Six Personnages en quête d'auteur de Pirandello Explication d'ensemble

Six Personnages en quête d'auteur de Pirandello Explication d'ensemble

 

Illusion contre réalité

Le travail de Pirandello explore fréquemment les lignes floues entre la réalité et l'illusion. L'auteur a estimé que les humains ont créé leurs propres réalités à travers des perspectives individuelles uniques, de sorte que la réalité de chaque personne pourrait être une illusion pour quelqu'un d'autre.

Le public de théâtre s'attend à ce qu'une pièce présente des illusions - des histoires fausses, mais convaincantes, ressemblant à la réalité. Cependant, les personnages de Pirandello résistent à être appelés illusions. Ils se sentent réels. Comme le Père le soutient, le sens de la réalité d'une personne est une illusion indigne de confiance puisqu'il peut changer de jour en jour. Il souligne que la "réalité" du réalisateur - y compris ses expériences, ses croyances et son sens de soi - "semblait inévitablement à une illusion demain".

Même l'identité d'une personne est une illusion, dit le Père. Les individus ont de nombreuses "possibilités d'être", selon qui les observe. Le directeur est perturbé lorsque son sentiment d'identité est remis en question, car l'identité représente la stabilité et la certitude. Le Père décrit cette révélation - l'idée de la rapidité avec laquelle les identités changent - comme "la terre même en dessous qui s'éloigne de vous".

Les personnages sont également troublés par les tentatives de faire de leurs réalités illusion. La belle-fille et le fils résistent à ce que les acteurs jouent leurs rôles. La belle-fille dit que la Leading Lady n'est tout simplement pas elle. Le Père sent que son rôle joué par l'Homme Dirigeant deviendra "ce qu'il m'interprète comme étant" plutôt que le Père lui-même. Pendant ce temps, l'apparition magique de Madame Pace sur scène semble être un truc ou une illusion pour les acteurs. Mais les personnages la sentent plus réelle que les acteurs ne le sont eux-mêmes.

La pièce traite également de la nature subjective de la réalité. Si la perception de chacun de la réalité est différente, alors comment peut-il y avoir une « vraie » réalité ? Les personnages donnent différentes versions des mêmes événements et insistent obstinément sur le fait que leur version est la bonne. Les acteurs et les personnages sont tous témoins du même événement dramatique à la fin de la pièce, mais ils ne peuvent pas s'entendre s'il s'agit de fiction ou de réalité.

 

La vie contre l'art

Pirandello explore l'espace où la vie et l'art se heurtent dans Six personnages en quête d'auteur. Il montre que la vie change constamment et finira par se terminer, mais que l'art est permanent et survivra à ses créateurs et à ses appréciateurs. "Quiconque a la chance de naître un personnage vivant... ne mourra jamais!" le Père se vante. L'art est appelé "forme", ce qui implique sa nature fixe et immuable.

Au théâtre, les acteurs en direct assument des rôles artistiques, se transformant en art. Pirandello demande si cette transition peut jamais être authentique, que les personnages existent indépendamment ou seulement à travers les yeux du public du théâtre.

Le réalisateur et les personnages sont aux prises avec la question de savoir laquelle est la plus "vraie" - la vie ou l'art. Le Père insiste sur le fait que la passion et l'immortalité de son histoire la rendent plus vraie que l'expérience humaine en constante évolution. Le réalisateur ne peut pas imaginer que sa vie soit moins vraie qu'une histoire inventée par un dramaturge. Inversement, le directeur résiste à montrer la quasi-relation sexuelle de la belle-fille avec le Père, bien que la belle-fille exige qu'il montre la vérité. L'art, pense le directeur, a parfois besoin de cacher la vérité.

La question devient particulièrement délicate lorsque personne ne peut décider de la vérité. Le Fils déclare que le Père raconte de la « fiction » ou des mensonges. Chaque personnage a une version différente de la saga de la famille et chacun insiste sur le fait que sa version est la bonne. La pièce ne fournit aucun des "faits" recherchés par le réalisateur et aucune vérité universelle et ancrante. Il suggère plutôt que dans l'art et dans la vie, la vérité et le sens ne dépendent pas de la réalité objective mais de la perspective individuelle.

La pièce examine également si l'art n'existe qu'en tant que performance. Alors que les personnages présentent leur drame, ils sont impatients de révéler ce qui s'est réellement passé. Ils veulent que la vérité soit révélée. Mais ils ont des acteurs pour lesquels jouer et une pièce à fabriquer. Ils doivent ajuster leur présentation pour garder les acteurs intéressés. Le réalisateur, à son tour, estime que leur histoire n'est "pas réalisable". C'est trop long, trop graphique et trop troublant pour fonctionner comme pièce de théâtre. Il exhorte la belle-fille et Mme Pace à prendre la parole lorsqu'elles ont une conversation privée et implique que quiconque regarde son drame perdra tout intérêt s'il ne peut pas entendre ce qui est dit. Pendant que les personnages vivent leur réalité, le réalisateur s'impatiente d'un drame que le public comprendra.

La tension entre les personnages et le metteur en scène illustre également le conflit interne d'un dramaturge. Le dramaturge doit transmettre la vie indépendante des personnages tout en tenant compte des attentes de ceux qui liront ou assisteront à la pièce.

 

La responsabilité de l'auteur

Que doivent les écrivains ou les dramaturges à leurs personnages ? Pirandello observe ses personnages comme des entités pleinement formées avec des vies indépendantes, et pas seulement comme des créations de l'imagination d'un auteur. La tragédie des six personnages consiste à être rejeté par un auteur anonyme. Ils croient que l'auteur les a créés comme une mère donne naissance à un enfant. Le Père dit qu'ils sont « donnés à la vie et laissés sans vie ». Il dit au réalisateur et aux acteurs qu'ils font de même avec chaque performance, lorsqu'ils créent des "êtres vivants" à partir de scénarios.

Chaque caractère est tourmenté de différentes manières par le rejet de l'auteur. Ils doivent revivre constamment des moments accrus, dramatiques et douloureux de leur vie. Le Fils est physiquement incapable de quitter la scène même lorsqu'il essaie. La Mère veut désespérément vivre la scène dans laquelle elle retrouve le Fils. Mais la scène reste non écrite, et elle n'obtient jamais ce qu'elle veut.

Bien que les personnages aient été inventés par un auteur, ils se sentent plus vivants et plus vrais que les acteurs. En créant des personnages, un auteur crée une nouvelle version puissante de la réalité. Les personnages, en conséquence, ont une qualité surnaturelle et convaincante. Les acteurs sont souvent fascinés par la belle-fille lorsqu'elle joue ou montre une émotion extrême. Le Père dit que les Acteurs devraient « frémir pour s'approcher » des Personnages, ce qui implique que la réalité des Personnages est sacrée.

La pièce illustre le point de vue de Pirandello selon lequel les personnages ne dépendent pas de leurs auteurs ; au lieu de cela, les auteurs dépendent de leurs personnages. Les personnages ont certaines scènes et histoires qu'ils veulent présenter. Bien qu'ils veuillent vivre ces histoires sur scène, ils résistent à ce que leurs histoires soient réécrites. Parlant au nom de son propre auteur, le Père dit que les auteurs ne réussiront que s'ils présentent leurs personnages comme les personnages eux-mêmes veulent être. Les auteurs prennent la dictée de leur imagination, mais ils manquent de contrôle. Cette idée suggère que la première responsabilité des auteurs n'est pas envers le lecteur d'un scénario ou l'observateur d'une performance. Leur première responsabilité est envers la vérité de leur histoire telle qu'elle est exprimée par leurs personnages.

 

Le jeu des acteurs

En tant que dramaturge, Pirandello reconnaît l'absurdité inhérente au théâtre, où les acteurs se font passer pour d'autres personnes. Le décor de la pièce est le théâtre lui-même, un lieu connu pour sa création de réalités artificielles. Bien que les personnages vivent en permanence sur scène, ils ne jouent pas. Leurs émotions sont plus authentiques et tumultueuses que les Acteurs ne peuvent en supporter.

Pour ponctuer cette absurdité, de multiples couches de déguisement imprègnent la pièce. Les acteurs jouent différents rôles. Les personnages apparaissent en masques, montrant la permanence de leurs états. Alors que les visages changent d'expression plusieurs fois, les masques ont une expression fixe. La Mère est encore enveloppée par son voile.

La performance dans l'acte 2 montre comment les acteurs, parfois sans avoir l'intention de le faire, apportent leurs propres interprétations à un rôle. Les acteurs essaient sérieusement de recréer la scène du Père et de la belle-fille dans la maison close. Mais les personnages ne se reconnaissent pas dans les acteurs. Ils voient se dérouler une scène entièrement différente, une scène mélodramatique et romantique qu'ils n'avaient jamais voulue. L'apparition spontanée de Madame Pace sur scène ajoute un autre élément d'absurdité. Sa tenue et son discours sont surprenants, ne ressemblant pas du tout à une personne dans la vraie vie. Elle ne peut pas communiquer avec les Acteurs. Elle est uniquement théâtrale et ne peut être représentée par aucun acteur.

La pièce révèle également un élément d'artifice et de performance dans la vie réelle. Le Père dit que tout le monde a des croyances personnelles et un agenda, ou "un monde de choses" en eux. Il se demande si les gens peuvent communiquer honnêtement les uns avec les autres sans mal interpréter les paroles de l'autre personne. Le Père croit que chaque individu « joue la partie qui lui est assignée ». Les acteurs sont également identifiés par leur travail dans la compagnie de théâtre, et non par leurs prénoms. Une fois qu'ils entrent sur scène, ils prennent une nouvelle identité, même s'on ne leur a pas attribué de rôle dans une pièce de théâtre.

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