile elle le fait fuir encore plus. Emma ne se sent pas en sécurité puisqu’elle lui demande si Rodolphe l’aime. 

“— Tu n’en as pas aimé d’autres, hein ?”: Emma pose une question idiote, elle prend Rodolphe pour un prince charmant alors que c’est un séducteur qui collectionne les maîtresses. Emma n’a aucun discernement, elle semble aveuglée par sa passion amoureuse. Elle pourrait se dire que s’il l’a séduite il a été capable d’en séduire d’autres avant elle. 

“Emma pleurait,” : Emma est fragile et ne sait pas se défendre par la parole.

“— Oh ! c’est que je t’aime ! reprenait-elle, je t’aime à ne pouvoir me passer de toi, sais-tu bien ?”: Emma donne le pouvoir à Rodolphe, elle le considère comme son chef, sans lui elle n’est rien. Le fait qu’elle lui dise à quel point elle est dépendante de lui est irresponsable et la met encore plus en danger.

“J’ai quelquefois des envies de te revoir où toutes les colères de l’amour me déchirent. Je me demande : « Où est-il ? Peut-être il parle à d’autres femmes ? Elles lui sourient, il s’approche… »”: Emma ne pense qu’à Rodolphe, elle est obsédée par lui et elle ne maitrise pas son imagination négative. Ces scènes qu’elle imagine vont bien sûr se réaliser, on peut donc y voir une prolepse.

“Oh ! non, n’est-ce pas, aucune ne te plaît ? Il y en a de plus belles ; mais, moi, je sais mieux aimer !”: Emma se croît moins belle que les autres femmes mais elle pense avec un meilleur coeur. Elle se dénigre alors qu’elle est très belle, Rodolphe impacte la psychologie d’Emma en lui faisant des reproches et en l’humiliant régulièrement.

“Je suis ta servante et ta concubine ! Tu es mon roi, mon idole ! tu es bon ! tu es beau ! tu es intelligent ! tu es fort !”: Flaubert se moque clairement de son personnage avec une accumulation d'exclamations toutes plus idiotes les unes que les autres. Emma accepte de se soumettre à lui, elle devient une esclave (sur le plan moral et sexuel). Emma a un désir de partager sa vie avec Rodolphe mais il n’acceptera jamais de rester avec elle ne serait-ce qu’un week-end. Emma accepte qu’il lui donne des ordres, il deviendra même son dieu, il lui fait oublier sa foi qui est pourtant réelle et qu’elle retrouvera au moment de sa mort. Rodolphe est loin d’être bon, il se sert de sa beauté pour manipuler Emma, son intellect l’aide a trouver de nouveaux moyens de manipulation et il réussit très bien.

 

2. Le point de vue de Rodolphe

“— Mais oui, je t’aime ! répondait-il.

— Beaucoup ?

— Certainement !” : Rodolphe souhaite se débarrasser des questions d’Emma en mentant s’il le faut.

“— Crois-tu m’avoir pris vierge ? s’exclamait-il en riant.” : Rodolphe se moque d’Emma puisqu’elle a la naïveté de penser qu'elle était la première à être séduite. Il ne cache pas son amusement.

“Emma pleurait, et il s’efforçait de la consoler, enjolivant de calembours ses protestations.”: Tout en consolant Emma comme il le ferait avec un enfant, il se moque d’elle en faisant des blagues.

 

II) Une réflexion sur le langage amoureux

1. La monotonie de la passion

“Il s’était tant de fois entendu dire ces choses, qu’elles n’avaient pour lui rien d’original. Emma ressemblait à toutes les maîtresses ; et le charme de la nouveauté, peu à peu tombant comme un vêtement, laissait voir à nu l’éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage.” : Flaubert se sert de son personnage pour exprimer son point de vue sur la situation grâce au discours indirect libre. La passion même devient ennuyeuse lorsqu’elle dure trop longtemps.

“Parce que des lèvres libertines ou vénales lui avaient murmuré des phrases pareilles, il ne croyait que faiblement à la candeur de celles-là” : Flaubert dit qu’on s’habitue à tout, même à être aimé et que l’amour en devient ennuyeux.

 

2. L’impuissance du langage qui ne parvient pas à traduire les sentiments

“Puis elle avait d’étranges idées” : Flaubert se moque des idéologies de son personnage.

“laissait voir à nu l’éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage.”: Il y a une impossibilité d’avoir un langage original dans la passion car toutes les passions se ressemblent.

“Il ne distinguait pas, cet homme si plein de pratique, la dissemblance des sentiments sous la parité des expressions.” : Emma a des sentiments beaucoup forts et sincères que les autres maîtresses de Rodolphe même si elle s’exprime de la même façon et n’arrive pas à avoir un langage original.

“comme si la plénitude de l’âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l’exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.”: On voit de nouveau une intrusion du narrateur qui nous fait remarquer que même si le langage est impuissant à décrire toute l’étendue et la profondeur des sentiments et exprime parfois maladroitement le contraire de ce qu’il voudrait dire, on doit savoir écouter avec son coeur pour distinguer le véritable amour du chant des sirènes, ce que Rodolphe est incapable de faire.

La fin du roman. Comment cet excipit montre-t-il le pessimisme de Flaubert ?

3ème partie, chapitre 11

De «Un jour qu'il était allé au marché d'Argueil» à «Il vient de recevoir la croix d'honneur.»

 

I) La présence d’Emma dans cet excipit

 

“Charles se perdait en rêveries devant cette figure qu'elle avait tant aimée.”:  Charles revoit Emma à travers Rodolphe, Flaubert en cruel envers Charles car le moyen de penser à Emma est maintenant à travers son amant.

 

“Il lui semblait revoir quelque chose d'elle” : Charles reconnaît des traits d’Emma à travers Rodolphe, il est tellement épris d’Emma qu’il ne ressent aucune haine envers Rodolphe au lieu de ça il l’idéalise car il a eu la chance d’être aimé d’Emma : “Il aurait voulu être cet homme.”

 

“et il y eu même un instant où Charles, plein d'une fureur sombre fixa les yeux contre Rodolphe qui, dans une sorte d'effroi, s'interrompit.” : Rodolphe étant la figure d’Emma, à l’image de son couple avec Emma, il l'aime et ne peut lui en vouloir malgré ses infâmes actions.

 

“Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle.” : En allant dans le parc et sur le banc Charles essaye de retrouver Emma dans un cadre où les amours dominent.

 

“les feuilles de vigne dessinaient leurs ombres sur le sable” : Charles se trouve dans un lieu romantique où la nature chante l’amour.

 

“- Je ne vous en veux pas, dit-il/- Non, je ne vous en veux plus !” : Charles pardonne au diable, ce qui rend sa douleur sublime.

 

II) Une mort pathétique et sublime

 

"Un jour qu'il était allé au marché d'Argueil pour y vendre son cheval, -dernière ressource, - il rencontra Rodolphe.” : Charles meurt comme il a commencé sans rien et seul, Emma l’a ruiné et quitté juste avant ce passage.

 

“Charles ne l'écoutait pas ; Rodolphe s'en apercevait, et il suivait la mobilité de sa figure le passage des souvenirs” : Charles est mélancolique, il rêve, il n’est pas présent dans la discussion il est quasiment déjà parti car plus rien ne le rattache au monde réel, il n’a plus sa raison de vivre.

 

“reprit d'un voix éteinte et avec l'accent résigné des douleurs infinies”: Son mal est profond, il vient de plus loin, Emma à cause de ses actions a blessé son mari et le “tue” au fil du roman à cause de sa maladie d’amour, sa passion est trop grande.

 

“Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle.” : Décor de la mélancolie amoureuse et le banc est symbolique des relations amoureuses, d’une certaine manière Charles se torture en y allant.

 

“Charles suffoquait comme un adolescent sous les vagues effluves amoureux qui gonflaient son cœur chagrin.” : Sa mort est sublime, sa mort est surnaturelle, elle vient d’un mal profond que seules les personnes éprises d’une passion pourraient ressentir. La maladie d’amour aura raison de lui elle l’aura consumé de l’intérieur tout au long du roman.

 

“Il tomba par terre. Il était mort. Trente-six heures après, sur la demande de l'apothicaire, M. Canivet accourut. Il l'ouvrit et ne trouva rien.” : Mort inexplicable, son amour pour Emma l’a tué, en effet le médecin ne trouve plus rien car son cœur a déjà rejoint Emma au ciel.

 

III) Une fin pessimiste

 

“Il lui semblait revoir quelque chose d'elle. C'était un émerveillement. Il aurait voulu être cet homme.” : Flaubert met en avant Rodolphe alors qu’il a été si cruel avec lui dans la scène des comices, on y voit que finalement c’est bien Rodolphe le gagnant de l’histoire.

 

“- Je ne vous en veux pas, dit-il - Non, je ne vous en veux plus !” : La fin est injuste, c’est Rodolphe qui a la conscience tranquille car le mari lui pardonne et il peut continuer sa vie alors que Charles est anéanti.

 

“- C'est la faute de la fatalité !” : La certitude du malheur, Charles se rend compte que dès le début de sa vie, il allait être victime de la société.

 

“Le lendemain, Charles alla s'asseoir sur le banc, dans la tonnelle.” : Cruauté de Flaubert envers Charles, il l’amène dans des lieux où c’est l’amour qui domine, cela ne peut que renforcer le mal de Charles.

 

“Quand tout fut vendu, il resta douze francs soixante et quinze centimes qui servirent à payer le voyage de mademoiselle Bovary chez sa grand-mère. La bonne femme mourut dans l'année même ; le père Rouault étant paralysé, ce fut une tante qui s'en chargea. Elle est pauvre et l'envoie, pour gagner sa vie, dans une filature de coton” : Il scelle le destin tragique des Bovary, Berthe ne peut qu’avoir une vie triste et pathétique, elle est orpheline et sa famille meurt aussi petit à petit, c’est comme si une malédiction s'était abattue sur la famille Bovary. Elle se retrouve esclave dans une usine de coton, un travail très pénible.

“M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clientèle d'enfer ; l'autorité le ménage et l'opinion publique le protège. Il vient de recevoir la croix d'honneur” : C’est le triomphe des personnages secondaires, Homais est imposteur mais aura la gloire à la mort de Charles. Le passage grammatical du passé au présent accentue le pessimisme car la situation ne pourra pas s’améliorer.

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