Analyse du Tartuffe de Molière

Analyse du Tartuffe de Molière

 

Hypocrisie

Le thème principal de Tartuffe est l'hypocrisie - faire semblant d'être quelque chose que l'on n'est pas ou prétendre croire quelque chose que l'on n'est pas. Certains personnages de la pièce sont sciemment hypocrites - Tarteffe, l'invisible Laurent et Monsieur Loyal. D'autres personnages, comme Orgon et sa mère, ne reconnaissent pas leur propre hypocrisie.

Tartuffe et son serviteur, Laurent, sont des voleurs et des escrocs ; ils exploitent leurs victimes en lançant des escroqueries. À Tartuffe, leur plan est de présenter Tartuffe comme un homme pieux qui a perdu ses terres et ses richesses. Il prie fort et émotionnellement en public, fait un spectacle pour donner tout l'argent qu'il reçoit aux pauvres et diffuse haut et fort qu'il porte une chemise à cheveux et se fouetter tout en priant. Il utilise cette démonstration extérieure de piété pour duper Orgon de ses propres biens et de sa propre richesse. Il convainc également Orgon de lui confier ses secrets, ce qui fait presque jeter Orgon en prison en tant qu'ennemi de l'État. Pendant ce temps, sous les escaliers, Laurent exécute la même arnaque sur les domestiques. Comme Dorine le rapporte dans l'acte 1, scène 2, Laurent confisque les biens personnels des domestiques - livres, parfums et décorations - au nom de la piété. À la fin de la pièce, lorsqu'un huissier vient expulser Orgon et sa famille, Laurent prétend avoir des nouvelles qui rendront Orgon "le plus content" (acte 5, scène 4) et prétend avoir longtemps servi le père d'Orgon. Cependant, c'est simplement un moyen de se frayer un chemin devant Dorine et de servir l'avis d'expulsion. Plus tard, il couvre d'autres actions désagréables, telles que le déplacement de la famille et de ses biens dès le matin, en qualifiant ces actions de "lénientes" et de "agréables et pratiques". L'ironie verbale de Molière souligne l'hypocrisie de l'huissier, car il nomme le personnage de M. Loyal.

Alors que la pièce s'ouvre, Orgon est tombé sous le charme de Tartuffe. Dans le passé, selon Dorine, Orgon était "saimaucé et loyal" (acte 1, scène 2) et, depuis qu'il a rencontré Tartuffe à l'église, il est clair qu'Orgon est un homme religieux. Mais étant tombé sous l'emprise d'un hypocrite, le propre christianisme d'Orgon est devenu perverti. Au lieu d'un père sévère mais aimant, il devient un tyran cruel pour ses enfants. Au lieu d'un mari dévoué, il cesse de se soucier du bien-être de sa femme. Orgon croit qu'il fait ce que Dieu attend de lui parce que c'est ce que Tartuffe l'a manipulé pour qu'il pense. Une telle hypocrisie involontaire peut être plus dangereuse parce qu'elle peut devenir un mouvement social avec des dirigeants conscients d'eux-mêmes et une armée de disciples dupés qui exécutent leurs souhaits. C'est le genre de message politique auquel certains membres du clergé se sont opposés à Tartuffe.

Molière ne se contente pas de souligner l'hypocrisie religieuse. La mère d'Orgon croit en Tartuffe et prétend révérer la piété. Pourtant, elle frappe sa femme de chambre et l'appelle une salope à la fin de l'acte 1, scène 1. L'hypocrisie de Madame Pernelle va encore plus loin, comme on le voit dans la plupart de ce qu'elle dit dans la première scène. Elle voit les défauts des autres, mais aucun des siens. Par exemple, elle se plaint que Dorine parle trop alors qu'elle parle elle-même continuellement des autres. Une hypocrisie similaire est également discutée dans cette scène, comme la condamnation par la voisine Orante du mode de vie de la famille d'Orgon uniquement parce qu'elle est devenue trop âgée pour continuer à diriger elle-même ce mode de vie. Il est probable que Madame Pernelle et Orante ne soient pas au courant de leur propre hypocrisie.

 

Crédulité

Être crédule, c'est être facilement trompé ou exploité. Trop souvent, les gens crédules sont prêts à croire des choses qui sont présentées au moins de manière quelque peu convaincante, mais qui ne sont pas réellement vraies. Malheureusement, c'est une description appropriée du pauvre Orgon. Dès le moment où Tartuffe a rencontré Orgon, il a su qu'il avait trouvé la cible parfaite pour son arnaque. Tartuffe fait beaucoup d'efforts pour escroquer - ou "mouette" - Orgon. Après tout, le gain sera énorme : toute la richesse et la propriété d'Orgon. Curieusement, même après qu'Orgon ait appris la vérité sur Tartuffe, il croit toujours que Tartuffe était "un mendiant affamé" lorsqu'ils se sont rencontrés pour la première fois (acte 5, scène 1), mais il est probable que ce soit autant une tromperie que toute autre chose.

Tartuffe n'est pas la seule personne à tromper Orgon, ce n'est pas très difficile à faire. M. Loyal n'a qu'à dire qu'il a des nouvelles qui rendront Orgon "le plus content" (acte 5, scène 4) pour amener Orgon à l'inviter - et ensuite être surpris par l'avis d'expulsion. Orgon s'était déjà mis en danger, lui et sa famille, en acceptant de conserver les documents incriminants de son ami Argas. Certes, Argas était un ami, mais il ne voulait sans doute pas apporter la preuve de sa propre culpabilité. Au lieu de cela, il a profité d'Orgon et lui a laissé les papiers. Faire confiance à Orgon transmet ensuite les documents à Tartuffe pour les garder en lieu sûr, donnant à l'intriteur des preuves pour faire jeter Orgon en prison.

La mère opiniâtre d'Orgon est également crédule. Elle est non seulement victime des démonstrations de piété de Tartuffe et Laurent, mais elle croit aussi à toutes les fausses affirmations des voisins. Par exemple, lorsque "Daphné et son petit mari" (acte 1, scène 1) ont répandu des rumeurs sur le divertissement d'Elmire, Dorine s'empresse de souligner qu'ils ne font que "chercher à camoufler leurs propres transgressions". Madame Pernelle dit que c'est "assez hors de propos" et poursuit en citant la condamnation hypocrite par Orante du mode de vie de la famille.

 

Modération et raison

Le troisième thème important de Tartuffe est celui de la modération et de la raison - qualités citées pendant les Lumières, qui, dans les années 1660, battaient leur plein.

La modération et la raison sont recommandées tout au long de Tartuffe par trois caractères en particulier : Cléante, Dorine et Elmire. Dans l'acte 5, scène 1, par exemple, quand Orgon dit qu'il est « avec des hommes pieux », Cléante le prend à partie et lui recommande la modération et la raison : « Ah, voilà, extravagant plus que jamais ! / Pourquoi ne pouvez-vous pas être rationnel ? » Il exhorte Orgon à « prendre la voie du milieu » plutôt que de sauter « entre des extrêmes absurdes ». De même, dans l'acte 3, la scène 1, Dorine met en garde Damis contre les comportements téméraires : "Ne cédez pas la place à une émotion violente" et l'exhorte à "se calmer et à être pratique". Dans l'acte 4, scène 3, Elmire est étonnée du refus de son mari d'accepter des preuves solides de l'hypocrisie de Tartuffe. Elle et Damis lui avaient donné des témoignages oculaires des avances de Tartuffe. "Votre cécité me coupe tout simplement le souffle", dit-elle à Orgon. Quand il proclame qu'elle aurait dû être plus bouleversée, Elmire se révèle modérée, comme quelqu'un qui préfère la "rétitude de bonne humeur" et qui n'aime pas "la sorte de prude sauvage".

 

Vraie piété et humilité

C'est Cléante dans l'acte 1, scène 5 qui énumère les caractéristiques de ceux qui sont vraiment pieux :

"Ils ne sont jamais ostentatoires."

"Leur religion est modérée et humaine."

"Ils montrent, par des actes, comment les chrétiens doivent se comporter."

"Mieux mener une bonne vie est leur seul désir."

"Ce n'est [pas le pécheur mais] le péché seul qu'ils condamnent."

Ce sont des traits dont Elmire fait preuve, notamment dans ses rencontres avec Tartuffe.

Les scènes qui mettent Tartuffe et Elmire face à face juxtaposent son hypocrisie à sa vraie piété et à son humilité. Dans l'acte 3, scène 3, le seul but d'Elmire est d'aider sa belle-fille. Elle met de côté son dégoût pour Tartuffe, dont elle a facilement reconnu l'hypocrisie, afin de le supplier de soutenir le mariage de Mariane avec Valère. Puis, quand Tartuffe essaie de la séduire et que Damis en parle à Orgon (acte 3, scène 5), Elmire dit au jeune homme qu'elle préférerait sa "paisse d'esprit de son mari / Ne devrait pas être gâtée par des tattles de ce genre". Contrairement à Tartuffe, elle ne fait pas grand spectacle de sa vertu. Il est plus important pour Elmire que rien ne dérange Orgon. Quand Elmire demande à revoir Tartuffe dans l'acte 4, elle doit aussi mettre un masque. Contrairement à Tartuffe, qui porte un faux masque de piété pour atteindre des objectifs égoïstes et cruels, Elmire revêt un masque d'intérêt pour Tartuffe pour des raisons désintéressées - pour montrer à son mari la vérité sur Tartuffe. Encore une fois, elle met de côté son dégoût pour Tartuffe pour aider quelqu'un d'autre. Elle doit également ignorer sa propre aversion pour le mensonge. Plus tard (Acte 4, scène 7), Elmire se sent tellement mal à l'aise d'avoir été duplicite qu'elle présente ses excuses à Tartuffe : "Je suis désolée de vous avoir traité si sournoisement, / Mais les circonstances m'ont forcé à être rusé."

Elmire est l'incarnation de la vraie piété et de l'humilité bien qu'elle ait été accusée, dans la première scène de la pièce, par Madame Pernelle de comportement "extrêmement mauvais" et de "re divertissement promiscuité" qui a scandalisé tout le quartier.

 

Deux personnages de Tartuffe symbolisent les deux côtés d'une lutte idéologique entre la domination de l'Église - Tartuffe - et la règle laïque des valeurs des Lumières - Cléante.

 

Tartuffe

Tartuffe représente l'hypocrisie qui sévit parmi certains groupes de l'Église catholique romaine conservatrice. Bien qu'il ne soit pas vraiment religieux, il s'attaque aux pièges extérieurs du fanatisme catholique ultraconservateur, notamment les dévots. Les dévots étaient un mouvement en France qui a vu le jour au début des années 1600 pour s'opposer à la croissance du protestantisme et à la suprématie du roi sur l'Église. Un groupe impliqué dans le mouvement était la Compagnie du Saint Sacrement, qui a joué un rôle déterminant dans l'interdiction de Tartuffe après sa première présentation en 1664. Les dévots étaient des « ultra-catholiques », et Molière invoquait une association avec eux en attribuant à Tartuffe des pièges de la religiosité soi-disant catholique comme la prière ostentatoire, l'aumône, le port d'une chemise à cheveux et se flagellant en priant.

 

Cléante

Cléante incarne les principes des Lumières, tels que la pensée rationnelle, la vérité, la domination de la loi et la religion naturelle reflétant les émotions humaines naturelles. Dans l'acte 1, scène 1, Cléante conseille Mme Pernelle : « Efforçons-nous de vivre selon des décrets clairs de conscience. » Lorsque, dans l'acte 1, scène 5, Orgon se vante que grâce à Tartuffe, son "âme a été libérée / Des amours terrestres et de tout lien humain", Cléante souligne - par le sarcasme - que de tels idéaux ne sont pas "humains". Il poursuit en déclarant "ceux dont le cœur est vraiment pur et humble / N'ont pas besoin de faire un spectacle flashy d'être saints" et "transgressant les lois de la Raison, / Pervertit un but élevé ou une noble cause". Molière fait probablement référence à des groupes conservateurs tels que la Fraternité du Saint Sacrement du XVIIe siècle lorsque Cléante désigne les "charlatans ... / Qui prêchent la vie moine, mais hantent les tribunaux." Au lieu de cela, il admire les hommes dont la "religion est modérée et humaine". Plus tard, il loue également l'État de droit à Damis lorsqu'il parle de "ce royaume juste, de cet âge éclairé" dans lequel "on ne règle pas les choses par la violence" (Acte 5, scène 2).

Analyse de l'Acte I, scène 1, En quoi cette scène d’exposition est-elle originale ?

I) Une scène d’exposition dynamique

La scène commence in medias res par une dispute entre Madame Pernelle et ses petits enfants: “Vous êtes, ma mie, une fille suivante, Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente”. De plus, on peut observer un rythme rapide dû au fait que Madame Pernelle coupe sans cesse la parole à ses interlocuteurs, ce qui est marqué par les points de suspension: “Mais…”. 

Madame Pernelle ne supporte pas de voir ses petits-enfants vivre sans suivre les préceptes d’austérité édictés par Tarfuffe: “C’est que je ne puis voir tout ce ménage-ci”. Le personnage de Tartuffe n’est pas physiquement sur scène mais il est présent à travers les paroles des autres personnages dont il est le centre de l’attention. On comprend que Tartuffe sera le personnage principal de la pièce car ce sont ses idées qui sont la cause de cette dispute initiale : “C’est un homme de bien qu’il faut que l’on écoute”. 

 

II) Madame Pernelle, un personnage comique malgré elle

Dans ce texte, l’auteur a eu recours à plusieurs sortes de comiques. Tout d’abord, le comique de geste où l’on peut imaginer Madame Pernelle courir dans tous les sens: “Mais, ma mère, d’où vient que vous sortez si vite ?”, “Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée”. Mais on ressent aussi un comique de mots, Madame Pernelle donne des leçons à ses petits-enfants, leçons qu’elle-même ne respecte pas, puisqu’elle ordonne à ses petites-filles de ne pas parler davantage que les hommes alors qu’elle monopolise elle-même la parole: “On n’y respecte rien, chacun y parle haut, Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud”. 

Ainsi, à la lecture de cette scène d’exposition, on se demande ce qu’il se passera par la suite. Cette scène est intrigante car on y voit plusieurs personnages s’y disputer alors que le rideau vient à peine de se lever. C’est une scène d’exposition qui, au lieu de nous apporter des réponses, nous questionne sur le personnage de Tartuffe : qui est-il au juste ? 

Analyse de l'Acte I, scène 6, Comment fonctionne le comique dans cette scène ?

I) Un maître de maison égaré

Dans la pièce Tartuffe, à l’acte I, scène 6, Molière dénonce l'hypocrisie et l’emprise croissante du parti dévot et de l’ordre du Saint-Sacrement auprès de la cour de Paris. Dans cet extrait, Orgon répète sans cesse la même question au sujet de Tartuffe, comme s’il était envoûté et qu’il répétait une incantation : “Et Tartuffe ?”

C’est un faux dialogue puisque Orgon n’écoute pas les réponses de Dorine qui pourtant lui dit à chaque réplique qu’Elmire est souffrante, cela montre l’indifférence d’Orgon et le souci de Dorine pour sa maîtresse : “Sans trouble il dormit jusques au lendemain [...] Le pauvre homme !” On remarque que les réponses de Dorine sont construites de façon parallèle pour donner des nouvelles de Elmire et de Tartuffe : Elmire a la nausée mais Tartuffe s’empiffre devant elle (“Le soir elle eu un grands dégoût [...] Il soupa, lui tout seul, devant elle; Et fort dévotement il mangea deux perdrix, avec une moitié de gigot en hachis”), Elmire n’arrive pas à fermer l’oeil mais Tartuffe dort sur ses deux oreilles (“Des chaleurs l'empêchaient de pouvoir sommeiller [...] Il passa dans sa chambre au sortir de table; et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain, ou, sans trouble, il dormit jusques au lendemain.”). Ainsi Orgon est complètement fasciné par Tartuffe, plus rien ni personne d’autre n’a d’importance à ses yeux.

 

II) Une scène comique

C’est une scène comique qui repose essentiellement sur le comique de répétition, le comique de situation et l’ironie. Tout d’abord, on remarque que le texte est rythmé par la répétition des répliques d’Orgon : “Et Tartuffe ?” et “Le pauvre homme !” Le comique de situation s’ajoute par le fait que Orgon ne veut rien entendre à propos de sa femme qui est pourtant souffrante au point que ses domestiques l’ont veillée toute la nuit, mais en revanche se focalise sur le bien être de Tartuffe qui pourtant se porte à merveille : “Et jusqu’au jour, près d’elle, il nous fallut veiller [...] Et Tartuffe ?”. L’ironie de Dorine vient renforcer le comique en montrant la lucidité de la servante par rapport à son maître: “Je vais à madame annoncer, par avance, la part que vous prenez a sa convalescence.” Afin de souligner la relation toxique établie au sein de la maison d’Orgon, Dorine insiste pour dire que Elmire a subi une saignée tandis que Tartuffe buvait du vin. Tartuffe est ainsi présenté comme un vampire qui pompe le sang (et l’argent) de la famille d’Orgon : “Elle se résolut à souffrir la saignée [...] Il reprit courage comme il faut ; Et, contre tous les maux fortifiant son âme, pour réparer le sang qu’avait perdu madame, But, à son déjeuner, quatre grands coups de vin.”

Analyse de l'Acte II, scène 2, Quelles visions du monde s’opposent vivement dans cette scène ?

I) Un projet bien arrêté

a) La réaction d’Orgon

Orgon s’oppose vivement à Dorine car il n’accepte pas qu’une domestique, et une femme qui plus est, conteste sa décision : “Vous avez pris céans certaines privautés

Qui ne me plaisent point”. Cela est visible à travers la ponctuation expressive mais surtout les modes et les temps verbaux (impératif) : “Taisez-vous”. 

 

b) Les arguments d’Orgon

Au début de l’échange, Orgon fait l’éloge de Tartuffe : “Sachez que c’est par là qu’il faut qu’on le révère”. Comme il n’arrive pas à convaincre Dorine, il change de stratégie et prend un ton autoritaire pour affirmer qu’il a légalement le droit de disposer de sa fille et de la donner en mariage à qui il veut : “Je vous dis qu’il me faut apprendre d’elle à vivre !”

 

II) Une résistance farouche

a) La stratégie de Dorine

Tout d’abord, Dorine essaie de monopoliser la parole en enchaînant rapidement ses arguments dans le but de défendre son amie qui va être mariée de force à Tartuffe, personnage hypocrite et malhonnête qui est, de plus, beaucoup plus âgé qu’elle. Par conséquent, Dorine met Orgon en garde car selon elle c’est un mariage contre nature qui ne peut aboutir qu’à un échec puisque la jeune femme finira forcément par tomber amoureuse et tromper son vieux mari : “Que le dessein d’y vivre en honnête personne Dépend des qualités du mari qu’on lui donne”.

 

b) Les arguments féministes de Dorine

Les arguments de Dorine sont féministes car elle demande à Orgon de considérer sa fille Marianne en tant que femme et non pas comme un objet dont il pourrait disposer selon son bon vouloir : “Votre fille n’est point l’affaire d’un bigot”. Dorine essaie de faire entendre raison à Orgon en lui expliquant que les femmes sont des êtres passionnés, qu’elles sont faites pour aimer et que tous les stratagèmes qu’il pourrait déployer pour contraindre Marianne à épouser un homme qu’elle n’aime pas ne l’empêcheront pas d’éprouver des sentiments pour un autre, en l’occurrence Valère à qui elle était initialement fiancée : “Sachez que d’une fille on risque la vertu, Lorsque dans son hymen son goût est combattu”. Dorine met en garde Orgon en lui disant qu’il sera seul responsable de la futur infidélité prévisible de Marianne si elle est mariée à Tartuffe : “Il est bien difficile enfin d’être fidèle À de certains maris faits d’un certain modèle ; Et qui donne à sa fille un homme qu’elle hait, Est responsable au ciel des fautes qu’elle fait.”

Analyse de l'Acte III, scène 3, En quoi cette scène est-elle dérangeante ?

I) La proposition audacieuse de Tartuffe

a) Tartuffe avance par étapes

Tartuffe, étant amoureux de Elmire, passe par plusieurs étapes pour arriver à sa déclaration. Premièrement, Tartuffe complimente Elmire au sujet de son fichu, ce qui lui permet de la toucher. “Mon Dieu ! que de ce point l’ouvrage est merveilleux !”. Puis, il demande d’obtenir la fille du mari d'Elmire en mariage pour se rapprocher de la famille. “On tient que mon mari veut dégager sa foi, Et vous donner sa fille : Est-il vrai ? dites-moi.” Ensuite, il fait comprendre à Elmire qu’il ne cherche pas sa fille mais quelqu’un d’autre “Et je vois autre part les merveilleux attraits”.  Tout au long de sa démarche, Tartuffe tourne au rond, il essaye de faire un aveu à Elmire mais n’ose pas. Tartuffe, étant très religieux, contredit tout propos de croyant pour montrer son amour envers Elmire: “Et je vois autre part les merveilleux attraits De la félicité qui fait tous mes souhaits”. Il finit ensuite par déclarer son amour à Elmire.

 

b) Une stratégie de séduction basée sur des antithèses

Dans sa tirade, Tartuffe emploie plusieurs antithèses, ayant chacune un but différent. Tout d’abord, Tartuffe montre à Elmire que son amour pour la religion ne gâche pas son amour pour elle : “L’amour qui nous attache aux beautés éternelles N’étouffe pas en nous l’amour des temporelles”. Tartuffe, dans ses arguments, utilise Dieu pour complimenter Elmire. Par exemple, Tartuffe fait comprendre à Elmire qu’elle est la plus belle femme de la création :  “Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ; Mais il étale en vous ses plus rares merveilles”. Grâce à ses arguments basés sur la religion, Tartuffe s’autorise à déclarer son amour à Elmire.

 

II) La réaction mesurée d’Elmire

a) Ses réponses sont fondées sur des valeurs morales

Elmire essaie de contredire Tartuffe en répondant avec des arguments fondés sur des valeurs morales. Elle utilise tout d’abord des arguments religieux, pour répondre à Tartuffe, afin de lui rappeler qu’il est lui même religieux : “C’est que vous n’aimez rien des choses de la terre”. Encore une fois, Elmire avec des arguments religieux tente de contredire Tartuffe: “Pour moi, je crois qu’au ciel tendent tous vos soupirs, Et que rien ici-bas n’arrête vos désirs”, “Et raisonner un peu sur un pareil dessein.Un dévot comme vous, et que partout on nomme…”.

 

b) L’ironie d’Elmire

Elmire joue le jeu de Tartuffe, elle lui rappelle tout ce qu’il doit ou ne doit pas faire, pour rester conforme à l’image qu’il a construite lui-même. Elmire, qui a compris que Tartuffe n’est pas un dévot, continue de le traiter ainsi pour qu’il assume le rôle qu’il s’est approprié : “Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante. [...] Et raisonner un peu sur un pareil dessein”. Après la déclaration de Tartuffe, Elmire le gronde comme un garçon, et se place en position de supériorité en gardant son calme dans cette situation périlleuse.

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Analyse des Vers 966 à 1000 : la tirade de Tartuffe

De quelle manière Tartuffe déclare-t-il sa flamme ?

1) La composition de la tirade

Du vers 966 à 980, Tartuffe fait sa déclaration d’amour à Elmire. On se rend compte de l’émotion de Tartuffe par l’exclamatif “ah!” qui ouvre la tirade, par l’éloge physique d’Elmire grâce au champ lexical de la beauté: “appas” (v.967), “regards” (v.975), “charmes” (v.978), “charmants attraits” (v.972); et par la densité du lexique de l’amour: les termes “coeur” (v.968 et 976), “aveu” (v.971), “yeux et mes soupirs” (v.979). L’insolite de la situation qui est qu’un dévot déclare sa flamme à une femme mariée est souligné et excusé dans le vers 970. Du vers 981 au vers 986, Tartuffe met l’accent sur un hypothétique consentement d’Elmire, introduit par les subordonnées de condition “que si” (v.981), “s’il faut” (v.983). Il fait plus appel à sa gentillesse qu’à un éventuel amour comme le montre le champ lexical : “un peu bénigne” (v.981), “vos bontés” (v.983), “me consoler” (v.983). Tartuffe explique que si elle répond à son amour, il l’aimera comme jamais elle n’a été aimée (v.984-985). Pour cela, il emploie le futur “j’aurai” qui exprime la certitude dans le but de mieux persuader Elmire et l’hyperbole “nulle autre”. Enfin, du vers 987 au vers 1000, Tartuffe oppose l’attitude des hommes de cour, les courtisans “ces galants de cour” (v.989) et celle des dévots “les gens comme nous” (v.995). Cette opposition est nettement marquée par le connecteur d’opposition “mais” (v.995). Les vers 989 à 994 font donc un portrait négatif des courtisans avec les termes péjoratifs “bruyants”, “se targuer”, “déshonore” et les vers 995 à 1000 décrivent d’une manière méliorative l’attitude des dévots en général auxquels Tartuffe s’associe par le pronom “nous”. Tartuffe tente ici de garantir à Elmire un amour secret par des termes mélioratifs comme “sûr du secret”, “le soin” et “acceptant”.

 

2) Le double langage de Tartuffe

On voit que Tartuffe déclare sa flamme à Elmire en la complimentant non sur son intelligence mais sur sa beauté. Pour cela, il utilise l’hyperbole remarquée notamment dans l’emploi des adjectifs : “célestes appas” (v.967), “charmants attraits” (v.972), “splendeur plus qu’humaine” (v.973), “regards divins” (v.975), “ô suave merveille” (v.985), “l’ineffable douceur” (v.975). Il tente ainsi de rendre compte de son attirance physique. Elmire est, ici, divinisée. L’ensemble de la tirade fait apparaître le double registre de la religion et de la sensualité. Ainsi, dès le premier vers, on trouve le mot “dévot” qui renvoie à la religion et le mot “homme” qui a ici une signification sensuelle car Tartuffe veut parler de l’homme en tant que personne physique. Ces deux termes rapprochés qu’on peut considérer comme antithétiques, montrent que, selon Tartuffe, on peut être les deux simultanément. Les deux termes ne sont donc pas incompatibles pour cet homme d’église. Ce double langage se trouve tout le long de la tirade à travers le rapprochement de termes appartenant à des domaines différents: l’un au vocabulaire religieux, l’autre à l’amour et la galanterie: “célestes appas” (v.967), “splendeur plus qu’humaine” (v.973), “regards divins” (v.975), “mes voeux du côté de vos charmes” (v.978). En fait, Tartuffe détourne le vocabulaire religieux pour servir ses ambitions amoureuses. Cela montre de sa part une forme d’hypocrisie : Tartuffe dissimule sa nature sensuelle sous le manteau de la religion.

 

3) La stratégie de Tartuffe

Tartuffe va se montrer fin stratège dans sa déclaration. Il va minorer sa responsabilité en reposant toute la situation actuelle sur les épaules d’Elmire: “vous devez vous en prendre” (v.972). Il va ainsi faire le récit de sa lutte pour résister au désir que lui provoque cette femme comme le montre l’énumération “jeûnes, prières, larmes” (v.977). Et, par l’emploi de certains verbes comme “força” (v.976), “surmonta” (v.977), “tourna” (v.978), il va insinuer que cette femme a sciemment désiré l’état amoureux de Tartuffe. Il se montre ici particulièrement hypocrite en attribuant à Elmire la responsabilité de la situation, en insinuant qu’il est sous sa domination et en se dégageant ainsi de toute responsabilité. Cette domination d’Elmire se remarque par la présence du champ lexical de l’humilité désignant Tartuffe: “mes yeux et mes soupirs” (v.979), “esclave indigne” (v.982), “mon néant” (v.984). Elmire est donc toute puissante. Elle a réussi à battre la volonté de Tartuffe. On a l’impression que Tartuffe n’est en aucune façon responsable de l’amour qu’il a pour Elmire, il a même tenté de le combattre: “la résistance” (v.976), “jeûnes, prières, larmes” (v.977); en vain: elle a donc la nécessité de l’aimer. L’amour est ici vu comme un rapport dominant/dominé. Les avantages qu’elle pourrait avoir en l’aimant sont donnés en opposant galants et dévots. En effet, du vers 989 à 994, Tartuffe critique les hommes de cour et dénonce leur indiscrétion comme on le voit avec les adjectifs péjoratifs “bruyants” (v.990), “vains” (v.990), “indiscrète” (v.993). Ces termes vont s’opposer au champ lexical du secret utilisé pour décrire l’attitude des dévots: “discret” (v.995), “secret” (v.996), “sans scandale” (v.1000). Tartuffe insiste donc sur la notion de discrétion. Finalement, cette déclaration semble trop bien construite et calculée pour être honnête. On peut se demander si cette tentative de séduction n’est pas plus orientée vers le plaisir que vers un amour véritable ce que tend d’ailleurs à souligner les derniers mots de la tirade “du plaisir sans peur” (v.1000) ou le mot “plaisir”, donc assouvissement sexuel a remplacé le mot “amour”.

Analyse de l'Acte IV, scène 5, En quoi Tartuffe est-il un scélérat ?

I) L’argumentation habile de Tartuffe

a) Les arguments religieux

Si Tartuffe, dès le début du dialogue, utilise des arguments religieux, c’est pour se cacher derrière une apparente moralité : “Le ciel défend, de vrai, certains contentements”. Cependant il transforme totalement les préceptes moraux en les tournant à son avantage dans le but de convaincre Elmire, femme mariée, de céder à ses avances, ce qui est totalement immoral en plus d’être irréligieux : “Vous êtes assurée ici d’un plein secret, Et le mal n’est jamais que dans l’éclat qu’on fait.”

 

b) L’hypocrisie de Tartuffe

Selon Tartuffe, si une mauvaise action est accomplie en secret et qu’elle reste dissimulée, ce n’est pas un mal : “Et ce n’est pas pécher que pécher en silence”. Ainsi, le personnage de Tartuffe révèle une fois de plus son hypocrisie. Molière condamne à travers lui les nombreux faux-dévots qui prolifèrent à la cour de Louis XIV : “De ces secrets, madame, on saura vous instruire ; Vous n’avez seulement qu’à vous laisser conduire.”

 

II) Une situation délicate pour Elmire

a) L’évolution de l’attitude d’Elmire

Au début du dialogue, Elmire garde son calme: “Mais des arrêts du ciel on nous fait tant de peur !”. Mais plus on avance dans la scène, plus elle commence à stresser (“(Elmire tousse plus fort.)”), tout ça avant de tousser encore plus afin d’envoyer un message de détresse à son mari qui est sous la table, avant que Tartuffe ne lui saute dessus : “Elmire, après avoir encore toussé et frappé sur la table”.

 

b) Le double discours d’Elmire adressé à Orgon

Ses premières répliques sont courtes et à la forme interrogative afin de faire parler Tartuffe, pour prouver à Orgon, caché sous la table, qu’il lui fait des avances : “Mais comment consentir à ce que vous voulez, Sans offenser le ciel, dont toujours vous parlez ?”. Ensuite, elle tousse pour attirer l’attention d’Orgon qui ne réagit pas. Alors, elle parle de plus en plus afin qu’Orgon lui vienne en aide : “Enfin je vois qu’il faut se résoudre à céder Qu’il faut que je consente à vous tout accorder”. A la fin de sa réplique, ses paroles sont uniquement adressées à Orgon et non plus à Tartuffe : “Mais, puisque l’on s’obstine à m’y vouloir réduire, Puisqu’on ne veut point croire à tout ce qu’on peut dire, Et qu’on veut des témoins qui soient plus convaincants, Il faut bien s’y résoudre, et contenter les gens.” Elle utilise avec insistance le pronom personnel “on” pour désigner Orgon et l’accuser de la laisser en difficulté. 

 

C’est ainsi que Orgon découvre le vrai visage de Tartuffe, un faux-dévot hypocrite qui ne s’intéresse pas du tout à la religion et qui ne l’utilise que pour s’enrichir. On voit ici que Tartuffe est une menace pour la maison, car non seulement il avait persuadé Orgon de lui donner toutes ses richesses ainsi que la main de sa fille, mais il avait aussi jeté son dévolu sur sa femme, Elmire.

Analyse de l'Acte V, scène 7, En quoi ce dénouement est-il une véritable révélation ?

I) L’affrontement verbal

a) La répartition des vers entre les personnages

Au début de la scène, Orgon et Tartuffe se disputent à propos du vol que Tartuffe a commis dans la famille. Tartuffe justifie ses actes en faisant encore croire qu’il est dévot, ce qui énerve fortement Orgon. Les enfants de Orgon et Elmire sont là pour faire des commentaires, montrer l'énervement et le dégoût de Orgon. Orgon essaie de faire sentir coupable Tartuffe, mais il continue à résister, en disant qu’il est soumis aux ordres du roi Louis XIV ainsi qu’à l’amour de Dieu. Tout au long de l’extrait de scène, Tartuffe se sent en position de supériorité sans savoir la vérité, qu’il ira lui-même en prison: “Dans la prison qu’on doit vous donner pour demeure / Qui, moi monsieur? / Oui, vous”. 

 

b) Les reproches adressés à Tartuffe

Tartuffe est reproché par Orgon d’avoir trahi la famille et d’en être si fier “C’est le coup, scélérat, par où tu m'expédier ; Et voilà couronner toutes tes perfidies”. Tartuffe estime qu’il a beaucoup souffert pour arriver la ou il en est aujourd’hui. Cléante, ironiquement, dit à Tartuffe qu’il n’a rien fait pour Dieu, juste voler et trahir une famille pour son propre bien. Tartuffe n’assume pas d’avoir été sauvé par la famille d’Orgon, et est reproché par Orgon: “Mais t’es-tu souvenu que ma main charitable, Ingrat, t’a retiré d’un état misérable ?”

 

II) Le portrait de Tartuffe

a) La réaction des autres personnages face au comportement de Tartuffe

Tous les personnages sont choqués et dégoûtés par chaque parole de Tartuffe. Ils l’ont aidé, mais lui les a trahis juste parce qu’il voulait de l’argent : “Traître !”, “Ingrat”, “L’imposteur !”

 

b) L’intervention de l’homme de loi donne une dimension solennelle à la scène

L’Exempt a de l'autorité sur les autres personnages car il représente la loi et parle au nom du Prince. C’est le seul personnage qui réussi à remettre Tartuffe à sa place et celui-ci n’en revient pas car c’est la première fois qu’on lui oppose une résistance : “Qui ? moi, monsieur ?”. 

Cette comédie a donc un dénouement surprenant. Tartuffe, qui dominait toute la pièce se fait démasquer alors qu’il voulait faire emprisonner Orgon. Grâce au désir qu’avait Tartuffe pour Elmire, les personnages ont réussi à prendre Tartuffe en défaut. Ce retournement de situation final est un véritable coup de théâtre.

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En quoi cette scène est-elle un dénouement de comédie ?

1) Les personnages 

La scène s’ouvre sur une nouvelle péripétie: l’entrée triomphante de Tartuffe marquée par l’apostrophe “Monsieur” (v.1861) interpellant Orgon qui semble fuir, souligné par l’impératif “ne courez point”. La répétition de “tout beau” montre qu’il veut arrêter Orgon et affirmer sa supériorité. La situation de la famille semble bloquée, marquée par les négations “ne courez point” et “vous n’irez point” car la loi et le roi se rangent derrière Tartuffe (v.1863) ce qui constitue une situation problématique pour le lecteur/spectateur qui déteste Tartuffe et qui le voit être soutenu par le roi donc être dans son droit. Le lecteur/spectateur n’a pourtant pas envie que Tartuffe gagne. Le début de la scène commence sous tension: tous les personnages sont sur scène, comme dans les dénouements classiques: Cléante (v.1869), Damis (v.1870), Mariane (v.1873-1874), Elmire (v.1885), Dorine (v.1886-1887) et Madame Pernelle (v.1946). Ils parlent tour à tour et sont tous là pour s’en prendre à Tartuffe. On note donc un vocabulaire péjoratif : Orgon le qualifie de “traître” (v.1864), terme qu’il avait auparavant réservé à son fils. Elmire utilise le terme “imposteur” (v.1855) qui fait référence au sous-titre comme pour boucler la boucle. Damis utilise “l’infâme” (v.1870). Dorine, elle, prend l’expression “traîtresse manière” (v.1886). Tartuffe continue son rôle de faux-dévot. Il justifie son attitude de façon divine en employant le champ lexical de la religion: “le Ciel” (v.1868), “mon devoir” (v.1872), “devoir sacré” (v.1883) mais il est devenu aussi royaliste (v.1876-1880). Il est sûr de son pouvoir et donne des ordres à l’exempt en utilisant l’impératif: “délivrez-moi” (v.1897), “daignez” (v.1898). Il se montre même dédaigneux en employant le terme péjoratif “criaillerie” (v.1897) pour désigner les critiques de la famille.

 

2)Le coup de théâtre 

Le coup de théâtre se passe au moment où l’exempt répond à l’injonction de Tartuffe (v.1899). Il retourne la situation par une phrase elle aussi injonctive : “suivez-moi [...] demeure” (v.1901-1902) ce qui provoque la stupéfaction de Tartuffe marquée par deux questions successives: “qui, moi monsieur ?” et “pourquoi donc la prison ?” (v.1903). L’exempt va dans une tirade (v.1904 à 1944) expliquer le renversement de situation. Cette tirade est entièrement consacrée au Prince, caractérisé par le champ lexical de l’intelligence et de la bonté comme la périphrase “ennemi de la fraude” (v.1906), et les expressions “fin discernement, grande âme” (v.1909), “droite vue” (v.1910), “ferme raison” (v.1912), “vives clartés” (v.1919), “se souvient du bien” (v.1944). L’attitude du prince est également rendue à travers une énumération d’actions: “il donne aux gens de bien” (v.1913), “fait briller ce zèle” (v.1914), “il a percé” (v.1919). Le coup de théâtre vient donc de l’intervention du Prince dans le conflit entre Tartuffe et la famille. Ce retournement fait donc intervenir un Deus Ex Machina qui est une personne ou un évènement venant opportunément dénouer une situation inextricable. Le dialogue final (v.1945 à 1962) est consacré aux sentiments et exprime le soulagement des membres de la famille comme le montrent les exclamations de Dorine (v.1945) et d’Elmire (v.1946) mais aussi la tentation d’Orgon de s’en prendre à Tartuffe marquée par l’apostrophe “traître” (v.1947) tandis que Cléante, considéré comme un libertin, va conseiller la modération et la générosité soulignées par les négations (v.1948 et 1950), ce qui peut sembler paradoxal. Orgon termine la pièce par un départ chez le roi pour le remercier (v.1957-1958) et par l’évocation d’un futur mariage (v.1960 à 1962). La pièce se termine donc comme une comédie dans le bonheur et avec un mariage en vue. 

 

3) La tirade de l’exempt

Les différents termes élogieux qu’attribue l’exempt au roi se répartissent en trois grands thèmes: le souci de vérité, son comportement à l’égard de Tartuffe, son comportement à l’égard d’Orgon. La première partie de la tirade a pour thème la question de la vérité et le refus de l’imposture. On le voit à la présence d’un champ lexical du vrai et du faux donc on sait qu’il domine l’ensemble de la pièce: “fraude” (v.1906), “se font jour” (v.1907), “ne peut tromper” (v.1908), “imposteurs” (v.1908), “discernement” (v.1909), “droite vue” (v.1910), “les vrais” (v.1915), “les faux” (v.1916). Une des qualités du roi est ainsi de ne pas tolérer les imposteurs, de les identifier et de savoir distinguer le vrai du faux. L’exempt va ensuite vanter la perspicacité royale en ce qui concerne Tartuffe en faisant la critique de celui-ci. Tartuffe est caractérisé par l’expression “fourbe renommé” (v.1923), auteur d’actions présentées comme “toutes noires” (v.1925) et particulièrement nombreuses comme le souligne l’hyperbole “dont on pourrait [...] histoire” (v.1926). Les termes péjoratifs “autres horreurs” (v.1929), “impudence” (v.1931), “traître” (v.1934) insistent par leur connotation sur le caractère criminel du personnage puni par son arrestation mais aussi par la privation de tous ses biens qu’il avait amassés grâce à son hypocrisie (v.1933-1934). La fin de la tirade s’adresse plus particulièrement à Orgon. Le pronom “vous” est plus fréquent (v.1937-1938) et souligne une relation personnelle instaurée entre le Roi et Orgon. Les termes utilisés sont tous positifs et montrent le pouvoir souverain du Roi exercé en faveur d’un homme dont l’honnêteté et la fidélité méritent d’être récompensées. Le champ lexical de la bonté “il brise les liens” (v.1935), “vous pardonne” (v.1937), “verser la récompense” (v.1942), “il se souvient du bien” (v.1944) définissent l’attitude du Roi, généreux et bienveillant à l’égard d’un homme honnête victime d’un escroc. La tirade de l’exempt est donc un portrait élogieux de Louis XIV comme le souligne le champ lexical de la lumière “se font jour”, “sans aveuglement”, “briller”, “clartés” . On reconnaît sous le personnage de l’exempt Molière lui-même qui, par ce portrait, adresse un remerciement officiel au Roi qui a permis que la pièce soit jouée. 

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