Analyse de L'étranger de Albert Camus

Analyse de L'étranger de Albert Camus

Analyse de L’incipit, Cet incipit remplit-il ses fonctions ?

I) Oui il remplit partiellement ses fonctions

1) Présentation du cadre spatio-temporel

 

 “L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger” : Nous savons que l’enterrement sera à Marengo et la distance kilométrique. On en déduit que le personnage habite à Alger.

 

 “J’ai pris l’autobus à deux heures. II faisait très chaud.” : On apprend que le personnage est parti en début d’après-midi et qu’il fait beau dehors.

 

2) Présentation de l’histoire

 

 “J’ai reçu un télégramme de l’asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.»” : Le roman commence par l’annonce de la mort de la mère du personnage principal. Le lecteur sait donc que c’est une histoire qui commence mal.

 “J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude” : On sait que le personnage est un habitué du même restaurant qui sert de cadre au récit.

 

3) Présentation du personnage

 

 “Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir” : On apprend que le personnage est pragmatique et organisé.

 

 “J’ai demandé deux jours de congé à mon patron” : On en déduit que le personnage est un employé.

 

 “Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » II n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser.” : Meursault a du mal à décoder les émotions des autres et passe son temps à essayer de comprendre ce que les gens pensent.

 

 “comme d’habitude” : On apprend que Meursault est un personnage routinier.

 II) Mais c’est un incipit surprenant

1) Meursault semble ne pas ressentir d’émotions

 

 “Cela ne veut rien dire” : Meursault parle d’abord du télégramme avant même d’évoquer la mort de sa mère.

 

 “il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille” : Le personnage s’imagine qu’aller à l’enterrement de sa mère équivaut à demander des jours de congé pour se reposer, d’où l’utilisation du mot “excuse”. Il est tellement obnubilé par son travail qu’il ne prend jamais de jour de congé et perçoit cet enterrement comme un voyage à organiser.

 

 “Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.” : Meursault perçoit la mort de sa mère tel un moment passager. Nous avons l’impression qu’après l’enterrement il n’y pensera plus.

 

 “Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit: « On n’a qu’une mère ». Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte.” : Le manque d’émotion du personnage est souligné ici par l’attitude empathique des autres personnages.

 

 “J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard.” : Ceci est choquant parce que Meursault a plus de sensations fortes en montant des escaliers qu’en apprenant la mort de sa mère. Ce qui prouve son absence de sentiments.

 

2) La temporalité est floue

 

 “Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas” : Meursault ne sait pas quand sa mère est morte donc le lecteur non plus. Ce qui est très choquant.

 “Enterrement demain.” : Le télégramme n’est pas daté, on ne connaît pas la date de l’enterrement. Cela nous renvoie au temps de l’action et du personnage sans nous permettre d’ancrer l’histoire dans une période ou une année.

 “C’était peut-être hier” : Le personnage ne connaît pas la date de la mort de sa mère ni de l’enterrement.

 

3) Le style journalistique

 

 Nous avons une focalisation interne et donc seulement la vision du personnage. Ce qui nous renvoie à un journal. Nous avons également un style télégraphique puisque nous retrouvons des phrases courtes comme “«Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.” Il n’y a pas de séparation entre le télégramme et la suite du roman. Meursault continue à utiliser des phrases de six syllabes.

 

 “J’ai pris l’autobus à deux heures. II faisait très chaud.” : Le personnage raconte ce qu’il a fait, toujours dans le style télégraphique.

Analyse de La demande en mariage, Comment dans cet extrait de L’Etranger, Camus nous fait-il entrer dans l’univers d’un personnage incapable de ressentir des émotions et de communiquer ?

I) Une focalisation interne qui nous laisse une impression paradoxale

 

 “J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait” : Le narrateur n’éprouve aucune importance à se marier, comme si cela était banal.

 

 “cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas” : On ne sait pas si il lui répond ou s’il se le dit à lui même.

 

 “Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier” : Il ne pense pas à une des étapes importantes de la vie, à savoir de se marier et potentiellement former une famille. Il n’a aucune interaction sociale.

 

 “D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui” : Il accepte tout ce que les autres lui demandent de faire pour ne pas avoir à résoudre des conflits émotionnels.

 

 “Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : «Naturellement. »” : Pour lui peu importe avec qui il se marie, ou s’il se marie en général.

 

 “Elle s'est demandé alors si elle m'aimait et moi, je ne pouvais rien savoir sur ce point” : Il s’avoue être fermé aux sentiments des autres.

 

 “J'ai répondu que nous le ferions dès qu'elle le voudrait” : Il ne propose pas de date pour le mariage. Il laisse sa fiancée le décider pour lui.

 

 “« C'est sale. Il y a des pigeons et des cours noires. Les gens ont la peau blanche. »” : Il ne voit que le côté négatif de Paris. Cela montre donc qu’il ne montre seulement le mauvais côté de la vie. Il joue sur l’opposition entre le noir, son élément, et le blanc, et montre un aspect négatif des deux. Il précise que le noir est montré comme sale, ce qui est renforcé par les pigeons. Les cours montrent l’enfermement par rapport à l’Algérie qui donne vue sur la mer et donc à l’horizon, et dit que les parisiens sont blancs dans un sens péjoratif car cela suggère qu’ils ne voient jamais le soleil. Ses phrases sont courtes donnant un aspect télégraphique au discours, comme si cela ne l'intéressait pas.

 

 II) Un faux dialogue

 

 “J'ai dit que cela m'était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait” : Le narrateur ne cherche pas à ménager les sentiments de sa compagne.

 

 “J'ai répondu comme je l'avais déjà fait une fois” : La question fut posée antérieurement montrant que Marie n’a pas eu la réponse qu’elle attendait et cherche à l’avoir d’une manière ou d’une autre.

 

 “cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l'aimais pas” : Il ne cherche pas à plaire à Marie et lui ce qui lui vient à la tête.

 

 “« Pourquoi m'épouser alors ? » a-t-elle dit” : C’est ici la première apparition du discours direct dans un texte au discours indirect. Le narrateur rapporte les paroles du personnage de Marie et donc celle-ci n’a pas réellement la parole. Cela donne l’illusion d’un dialogue qui en réalité reste unilatéral.

 

 “Je lui ai expliqué que cela n'avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier” : Il fait un effort à lui expliquer ce qu’il pense et fait un pas en avant en acceptant sa demande en mariage.

 

 “D'ailleurs, c'était elle qui le demandait et moi je me contentais de dire oui” : C’est le monde à l’envers et il ne se gêne pas pour lui faire remarquer qu’elle prend l’initiative et que lui se contente de ne pas la contrarier.

 

 “Elle a observé alors que le mariage était une chose grave. J'ai répondu : «Non.»” : Il n’a pas peur de blesser Marie psychologiquement avec sa violente réplique.

 

 “Elle voulait simplement savoir si j'aurais accepté la même proposition venant d'une autre femme, à qui je serais attaché de la même façon. J'ai dit : «Naturellement. »” : C’est une réponse apparemment calme comme s’il n’avait pas conscience du côté blessant de ses répliques.

 

 “Elle s'est tue un moment et elle m'a regardé en silence. Puis elle a parlé” : Il y a un manque de communication a tel point qu’elle doit réfléchir avant de parler.

 

 “Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j'étais bizarre, qu'elle m'aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons” : Elle est séduite par son étrangeté mais est consciente qu’elle finira par se lasser de ces commentaires méchants qu’elle finira sûrement par le détester.

 

 “Comme je me taisais, n'ayant rien à ajouter, elle m'a pris le bras en souriant et elle a déclaré qu'elle voulait se marier avec moi” : C’est la femme qui prend le bras du mari et non l’inverse comme il se devrait. Elle souhaite s’attacher à lui et le montre par son geste tandis que lui reste neutre, presque comme un objet qui se laisse prendre sans résistance.

 

 “Je lui ai parlé alors de la proposition du patron et Marie m'a dit qu'elle aimerait connaître Paris” : Elle montre un intérêt de découvrir de nouveaux horizons alors que lui n’évoque que l’invitation.

 

 “Je lui ai appris que j'y avais vécu dans un temps et elle m'a demandé comment c'était” : C’est le seul moment de dialogue dans le texte, car il répond à une question posée, certes de façon étrange mais c’est une vraie réponse pour une fois.

Le meurtre de l’Arabe,  Comment Camus transforme-t-il cet extrait de roman en tragédie ?

I) Le tragique

1) Le soleil

 

 “Mais toute une plage vibrante de soleil se pressait derrière moi” : Meursault a été poussé par le destin à la confrontation. Le soleil agit comme une force qui le dirige.

 

 “C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau.” : Cela montre que le soleil est toujours présent lors d’évènements important dans la vie de Meursault. C’est un élément hostile qui lui provoque des souffrances physiques.  “À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant.” : Meursault semble le jouet du destin, manipulé comme une marionnette.

 

 “La lumière a giclé sur l'acier et c'était comme une longue lame étincelante qui m'atteignait au front.” : Le soleil blesse Meursault et allonge la lame du couteau donc Meursault se sent en danger et tire par réflexe pour se protéger.

 

 “Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel.” : Le soleil provoque encore des souffrances physiques mais aussi psychologiques parce que Meursault ne se rend pas compte de ses actions. On peut aussi voir cette phrase comme une prolepse puisque Meursault sera bientôt derrière les barreaux d’une prison et n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

 

 “Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi.” : Par la métaphore du soleil qui fait sortir une épée du couteau et qui blesse Meursault on comprend que le soleil a toujours le pouvoir sur lui.

 

2) L’engrenage

 “J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé. Malgré tout, il était encore assez loin. Peut-être à cause des ombres sur son visage, il avait l'air de rire. J'ai attendu.” : On remarque que les phrases sont courtes, ce qui montre le temps de chaque action. Les phrases suivent l’ordre chronologique des faits. Nous pouvons donc dire que le style journalistique est employé.

 

 “La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes sourcils.” : Meursault note la première étape qui le conduit à déraper.

 

 “À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant.” : Meursault se sent alors forcé à avancer par une force qui le dépasse, même si ce geste ne le soulagera pas.

 

 “Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant. Et cette fois, sans se soulever, l'Arabe a tiré son couteau qu'il m'a présenté dans le soleil.” : L’Arabe provoque Meursault qui se sent menacé par son couteau.

 

 “Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais.” : Meursault  a pleinement conscience de l’accumulation des petits détails qui l’ont conduit à perdre son sang froid.

 

 “Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux.” : Meursault est blessé d’une façon surnaturelle par le soleil. Ces blessures symboliques nous renvoient au mythe d'Œdipe qui s’est crevé les yeux pour ne pas regarder ses crimes.

 

 “C'est alors que tout a vacillé.” : On détaille toutes les étapes du meurtre commis par Meursault.

 

 “La mer a charrié un souffle épais et ardent” : comme le râle d’un mourant. “Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu” : on dirait qu’un dieu vengeur vient le châtier. “Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver” : Tous les éléments semblent conspirer contre lui et il semble qu’il soit contraint par des forces supérieures à tirer le coup de feu, comme dans une tragédie antique : “La gâchette a cédé”.

 

 II) La transformation de Meursault

1) Une situation absurde

 

“Pour moi, c’était une histoire finie” : Meursault n’accorde aucun intérêt à cette histoire entre Raymond et l’Arabe, il n’est pas concerné. Il va donc commettre un meurtre sans mobile, tuer un homme pour qui il n’éprouve que de l’indifférence, ce qui est totalement absurde.

“J'ai pensé que je n'avais qu'un demi-tour à faire et ce serait fini” : Meursault avait la possibilité d’éviter la confrontation avec l’Arabe mais il ne l’a pas fait.

 

 “J'ai fait quelques pas vers la source. L'Arabe n'a pas bougé” : L’Arabe aurait pu partir mais a choisi de rester.

 

 “Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d'un pas.” : Meursault essaie de fuir le soleil, ce qui est impossible car on n’échappe pas à son destin.

 

 “j'ai touché le ventre poli de la crosse” : On retrouve une sensualité inappropriée et choquante parce qu’il caresse son revolver alors qu’il ferait mieux de caresser sa fiancée qui le lui réclame durant tout le roman.

 

 “Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver.” : Meursault n’aurait pas dû avoir un revolver chargé dans la main. Il ne réfléchit pas à l’orientation qu’il donne à sa vie, ce qui explique le titre du roman car Meursault est étranger à lui-même.

 

 “Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il y parût.” : On retrouve la neutralité de Meursault comme depuis le début, il tire sans y réfléchir comme si cela n’avait pas d’importance. Alors que c’est ce geste qui le condamnera à mort pour homicide volontaire avec préméditation.

 

2) La prise de conscience que sa vie ne sera plus jamais la même

 

 “C'est alors que tout a vacillé.” : Meursault sait qu’à partir de ce moment tout change pour lui. Il reconnaît qu’il perd totalement le contrôle de sa vie à cet instant précis.

 

 “La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé.” : Meursault réalise qu’il a commis une grave erreur et que sa vie sera changée à partir de là. On a ici, grâce au bruit “à la fois sec et assourdissant” une prolepse de la mort de Meursault qui sera pendu pour son crime.

 

 “J'ai secoué la sueur et le soleil” : Meursault essaye de reprendre sa vie en main en enlevant d’une façon symbolique le soleil qui reflète sur la sueur de son visage. Mais c’est trop tard puisque l’acte est déjà commis.

 

 “J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux” : Le roman prend un tournure poétique et philosophique parce que Meursault se rend compte du bonheur qu’il avait seulement lorsqu’il ne l’a plus. La plage est une métaphore de sa vie et le silence représente l’harmonie et donc le bonheur.

 

 “Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.”: Meursault sait que ce qu’il fait est très mal. Il comprend que sa vie ne sera plus jamais la même, qu’aucun retour en arrière n’est possible désormais.

Analyse du plaidoyer du procureur, De «Même sur un banc d’accusé» à «pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable». Comment l’attitude de Meursault pose-t-elle un problème à la société ?

I) Un homme en rupture avec la morale conventionnelle

Tout d'abord Meursault est un homme sans émotions, sans coeur: “il a rappelé mon insensibilité […] mon bain du lendemain avec une femme”. Le personnage ne se comporte pas comme l'exige la bienséance après un deuil. Il n’a pas pleuré ni témoigné d’affliction suite au décès de sa mère. Ensuite lors de son procès, il attend que les avocats lui révèlent qui il est. Ce qui montre qu'il n'a pas accès à ses émotions : “il est toujours intéressant d'entendre parler de soi”. De plus Meursault regarde son procès tel un spectateur: “L'avocat levait les bras [...] mais sans excuses”. Il regarde les plaidoiries comme si c'était un théâtre de marionnettes. Il risque pourtant la peine de mort. À cause de ce comportement, récurrent tout au long de sa vie, c'est sa personnalité qui est jugée et non son crime: “C'est homme est intelligent [...] on ne peut pas dire qu'il a agi sans se rendre compte de ce qu'il faisait.” Personne ne comprend pourquoi Meursault a commis ce crime avec un tel acharnement. C’est un procès absurde car il est condamné à cause de son intelligence perçue comme machiavélique : “comment les qualités d’un homme ordinaire pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable”.

 

II) Un homme coupé du monde 

Meursault ne comprend pas pourquoi on lui reproche d’être intelligent : “Mais je ne comprenais pas [...] pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable”. Il est accusé mais n'a pas le droit à la parole : “Taisez-vous, cela vaut mieux pour votre affaire”. Meursault fait de grands discours mais dans sa tête, auxquels nous assistons grâce à la focalisation interne. il a envie de parler mais il n’a pas d'argument : “Mais réflexion faite, je n’avais rien à dire”. Il est tellement détaché du procès qu'il finit par penser que le procureur a raison dans sa façon de voir les choses “ce qu'il disait était plausible”. Ainsi, il n'essaie pas de comprendre ce qu'il se passe alors qu'on est en train de le condamner à mort : “la plaidoirie du procureur m’a très vite lassée.” Meursault est donc un étranger à son propre procès. On peut aussi penser que le procureur décide que Meursault mérite la peine à mort, et est prêt à tout pour démontrer les circonstances aggravantes qui dans la réalité des faits n’existent pas : il joue à être dieu.

Analyse du plaidoyer de l’avocat, De « L'après-midi, les grands ventilateurs brassaient toujours l'air épais de la salle et les petits éventails multicolores des jurés s'agitaient tous dans le même sens.» à «J'ai acquiescé, mais mon compliment n'était pas sincère, parce que j'étais trop fatigué.» Comment Camus utilise-t-il le procès pour révéler la personnalité singulière de Meursault ?

I) Le plaidoyer de l‘avocat

 

 “L'après-midi, les grands ventilateurs brassaient toujours l'air épais de la salle et les petits éventails multicolores des jurés s'agitaient tous dans le même sens.”- L’expression “brasser de l’air” signifie parler pour ne rien dire. Or ici, nous pouvons voir un jeu de mots : «brasser de l’air» désigne aussi les paroles interminable des jurés et des avocats au cours des procès.

 

 “À un moment donné, cependant, je l'ai écouté parce qu'il disait : « Il est vrai que j'ai tué. » Puis il a continué sur ce ton, disant « je » chaque fois qu'il parlait de moi.” - Le plaidoyer de l’avocat est surprenant : il utilise la première personne du singulier pour désigner Meursault  au lieu de la troisième personne du singulier. Par ailleurs, dès le début de son plaidoyer, l’avocat affirme que Meursault a commis le meurtre.

 

 “D'ailleurs, mon avocat m'a semblé ridicule. Il a plaidé la provocation très rapidement et puis lui aussi a parlé de mon âme.”- Au lieu de se focaliser sur son procès, Meursault se rend compte que son avocat est ridicule mais il est déjà trop tard pour s’interroger sur la qualité de sa plaidoirie.

 

 “Mais il m'a paru qu'il avait beaucoup moins de talent que le procureur.” - Meursault a une attitude de spectateur qui juge la qualité de la performances des comédiens, ici donc les avocats.  

 

 “Il y avait lu que j'étais un honnête homme, un travailleur régulier, infatigable, fidèle à la maison qui l'employait, aimé de tous et compatissant aux misères d'autrui.”- Toute sa plaidoirie est fondée sur une argumentation, basée sur les procédés de persuasion, fausse comme s’il l’avocat n’avait en vérité rien à dire pour sa défense.

 

 “Pour lui, j'étais un fils modèle qui avait soutenu sa mère aussi longtemps qu'il l'avait pu. Finalement j'avais espéré qu'une maison de retraite donnerait à la vieille femme le confort que mes moyens ne me permettaient pas de lui procurer.” - La plaidoirie est fondée sur un mensonge puisque Meursault a jeté sa mère à l'hospice et qu’il n’est jamais allé lui rendre visite sous prétexte qu’ils n’avaient rien à se dire.

 

 “« Je m'étonne, Messieurs, a-t-il ajouté, qu'on ait mené si grand bruit autour de cet asile. Car enfin, s'il fallait donner une preuve de l'utilité et de la grandeur de ces institutions, il faudrait bien dire que c'est l'État lui-même qui les subventionne.»”- L’avocat pour étayer son argumentation, fait l’éloge de l’hospice présenté comme un endroit très épanouissant.

 

 “Seulement, il n'a pas parlé de l'enterrement et j'ai senti que cela manquait dans sa plaidoirie.”- L’affirmation de Meursault est paradoxale puisqu’il n’a éprouvé aucun sentiment lors de l’enterrement de sa propre mère, ce qui va jouer en sa défaveur.

 

 II) Meursault étranger à son procès

 

 “La plaidoirie de mon avocat me semblait ne devoir jamais finir.”- Meursault devient véritablement étranger à son procès puisque pour lui, la plaidoirie de son avocat semble interminable. Il montre son indifférence au cours de son propre procès et ne compte que le temps.  

 

 “À un moment donné, cependant, je l'ai écouté parce qu'il disait : « Il est vrai que j'ai tué. » Puis il a continué sur ce ton, disant « je » chaque fois qu'il parlait de moi. J'étais très étonné. Je me suis penché vers un gendarme et je lui ai demandé pourquoi. Il m'a dit de me taire et, après un moment, il a ajouté : « Tous les avocats font ça. » Moi, j'ai pensé que c'était m'écarter encore de l'affaire, me réduire à zéro et, en un certain sens, se substituer à moi. Mais je crois que j'étais déjà très loin de cette salle d'audience.” -  Le narrateur est surpris par le choix de son avocat de parler à sa place et en son nom. Il est étranger à son propre procès puisqu’il laisse la question de sa vie ou de sa mort entre les mains de son avocat. Le narrateur semble comprendre que pour la première fois, malgré sa présence, il est absent de son procès.

 

 “D'ailleurs, mon avocat m'a semblé ridicule. Il a plaidé la provocation très rapidement et puis lui aussi a parlé de mon âme.”- Le lecteur s’interroge si Meursault a une âme car depuis le début du roman il ne montre aucun sentiment. L’avocat fonde ici sa plaidoirie sur un fait qui semble abstrait pour le lecteur.

 

 “« Moi aussi, a-t-il dit, je me suis penché sur cette âme, mais, contrairement à l'éminent représentant du ministère public, j'ai trouvé quelque chose et je puis dire que j'y ai lu à livre ouvert. »” - La métaphore du livre ouvert montre que l’avocat essaie de prouver que Meursault a une âme qu’il a appris à lire alors qu’en réalité Meursault n’est pas du tout simple à comprendre. Cette affirmation semble être fausse et paradoxale.   

 

 “Mais à cause de toutes ces longues phrases, de toutes ces journées et ces heures interminables pendant lesquelles on avait parlé de mon âme, j'ai eu l'impression que tout devenait comme une eau incolore où je trouvais le vertige.”- Meursault, au lieu d'apprécier le temps qui lui est  consacré, trouve son procès interminable. Il devient étranger à son procès comme il l’était à sa vie.

 

 “À la fin, je me souviens seulement que, de la rue et à travers tout l'espace des salles et des prétoires, pendant que mon avocat continuait à parler, la trompette d'un marchand de glace a résonné jusqu'à moi.”- Meursault a une véritable prise de conscience, il se rend compte du temps perdu.

 

 “J'ai été assailli des souvenirs d'une vie qui ne m'appartenait plus, mais où j'avais trouvé les plus pauvres et les plus tenaces de mes joies : des odeurs d'été, le quartier que j'aimais, un certain ciel du soir, le rire et les robes de Marie.”- Meursault s’évade de son procès pour se remémorer des passages de sa vie qui ne sont désormais plus qu’un lointain souvenir. Pour la première fois, il avoue son amour pour Marie, alors qu’auparavant, lorsqu’elle lui a posé la question à deux reprises, il avait répondu sèchement que non.  

 

 “Tout ce que je faisais d'inutile en ce lieu m'est alors remonté à la gorge et je n'ai eu qu'une hâte, c'est qu'on en finisse et que je retrouve ma cellule avec le sommeil.”- Après ce moment nostalgique où le lecteur avait espéré que Meursault avait changé, il redevient lui-même, indifférent à son procès, et qui ne cherche qu'à retrouver le sommeil dans sa cellule. Il essaye d'échapper à ses pensées. Il refuse de penser qu’il a gâché sa vie parce qu’il croyait qu’elle n’était pas intéressante.

 

 “C'est à peine si j'ai entendu mon avocat s'écrier, pour finir, que les jurés ne voudraient pas envoyer à la mort un travailleur honnête perdu par une minute d'égarement et demander les circonstances atténuantes pour un crime dont je traînais déjà, comme le plus sûr de mes châtiments, le remords éternel.” - Meursault avoue qu’il des remords parce qu’il a gâché sa vie mais pas pour avoir retiré la vie à un homme.  

 

 “J'ai entendu : « Magnifique, mon cher. » L'un d'eux m'a même pris à témoin : « Hein ? » m'a-t-il dit. J'ai acquiescé, mais mon compliment n'était pas sincère, parce que j'étais trop fatigué.”- Meursault est tiré de son imagination par des bruits qui marquent la fin de l'audience. Malgré les compliments des autres avocats, il est indifférent par la fin de l'audience, préoccupé  par sa fatigue.

 

 Pour conclure, l’attitude  de Meursault justifie le titre du roman. Ce dernier est étranger  à son propre procès, et laisse sa vie entre les mains de son avocat. De plus, son indifférence est révélée lors du procès qu’il qualifie comme interminable et sa volonté de se retirer dans sa cellule pour dormir et oublier la situation dans laquelle il se trouve. Le lecteur assiste un moment à sa prise de conscience mais qui est vite étouffée par son égoïsme.   

 

III) Un procès absurde

“En arrivant, le concierge m’a regardé et il a détourné les yeux. Il a répondu aux questions qu’on lui posait. Il a dit que je n’avais pas voulu voir maman, que j’avais fumé, que j’avais dormi et que j’avais pris du café au lait”: Ces premières lignes au discours indirect donne une impression de neutralité émotionnelle.  Les arguments à l’encontre de Meursault peuvent être interprétés dans les deux sens, on remarque qu'ils veulent absolument l’accuser. Cette énumération est présentée de manière brève comme si c'était d'égale importance. 

 

“J’ai senti alors quelque chose qui soulevait toute la salle et, pour la première fois, j’ai compris que j’étais coupable”: Pour la première fois Meursault sent de l'hostilité autour de lui et se rend compte qu'il va être condamné. 

 

“On a fait répéter au concierge l’histoire du café au lait et celle de la cigarette.”: ces deux arguments ne sont pas recevables pour condamner quelqu’un à mort. Camus veut dénoncer l'absurdité de la justice. 

 

“Rien, ai-je répondu, seulement que le témoin a raison. Il est vrai que je lui ai offert une cigarette”: le personnage ne s'implique pas beaucoup pour sa défense et prend ce procès à la légère. 

 

“Mais le procureur a tonné au-dessus de nos têtes et il a dit : « Oui, MM. les Jurés apprécieront. Et ils concluront qu’un étranger pouvait proposer du café, mais qu’un fils devait le refuser devant le corps de celle qui lui avait donné le jour. »”: Camus dénonce l'influence du procureur sur les jurés, si le procureur a décidé de condamner Meursault alors son sort est scellé. 

 

“Vous comprenez, moi-même j’avais trop de peine. Alors, je n’ai rien vu. C’était la peine qui m’empêchait de voir. Parce que c’était pour moi une très grosse peine. Et même, je me suis évanoui. Alors, je n’ai pas pu voir monsieur.”: le second témoin, Thomas Perez, perd tous ses moyens quand il est appelé à la barre. Cela montre que ce personnage est très émotif et ne peut servir contre Meursault. 

 

“Il a demandé à Pérez, sur un ton qui m’a semblé exagéré, « s’il avait vu que je ne pleurais pas ». Pérez a dit : « Non. » Le public a ri.”: l'avocat de Meursault veut humilier le témoin et veut ainsi montrer que l'argument est irrecevable et absurde. Dans un sens comme dans un autre, il n'y a pas d’arguments valable. 

 

“Voilà l’image de ce procès. Tout est vrai et rien n’est vrai ! »”: l’avocat de Meursault dit alors que dans ce procès tout se contredit et son client ne peut être accusé avec ces arguments. Il insiste alors sur le fait que ces arguments peuvent être interprétés différemment selon le point de vue qu’on choisit d’adopter. 

 

“Le procureur avait le visage fermé et piquait un crayon dans les titres de ses dossiers.”: malgré le manque d'arguments lors de ce procès le procureur a déjà pris sa décision et ne reviendra pas dessus. 

 

Ce procès est absurde, les arguments ne sont pas valables devant un tribunal. Camus critique la justice en montrant qu'elle est facilement influençable et et que les décisions ne sont prises que par une personne. 

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