Analyse de Huis-clos de Jean-Paul Sartre

Analyse de Huis-clos de Jean-Paul Sartre

Thèmes et symboles

Le thème de la vision - à la fois la vue et l'apparence - est prépondérant tout au long de la pièce. Les gens ne se voient pas à travers leurs propres yeux, mais à travers les yeux des autres. Par conséquent, leur "essence" n'est pas la leur, mais celle des autres, et ils sont douloureusement conscients de la façon dont les autres les voient. Par conséquent, les apparences comptent dans la vie et se font écho dans la mort. Lorsque le premier personnage entre dans la pièce, il juge immédiatement son apparence comme offensante pour ses yeux et redoute d'avoir à regarder l'environnement même brièvement. De plus, le valet de chambre qui l'a amené ne semble pas voir normalement, et Garcin remarque "quelque chose de si bête ... sur le chemin" qu'il regarde fixement. Comme le valet n'a pas de paupières, Garcin pense : "Je vais vivre sans paupières... Je ne dormirai plus jamais. " Sa condition implique également qu'il ne pourra jamais fermer les yeux sur son environnement offensant. Lorsque les deux femmes arrivent, une grande partie de la discussion porte sur la façon dont Estelle existera sans miroir pour la validation de son existence et sur la façon dont elles devront dépendre l’une de l’autre et se juger. Inès dit à Garcin qu'elle forcera Estelle à le considérer comme sexuellement peu attrayant, le privant ainsi de cette satisfaction et détruisant leur relation potentielle. Estelle, donc, "vous verra à travers mes yeux, comme Florence a vu cet autre homme". Quand Estelle rejette définitivement les avances d'Inès, la plus forte accusation d'Estelle est :"Vous n'avez pas d'yeux" et refuse de se voir comme Inès la voit. Dans la vie, les gens font des choix qui les définissent. L'une des pierres angulaires des croyances de Sartre est le rejet des jugements des autres comme déterminant le sens de la vie d'une personne. Il pense que les autres tenteront d'objectiver une personne en fonction de leurs propres besoins, et il est convaincu que quiconque souhaite trouver un sens essentiel à l'existence et vivre selon cette découverte doit prendre ses propres décisions sans le jugement des autres. À la fin de la pièce, Garcin, toujours à la recherche de se connaître, a compris qu'il ne peut compter sur aucune des femmes pour établir sa véritable identité de lâche ou de héros. Il en vient à accepter l'idée que "lorsque j'ai choisi le chemin le plus difficile, j'ai fait mon choix délibérément. Un homme est ce qu'il veut être lui-même." Pourtant, Inès ne lui permet pas de prétendre qu'il aurait pu accomplir plus s'il n'était pas mort jeune : "Toute sa vie est complète... avec une ligne bien tracée en dessous... Vous êtes - votre vie - et rien d’autre." La célèbre phrase: "L'enfer c’est les autres" n'est pas une revendication de solitude. Au contraire, Sartre signifiait que la solidarité était possible, et que le contact humain n'était pas infernal tant qu'il était basé sur l'honnêteté des gens avec eux-mêmes et définissant leurs propres positions avec une ouverture totale. Les gens n'ont pas besoin d'être seuls pour valider leur existence. Ils doivent plutôt affronter le regard et le jugement des autres pour trouver un moyen de s’améliorer. Les trois personnages de Huis-clos souffrent profondément de leur relation triangulaire parce que dès que l'un essaie de se connecter à un autre, le troisième personnage s'immisce et insiste sur sa propre place. Chaque personnage doit choisir de définir la relation humaine. Comme l'affirme Inès, « j e préfère choisir mon enfer... Chacun de nous agira comme le tortionnaire des deux autres. »

 

La pièce renferme des symboles importants.

 

Garcin déteste immédiatement le décor démodé et dépassé de la pièce dans laquelle il est enfermé. Il n'y a aucune indication d'un autre style qu'il préférerait et aucune raison de supposer qu'il est intéressé par de telles questions de goût. Il est plutôt poussé dans un environnement oppressif qui apparaît comme une sorte de première torture qui le confronte à lui-même. La statue en bronze symbolise le mensonge et l'oppression envers les personnages. En tant que réplique en série d'une œuvre d'art authentique, elle n'est ni unique ni précieuse, ne représentant que l'apparence superficielle de quelque chose d'autre. C'est lourd et oppressant, tout comme le mensonge dans le caractère d'une personne. Garcin en vient à comprendre, lorsqu'on lui dit qu'il n'aura plus jamais besoin d'une brosse à dents ou d'articles de toilette, qu’il existera sans un sentiment de dignité humaine ou le besoin de se soucier de lui-même, sans se regarder dans un miroir. La statue fixe, immobile et imposante devant ses yeux sans paupières fait une forte impression sur lui. Les femmes n'aiment pas non plus la statue, mais Garcin trouve que sa force et sa solidité lui renvoient l’image de sa propre faiblesse et de son impuissance à s’enfuir car il ne peut même pas la soulever. La danse représente à la fois un attachement à une vie antérieure et un rappel éternel de la misère dans leur vie de damnés. Alors qu'Estelle est celle qui se concentre sur son amant et ses capacités de danseuse, les trois personnages sont dans une sorte de danse symbolique. Ils tournent comme des partenaires sur une piste de danse infernale où les faux pas causeront l'échec de la connexion et révéleront l'essence de la futilité dans les relations humaines. Ils ne peuvent partager aucune bonté ou tendresse dans leur extrême isolement, et chacun tourne sur soi-même et autour des autres dans une confrontation sans fin avec l'existence. Estelle aspire au monde social de ses amis parisiens snobs, mais ses compagnons sont indifférents aux règles sociales qu'Estelle tente de suivre. De plus, dans la danse, une personne fait face à une autre, alors que les partenaires se regardent dans les yeux. Mais ces personnages ne peuvent pas supporter de se voir eux-mêmes réfléchis dans les yeux des autres et de reconnaître les besoins de l'autre personne. Mais Estelle recrée la passion de la danse pour laquelle elle a vécu avec son jeune amant Peter. Non contente de la façon dont la vie terrestre se déroule sans elle, Estelle aimerait pouvoir "Danser, danser, danser... Comme j'aimerais descendre sur terre un instant et danser à nouveau avec lui." Comme la danse symbolise son lien avec l'existence terrestre, la musique qui s'estompe symbolise son renoncement à tous les plaisirs, car elle devra négocier entièrement une nouvelle existence. Des trois personnages, Estelle était la plus liée à la vie sensuelle sur Terre et a commis la trahison la plus brutale en assassinant son nouveau-né. La musique légère et gracieuse contraste fortement avec le silence éternel qui la piège avec Garcin et Inès. Au début de la pièce, lorsque la chaleur devient oppressante, Garcin commence à enlever sa veste. Aucun détail n'est donné à ce sujet, à l'exception de ses 12 trous de balles, mais la veste représente surtout la formalité antérieure de son existence - la nécessité de s'habiller pour les autres et de jouer un rôle - et la raison de sa mort. Il a été abattu pour lâcheté par un peloton d’exécution. Même si Garcin est passif une grande partie de la pièce, il avait son métier et son image de soi. Il se rend compte qu'en baissant la garde avec les deux femmes et en enlevant sa veste, il pourrait envoyer un signal qu'il ne souhaite pas. Mais ici le sens traditionnel du flirt est atténué par la présence d'un tiers qui en a rejeté un autre et sera rejeté à son tour. Lorsque Garcin demande : "Cela vous dérange-t-il ?" et commence à enlever sa veste, Estelle revient à son moi social : "Comment osez-vous ... Je déteste les hommes en manches de chemise. « Le symbole social et sexuel de la veste couvrant le corps masculin est important pour elle, mais Inès dit ouvertement : "Oh, je ne me soucie pas beaucoup des hommes de toute façon." À mesure que la température augmentera, Garcin finira par enlever sa veste, mais personne ne s'en souciera parce que d'ici là, tous les désirs auront été clarifiés, tout comme le piège sans issue de la nature humaine lorsqu'il définira faussement les autres. Après tout, aucune veste n'est nécessaire puisqu’on ne peut pas dissimuler sa vraie nature.

Écrire commentaire

Commentaires: 0