Les Lais de Marie de France Résumé et explication

Les Lais de Marie de France Résumé et explication

 

L'amour comme souffrance

Les romances médiévales et les lais présentent l'amour comme l'une des forces les plus puissantes sur terre. Les personnages dans le lai n'atteignent le vrai bonheur dans l'amour qu'après s'être battus et souffert pour lui. Souvent, cette souffrance se manifeste de manière physique. Le narrateur de "Guigemar" dit que l'amour vient de la nature, affligeant les amants comme une maladie. Le héros Guigemar et l'amant survivant dans "Chaitivel" subissent tous deux des blessures invalidantes à la cuisse. Pourtant, leur douleur physique n'est rien comparée à l'agonie psychologique qu'ils ressentent quand ils ne peuvent pas être avec leurs amants. Les protagonistes Equitan et Lanval sont incapables de dormir, de manger ou de boire quand l'amour les consomme. Désespérés que leur douleur disparaisse, certains personnages veulent mourir si leur amour n'est pas partagé, comme Guilliadun dans "Eliduc".

Néanmoins, le véritable amour en vaut presque toujours la peine, et les amants persévèrent malgré de grands obstacles. Certains couples échouent. Le jeune chevalier dans "Les Deus Amanz", par exemple, essaie de maîtriser un défi physique pour gagner sa dame, mais la fierté conduit à sa chute. Les amoureux de "Milun" gardent leur relation secrète en vie pendant deux décennies à travers des lettres de contrebande. Le chevalier Tristan et la reine qui l'aime dans "Chèvrefeuille" conçoivent également une méthode de communication secrète. "Guigemar" et "Yonec" mettent chacun en scène une femme qui échappe à un piège tendu par son mari jaloux pour retrouver son amant.

Souvent, les amants sont opposés à une société qui les sépare. Dans plusieurs lais - y compris "Equitan", "Chèvrefeuille" et "Laüstic" - la femme est dans un mariage malheureux. Elle et son amant font face à de graves conséquences s'ils sont découverts. D'autres protagonistes sont tiraillés entre leurs obligations sociales et leurs devoirs d'amoureux. Pour rester fidèle à son amour secret dans "Lanval", Lanval doit rejeter les avances de la reine et risquer d'insulter un supérieur. Gurun dans "Le Fresne" fait face aux critiques de ses chevaliers pour avoir aimé le vertueux mais pauvre Le Fresne. Finalement, il cède à leur demande d'épouser une noble. Eliduc, déchiré entre sa femme et sa maîtresse, sait que la religion chrétienne ne lui permettra pas de quitter son mariage. Les lais dépeignent les forces sociales comme des obstacles nuisibles à l'amour. A moins que les amants ne soient méchants ou désespérément imparfaits, le narrateur est du côté des amants.

 

Importance de la loyauté

Le code de l'amour courtois exigeait qu'un chevalier reste fidèle à sa dame à tout prix. Bien que la passion physique ait été une partie importante de l'amour, un véritable amoureux courtois était motivé par le respect et l'admiration. La loyauté est souvent douloureuse à court terme pour les amoureux qui sont séparés, mais ils sont récompensés au fil du temps. Eliduc reste émotionnellement fidèle à son amour Guilliadun dans "Eliduc", tenant sa promesse de revenir pour elle. Il finit par l'épouser après avoir reçu la bénédiction de sa femme. La loyauté de Lanval envers son amour invisible a un coût quand il est traduit en justice par Arthur et sa reine. Mais sa maîtresse se présente à la dernière minute pour le sauver et récompenser son dévouement. Les dames Le Fresne et Guildelüec sont des exemples de loyauté désintéressée. Leur première allégeance est à l'idée du véritable amour lui-même. Chaque femme sacrifie une chance d'être avec l'homme qu'elle aime quand elle croit qu'il a trouvé une vraie romance ailleurs. Le Fresne gagne sa maîtresse à la fin lorsque sa véritable identité est révélée. Guildelüec en vient à comprendre le dévouement supérieur de son mari quand elle voit son amant, Guilliadun.

Tout comme la loyauté est récompensée, la trahison et la cruauté sont punies. L'adultère ne signifie pas toujours déloyauté dans les lais. Les partenaires mariés ne sont pas nécessairement des amants destinés les uns aux autres. Ils sont souvent mariés pour des raisons économiques et politiques. Par exemple, le vieux mari de "Yonec" épouse une noble femme beaucoup plus jeune dans l'espoir d'hériter de ses terres. Yonec, le fils de la noble et de son amant Muldumarec, finit par assassiner son beau-père pour avoir saboté le véritable amour et le bonheur de ses parents. Les épouses déloyales qui cherchent à nuire à leur mari font face à des conséquences plus immédiates dans "Bisclavret" et "Equitan", dans lesquels les maris lésés rendent justice.

 

Séparation et réunion

La plupart des lais mettent en scène des amants séparés ou des membres de la famille qui se retrouvent par l'effort, le hasard ou les orchestrations du destin. Le thème met l'accent sur la capacité de l'amour à transcender le temps, la distance et les épreuves. Il montre également comment le sang aristocratique se révèle malgré les changements de circonstances.

Les enfants sont séparés de leurs nobles parents biologiques dans "Le Fresne", "Milun" et "Yonec". Chaque enfant connaît ses ancêtres, et chacun doit surmonter les défis avant de récolter les fruits de son héritage. Le Fresne, élevé dans une abbaye, regarde son véritable amour, Gurun, épouser une noble sans savoir que la femme est sa sœur. Mais le service patient de Le Fresne à Gurun impressionne sa mère avant même qu'elle sache que Le Fresne est son enfant. De même, Milun apprend les compétences de son fils en tant que chevalier avant de savoir que le célèbre jeune chevalier est son fils. Le père et le fils doivent se rencontrer en tant qu'ennemis et concurrents avant de se réunir en famille.

"Yonec" et "Bisclavret" montrent des retrouvailles motivées à la fois par le destin et la vengeance. Yonec ne rencontre jamais son père Muldumarec, qui est tué avant sa naissance. Mais il accomplit son destin de venger la mort de Muldumarec et de prendre la place de son père en tant que seigneur d'un domaine. Après que la femme infidèle de Bisclavret l'ait transformé définitivement en loup-garou, il retourne vers elle et se venge vicieusement.

Les amoureux de "Milun", "Eliduc", "Guigemar" et "Chevrefeuille" se réunissent après de longues et difficiles séparations forcées.Guigemar et Milun cachent leur amour pour protéger leurs dames, qui sont mariées à d'autres hommes. Eliduc doit quitter sa femme et sa maîtresse pendant de longues périodes alors qu'il négocie ses loyautés divisées. Cependant, que les amants soient ensemble ou séparés, les récits montrent qu'ils sont faits les uns pour les autres. Guigemar et son amour assurent la loyauté en concevant des défis physiques que seule l'autre personne peut accomplir. Tristan et la reine dans "Chèvrefeuille" sont comparés au chèvrefeuille et à la branche noisetier - deux plantes dépendantes l'une de l'autre pour survivre. L'amant de Lanval revient juste au moment où il pense l'avoir perdue pour toujours et juste à temps pour l'empêcher d'être condamné par le tribunal.

 

Anneaux

Les anneaux symbolisent la dévotion et la promesse de retrouvailles. Ils révèlent souvent la véritable identité d'un être cher. Le Fresne et Milun, deux enfants renvoyés de leurs parents biologiques, ont des anneaux pour leur rappeler leur noble héritage. Dans chaque cas, l'anneau permet au parent éloigné de l'enfant de le reconnaître lorsqu'il se rencontre enfin. La réunion est préfigurée dans "Le Fresne" lorsque la jeune femme prend sa bague quand elle va vivre avec son amant, Gurun. Elle sait que des preuves de son héritage pourraient être utiles même si elle ne peut pas prévoir à quel point elles seront utiles.

Les amoureux échangent des bagues pour signifier un engagement. Avant sa mort dans "Yonec", Muldumarec donne à son amant un anneau magique pour effacer le souvenir de son mari de leur affaire. La bague signifie également la loyauté des amants qui dure au-delà de la tombe. Guilliadun envoie à Eliduc une bague en or dans "Eliduc" en signe d'espoir de son affection, mettant en branle la véritable relation amoureuse du poème.

 

Oiseaux

Les oiseaux représentent le rêve ou l'idéal du véritable amour. "Yonec" et "Laüstic" se déroule au printemps et en été, saisons associées à la transformation et à la beauté de la nature. Le narrateur de "Laüstic" dit que l'été et le chant des oiseaux font inévitablement penser les amoureux à la passion.

Dans "Yonec", "Milun" et "Laüstic", les oiseaux gardent les amoureux connectés quand ils ne peuvent pas être physiquement ensemble. Muldumarec, l'amant magique de la cour de "Yonec", ne peut entrer dans les chambres de sa dame déguisée en faucon pour éviter d'être détectée par son mari. Habituellement un oiseau prédateur, le faucon devient une démonstration de la fidélité d'un amant dans des circonstances difficiles. Le cygne de "Milun" fournit un service similaire aux amoureux éloignés, qui font passer des lettres sous ses plumes tout au long d'une séparation de 20 ans. Le rossignol de "Laüstic" devient un moyen pour une dame malheureuse de profiter de la beauté de la nature ainsi qu'une excuse pour communiquer avec son amant par la fenêtre. Son amant prouve le sérieux de son engagement après que le mari de la dame a tué l'oiseau en enchâssant le rossignol dans une boîte en or. Il garde toujours la boîte avec lui comme symbole de son amour durable.

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