La Divine comédie de Dante : Le Paradis Résumé et analyse

La Divine comédie de Dante : Le Paradis Résumé et analyse

 

Les Cieux Inférieurs : Cantos 1-9

Le Paradis reprend là où le Purgatoire s'est arrêté. Debout au sommet du purgatoire, Dante et Béatrice montent au ciel, imaginées comme une série de "sphères" célestes. Les trois premières de ces sphères, connues sous le nom de cieux inférieurs, contiennent des âmes qui ont été visiblement en deçà de la perfection dans une vertu ou une autre. La sphère de la lune (le premier ciel) contient l'inconstant, ceux qui sont revenus sur les vœux qu'ils avaient faits à Dieu. Le deuxième ciel, Mercure, abrite des âmes ambitieuses - celles qui, dépourvues d'un sens mûr de la justice, ont accompli de bonnes actions pour des raisons égoïstes. Dans le troisième ciel, la sphère de Vénus, Dante rencontre des âmes dont les passions sexuelles débridées les ont conduites au péché. Ces âmes reconnaissent leurs échecs passés, mais elles le font joyeusement depuis qu'elles ont été pardonnées et admises dans les joies éternelles du Ciel.

 

Les cieux planétaires : Cantos 10-22

Dans les cantos du milieu du Paradis, Dante monte à travers quatre autres niveaux du Ciel, chacun consacré à une seule vertu cardinale. Dans la sphère du soleil (le quatrième ciel), il rencontre les âmes des sages (ou des prudents), y compris les saints frères Thomas d'Aquin et Bonaventure. Le cinquième ciel, la sphère de Mars, contient les âmes des courageux. Ses habitants comprennent des guerriers notables de l'époque biblique jusqu'au Moyen Âge. Est également présent l'arrière-arrière-arrière-grand-père de Dante, Cacciaguida, qui avertit le poète de son exil imminent de Florence.

La sphère de Jupiter, le sixième ciel, est consacrée à la vertu de justice. Ici, Dante rencontre les âmes de dirigeants justes, qui convergent vers la forme d'une tête d'aigle et lui parlent comme un chœur. Dante est surpris par la présence de certaines figures "païennes" (c'est-à-dire préchrétiennes), mais celles-ci ne font que montrer à quel point le fonctionnement de la justice divine peut être mystérieux. Enfin, dans le septième ciel - Saturne - Dante rencontre les contemplatifs, qui incarnent la vertu de la tempérance. Son guide dans cette sphère est Peter Damian, un moine du XIe siècle remarquable pour ses efforts pour réformer l'Église scandalisée de son époque.

 

Les Cieux Supérieurs : Cantos 22-29

Dante progresse maintenant vers les deux couches supérieures du Ciel, connues sous le nom d'étoiles fixes et de Primum Mobile. Les étoiles fixes (le huitième ciel) correspondent aux vertus théologiques de la foi, de l'espérance et de la charité (c'est-à-dire de l'amour), tout comme les cieux planétaires représentaient chacun une vertu cardinale. À son arrivée, Dante est interrogé par trois saints de l'Église primitive, dont chacun cherche à tester sa maturité dans une vertu théologique spécifique. Pierre, traditionnellement décrit comme le portier du Ciel, interroge Dante sur la nature de la foi. Jacques examine ensuite Dante dans la vertu de l'espérance, ce qui signifie, dans un contexte chrétien, l'espérance d'une union éternelle avec Dieu. Enfin, Dante est interrogé sur la vertu de l'amour par Jean (Saint Jean l'Évangéliste).

Après avoir "réussi" ces trois examens, Dante monte au Primum Mobile (en latin pour "premier déplacé"). C'est la sphère extérieure qui, à l'époque de Dante, était censée fonctionner comme le "ressort principal" du cosmos, déplaçant invisiblement les planètes et les étoiles. Ici, Dante voit les neuf chœurs d'anges et commente leur rôle dans la création et le maintien de l'univers physique.

 

L'Empyreen : Cantos 30–33

Le ciel, rappelle maintenant Dante au lecteur, est un état d'être en dehors du temps et de l'espace - pas un endroit dans le ciel réel, aussi exalté soit-il. En atteignant l'Empyre, Dante sort de l'univers physique pour voir toute la cour des saints et des anges rassemblés autour de la présence de Dieu. Les saints sont disposés en anneaux concentriques qui apparaissent, pour Dante, comme les pétales d'une rose blanche lumineuse. Entre les pétales, les anges se pressent comme d'innombrables abeilles.

Ayant amené Dante jusqu'à présent, Béatrice prend son trône parmi les autres âmes bénies. Elle le laisse aux soins de Bernard, un saint célèbre pour sa dévotion à la Vierge Marie. Bernard souligne la place exaltée de Marie parmi les saints ; dans la cour céleste, elle est intronisée directement au-dessus de la présence divine. Enfin, après que Bernard ait prononcé une prière au nom de Dante à Marie, Dante regarde directement la présence de Dieu. Envoûté au-delà des mots, il termine le poème en contemplant "l'amour qui déplace le soleil et d'autres étoiles". La dernière ligne rappelle à la fois la première ligne du Paradis ainsi que les lignes finales de l'Enfer et du Purgatoire afin que toute la Commedia ait son unité circulaire.

 

L'Ordre Cosmique

Chaque cantique de la Divine Comédie se termine par une allusion aux "étoiles" - le cosmos physique qui, pour Dante, contient et délimite l'expérience humaine. Dans l'Enfer, les étoiles sont un spectacle étonnamment familier à la fin d'un séjour poignant à travers l'Enfer. Les voir remplit Dante de soulagement alors qu'il percelle la surface de la Terre après des jours dans le monde souterrain. Au Purgatoire, qui se déroule sur une vaste montagne en terrasses, les étoiles servent de moyen de marquer le temps et donc de lier la pénitence des âmes au fonctionnement physique de l'univers. Enfin, à la fin du Paradis, Dante décrit la présence de Dieu comme un "amour qui émeut le soleil et les autres étoiles". La providence de Dieu, en d'autres termes, est la force qui met toutes les étoiles en mouvement - ou, en d'autres termes, les retournements ordonnés des étoiles sont un signe visible de cette providence. Visiter les étoiles, comme le fait Dante au Paradis, est donc une expérience profondément rassurante pour le poète. Il quitte derrière lui la Terre, un endroit où Dieu est parfois difficile à trouver, et entre dans un royaume où l'œuvre de Dieu est - pour Dante - indubitable.

Tout au long des 27 premiers cantos du Paradis, la visite allégorique de Dante au Ciel est cartographiée sur la structure physique familière du système solaire. L'astronomie médiévale (voir la section Contexte) avait tendance à assumer un modèle géocentrique de l'univers, avec la lune, le soleil, les planètes et les étoiles en orbite autour de la Terre. Dans la vision du monde de Dante, l'humanité est donc au centre de l'univers physique, qui a été providentiellement disposé pour le bénéfice de l'humanité par Dieu. Il est donc logique pour Dante de considérer les corps extérieurs de ce système comme "plus hauts" ou, en quelque sorte, comme "plus divins" que ceux de la Terre la plus proche. Saturne est lointaine et mystérieuse, un foyer approprié pour les contemplatifs religieux, alors que la lune est familière et banale, du moins en comparaison.

Dès le début, cependant, Dante avertit que cette "carte" céleste est une simple métaphore de l'ordre que Dieu a imprimé sur l'univers. Les âmes du Ciel, comme le voit Dante, ne vivent pas vraiment dans la lune ou le soleil. Ces réalités concrètes sont plutôt présentées à Dante afin qu'il puisse contempler, une par une, les vertus qui font un saint. Les planètes et les étoiles avec leur mouvement régulier peuvent en effet, pour Dante, être une merveille trop grande pour être expliquée sans avoir recours à un Miracle divin. La vraie merveille, cependant, est la réalité morale qui sous-tend la réalité physique. Les orbites planétaires sont, selon Dante, brutes et mécaniques par rapport au fonctionnement mystérieux du destin dans la vie de l'humanité.

Dans le Primum Mobile, Dante voit une vision différente de l'ordre divin, cette fois avec Dieu plutôt qu'avec l'humanité au centre. Encore une fois, cependant, Dante se montre capable de comprendre les points et les cercles - les images physiques - comme une métaphore d'une réalité métaphysique. Dieu n'est pas "vraiment" un point de lumière, en ce qui concerne Dante ; les anges ne passent pas non plus "vraiment" l'éternité à se promener en rond. Cette vision parfaitement schématique de la hiérarchie angélique permet à Dante d'exprimer une vérité spirituelle. Le mouvement physique - dans ce cas, le mouvement angulaire - reflète l'acuité de l'intellect des anges et le zèle dont Dieu les a dotés. La distance sert à séparer les anges en groupes facilement discernables.

Dans l'Empyrean, Dante fait l'expérience d'une version encore plus intense de la dichotomie entre la réalité apparente et la vérité sous-jacente. Encore une fois, il voit Dieu au centre d'un ensemble d'anneaux concentriques, cette fois fantaisistes dépeints comme les pétales d'une rose. Pourtant, l'Empyrean - le vrai Ciel, du point de vue de Dante - se trouve tout à fait en dehors des contraintes normales du temps et de l'espace. Toute tentative d'orienter ses habitants dans l'espace est donc une analogie, destinée à déplacer les expériences visionnaires de Dante dans les canaux limités du langage. Tout au long de la Comédie, mais en particulier au Paradis, et surtout dans l'Empyre - l'ordre, la symétrie et la hiérarchie sont interprétés comme des preuves de la présence de Dieu. Les notions de distance physique et de proximité ne servent qu'à rendre ces concepts plus concrets.

 

L'ineffable

Dante utilise un riche vocabulaire de métaphores physiques pour communiquer sa vision du Ciel. Le revers de la médaille de cette pièce est que les paroles de Dante ne peuvent que faire grand-chose. En de nombreux points du Paradis, Dante est forcé de reconnaître l'insuffisance du langage. Il peut dire à quoi ressemble le Ciel mais pas ce qu'est le Ciel. Dans les toutes premières lignes de la cantique, il avertit le lecteur d'accepter cette lacune comme étant, en substance, le prix d'entrée. Alors que l'âme se rapproche de Dieu, il met en garde, "notre intellect s'enfonce tellement dans le profond / aucun souvenir ne peut le suivre aussi loin".

À plusieurs moments dans les cantos suivants, Dante s'excusera à nouveau pour les limites de son verset, mais toujours avec la compréhension qu'il entreprend de décrire l'indescriptible - et donc, en un sens, voué à l'échec dès le début. Le problème est aggravé par le fait que Dante tente de rapporter ses expériences ici sur Terre, où les joies du Ciel ne sont capturées que fugacement et imparfaitement récupérées. La mémoire devient le seul outil peu fiable du poète pour évoquer ces anciens états d'esprit. Pourtant, Dante est capable de trouver une sorte de beauté même dans ses échecs, dans la mesure où ceux-ci lui rappellent des réalités trop grandes pour être capturées avec un stylo. Dans une ligne particulièrement fraîche et lyrique (Canto 20), il essaie de se rappeler une chanson entendue au Ciel, mais la trouve "glides comme si elle tombait des feuilles de mémoire".

Parfois, les appels de Dante à l'ineffable sont presque romantiques, comme quand il écrit sur le sourire de Béatrice dans Canto 23. Il dit que même s'il avait l'aide des Muses, il "n'atteindrait toujours pas un millième de la vérité".

À d'autres moments, cependant, les gestes d'abandon de Dante transmettent effectivement la sublimité de ce qu'il a entrevu. Dante est, pourrait-on dire, intoxiqué par le divin alors qu'il saisit pour qu'une image s'accroche. Les saints deviennent des fleurs, des torches, des foudres - tout ce qui pourrait donner au lecteur de Dante la moindre idée de la beauté, de la luminosité et de la puissance de la chose réelle.

Dans l'Empyréen, alors que Dante s'approche de la présence divine et ose finalement la voir directement, ces confrontations avec l'inexprimable deviennent de plus en plus fréquentes. Avec la bénédiction de la Vierge Marie, Dante jouit d'un privilège rarement accordé aux humains - celui de regarder Dieu sans périr sur place dans les cendres. Vers la fin de Canto 33, il commence même à rapporter ce qu'il voit dans le centre lumineux du Ciel. En fin de compte, cependant, Dante est forcé d'abandonner même en essayant d'exprimer ses visions en mots. Débordé, il abandonne son intellect même à Dieu. Ainsi, le Paradis se termine comme il a commencé, avec les pouvoirs d'imagination de Dante joyeusement vaincus par la grandeur de son sujet.

 

Justice divine

Des sept vertus discutées au Paradis, la justice semble être celle qui préoccupe le plus Dante. Dans le ciel de Jupiter, où résident les justes, Dante est naturellement préoccupé par les questions d'équité et d'équanimité, en particulier dans la mesure où elles s'appliquent à la vie politique humaine. Il utilise le symbole du juge Aigle (voir la section Symboles) pour inclure une illustre liste de dirigeants d'âges passés, qui incarnaient tous d'une manière ou d'une autre la vertu de la justice. L'Aigle lance également un "appel de roulement" de dirigeants injustes, y compris de nombreuses figures de l'époque de Dante.

Pourtant, les préoccupations de justice ne se limitent pas à Cantos 18-20, où Jupiter et l'Aigle apparaissent. En effet, les questions de Dante sur le fonctionnement de la justice divine imprègnent le poème, du Ciel de la lune (Canto 4) à l'Empyréen (Canto 32). Dante veut savoir pourquoi la justice de Dieu semble si souvent injuste d'un point de vue humain - pourquoi les vertueux semblent être punis et les méchants récompensés. Les réponses qu'il reçoit sont souvent si abstraites qu'elles sont frustrantes, du moins pour un lecteur moderne. Dante lui-même semble généralement satisfait des explications des saints. Dans la sphère de la lune, par exemple, il apprend que ceux qui rompent les vœux "contre leur volonté" sont toujours considérés comme coupables, dans la mesure où ils n'ont pas pris les vœux assez au sérieux. Dans la sphère de Jupiter, il entend parler de "païens" qui ont été admis au Ciel sur une technicité miraculeuse tandis que leurs compagnons non chrétiens ont été affectés à l'Enfer. Dans l'Empyrean, on lui dit que Dieu crée des enfants dont les prédispositions morales diffèrent, tout comme leur couleur de cheveux ou d'autres traits visibles. Si ces enfants meurent avant l'âge de la raison, Dieu leur attribue un rang au Ciel basé sur les différences morales qu'il a lui-même créées.

Pour Dante, la leçon dans tout cela n'est pas que Dieu est injuste, même si cela peut souvent sembler le cas de l'extérieur. Au contraire, suppose Dante, la justice de Dieu est impénétrable - impossible, comme sa gloire ou sa miséricorde, pour qu'un esprit humain puisse donner un sens. Dans Canto 19, le juge Eagle encourage Dante dans cette ligne de pensée en mettant l'accent sur les limites du raisonnement humain :

Eh bien, qui es-tu pour t'asseoir là sur ton trône,

juge par intérim à des milliers de kilomètres ?

Bien que Dante accepte ce genre de coups de sourcils, il ne renonce pas à ses tentatives de comprendre la justice divine. Il continue plutôt à soulever des questions d'équité et d'injustice, de bien et de mal, jusqu'à l'avant-dernier canto du poème. Les réponses peuvent souvent être décevantes, mais les questions elles-mêmes en révèlent beaucoup sur Dante en tant que poète et pèlerin. En effet, la quête de justice de Dante tout au long de la Divine Comédie est parallèle à l'une de ses préoccupations les plus profondes de toute une vie en tant qu'écrivain. En tant que politicien florentin et, plus tard, réfugié, Dante est resté fermement convaincu des injustices commises par ses ennemis. Il aspirait à voir ces torts vengés, sinon sur Terre, puis dans l'au-delà.

 

Dans plusieurs sphères du Paradis, les âmes des saints et des anges se rassemblent en formes distinctives. Chaque âme, représentée comme un seul point de lumière, prend sa place dans une sorte de formation de forage céleste conçue pour dramatiser une vertu spécifique. Les âmes au soleil, par exemple, prennent part à une danse ordonnée et toujours tournante représentant la sagesse. Ceux qui sont sur Mars forment une croix, symbole non seulement du christianisme mais aussi du sacrifice rédempteur du Christ. Dans la sphère de Jupiter, ils prennent la forme d'un aigle, une image que Dante associe à la justice terrestre. Les formes symboliques les plus importantes sont discutées plus en détail ci-dessous.

 

Croix

Lorsque Dante atteint la sphère de Mars, il voit une grande croix ornée de bijoux, formée à partir des lumières étincelantes des âmes individuelles. Mars est la sphère du courage, et ce n'est pas un hasard si elle présente l'imagerie croisée la plus importante de toutes les régions du Paradis. Alors que Dante parle avec son ancêtre Cacciaguida et apprend les autres âmes qui peuplent la sphère de Mars, une définition du courage commence à se développer. Selon Dante, le courage n'est pas simplement de risquer sa vie et ses membres, ou de vaincre son ennemi au combat, mais de se sacrifier volontairement à un but supérieur, en luttant pour la cause de Dieu. Ainsi, pour Dante, les croisés comme Cacciaguida sont courageux d'une manière plus moralement significative que ne le sont les mercenaires, ou les soldats au service d'un roi terrestre. Ses versions de l'enfer et du purgatoire sont, en fait, pleines de gens qui se sont battus courageusement, mais pour les mauvaises raisons.

La Bible contient de nombreuses histoires de courage moral, du monothéisme provocateur du prophète Daniel au martyre de saint Étienne. L'exemple ultime d'un tel courage, cependant - du moins d'un point de vue chrétien - est la soumission volontaire de Jésus à la Crucifixion. Une croix apparaît donc sur Mars comme un phare de la vraie vaillance qui se sacrifie. De plus, en se formant visuellement en forme de croix, les âmes de cette sphère unissent leurs sacrifices à ceux du Christ. Dans toute la mesure où ils le peuvent, ils participent à Son courage, tout comme les âmes de l'Empyréen participent à la gloire de Dieu.

 

Aigle

Dans la sphère de Jupiter, les âmes prennent une forme plus élaborée : celle de la tête et du cou d'un grand aigle royal. Cette remarquable créature anthropomorphe parle au nom de toutes les âmes de la sphère, qui abandonnent leur individualité pendant un certain temps et s'adressent à Dante comme un chœur. En choisissant l'Aigle pour représenter la justice, Dante s'appuie sur l'ancienne association symbolique entre les aigles et Rome. Les étendards (drapeaux ou fanions attachés aux mâts) des légions républicaines romaines - et plus tard ceux de l'Empire romain - étaient couronnés de figures d'aigle, connues en latin sous le nom d'aquilas. En tant que symbole central de l'armée qui a soumis une grande partie du monde occidental, l'aigle est rapidement devenu un symbole de l'autorité romaine en général, y compris l'autorité de ses lois et de ses tribunaux. Rome, pour Dante, est le site terrestre suprême de l'autorité séculière et spirituelle (voir la section Contexte). Ainsi, il est naturel pour lui d'utiliser son emblème comme la "masque" de la domination juste.

Des images similaires refont surface dans le Canto 26, où Jean l'Évangéliste est appelé "le grand Aigle du Christ". C'est une allusion aux "quatre êtres vivants" qui sont mentionnés dans le livre biblique d'Ézéchiel dans le cadre d'une vision. Chaque créature est décrite comme ayant quatre visages - ceux d'un homme, d'un lion, d'un bœuf et d'un aigle. Avec l'avènement du christianisme, ces figures ont été réinterprétées comme des symboles des quatre évangélistes, préfigurant la diffusion des Évangiles des siècles à l'avance. La correspondance entre l'auteur et la créature variait d'une source à l'autre, mais Dante suit Augustin d'Hippone, Jérôme et d'autres premiers pères de l'Église pour identifier Jean comme l'aigle.

Diverses explications ont été données pour attribuer le symbole de l'aigle à Jean, comme la plupart des auteurs ont suivi Thomas d'Aquin et Dante en faisant. Un trait distinctement "comme un aigle" de l'Évangile de Jean est sa qualité lyrique "envolée", contrairement au récit plus détaillé et plus explicatif de la vie du Christ que l'on trouve dans les Évangiles. On a également dit que l'Évangile de Jean "s'envolait" en mettant l'accent sur l'Incarnation, le mystère du "Parole fait chair" énoncé dans ses versets d'ouverture. De plus, à l'époque médiévale, on croyait que les aigles étaient capables de regarder directement dans le soleil sans nuire - un exploit les distinguant des autres animaux. Loin d'aveugler l'aigle, on pensait que l'observation du soleil aiguisait sa vue, contribuant à ses fameuses prouesses en tant qu'oiseau de proie. Ainsi, en appelant Jean un aigle, Dante lui attribue une extraordinaire acuité de vision spirituelle, même selon les normes d'un saint.

 

Rose

Lorsque Dante arrive à l'Empyrean, il laisse nominalement le temps et l'espace derrière lui. Cependant, il se trouve toujours dépendant des images visuelles pour capturer - ou du moins pour faire un geste vers - la vraie nature du Paradis. Dieu, qui est omniscient et donc parfaitement conscient des limites de Dante, rend la cour du Ciel visible pour le poète comme une énorme rose blanche sans tache. Dieu est assis au centre, les saints forment les pétales concentriques, et les anges voyagent d'une couche à l'autre comme d'innombrables abeilles.

En surface, la rose peut sembler un emblème approprié pour le Ciel simplement parce que - à l'époque de Dante comme encore aujourd'hui - elle représente la beauté. Dante, cependant, avait probablement à l'esprit des aspects plus spécifiques du symbolisme de la rose lorsqu'il a écrit Paradise. Dans les Écritures hébraïques, le prophète Isaïe promet que « le désert se réjouira et fleurira comme la rose ». Les roses symbolisent ainsi l'accomplissement et l'épanouissement, en particulier l'accomplissement d'une promesse qui semble improbable. La rose du Ciel, comme la fleur métaphorique d'Isaïe, émerge d'un "désert" qui lui est propre : la Terre, laissée stérile par le péché originel dans lequel aucune rose ne peut fleurir. L'imagerie de la rose est rare ailleurs dans la Bible, bien que des fleurs de toutes sortes puissent être trouvées dans le Cantique de Salomon sensuellement poétique.

Dès les premiers siècles du christianisme, la rose a également été associée à la Vierge Marie, qui occupe en effet la place d'honneur dans la cour céleste. Saint Ambroise, un père de l'Église du IVe siècle, a imaginé que les roses d'Eden étaient sans épines jusqu'à la chute de l'humanité. Marie, qui, dans l'enseignement catholique, a été épargnée du péché originel pour devenir la mère de Dieu, a donc été populairement comparée à un "sussus sans épines". En imaginant toute la cour comme une rose - et une rose sans épines - Dante incorpore peut-être un autre trait d'imagerie mariale dans son poème.

Enfin, l'image d'une rose sert à exprimer la qualité vivante et croissante de la cour céleste. Bien que l'Empyrean soit ostensiblement intemporel, son nombre de membres augmente en effet au fil du temps à mesure que des âmes fidèles meurent dans la grâce de Dieu ou "diplômées" du Purgatoire. InCanto 32 Saint Bernard souligne même certains des "sièges réservés" et informe Dante des futurs occupants du Ciel. La qualité "inachevée", cependant, ne diminue en rien la beauté ou la perfection du Ciel aux yeux de Dante. Comme une rose, elle est parfaite alors qu'elle est encore en fleurs, et comme le Ciel lui-même, ne s'estompera pas.

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Commentaires: 1
  • #1

    kiki (mercredi, 27 avril 2022 22:38)

    j'ai decouvert Dante grace a un live twitch de squezzi