Analyse de La muse malade de Baudelaire

Analyse de La muse malade de Baudelaire

Poème

La muse malade

 

Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?

Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,

Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint

La folie et l'horreur, froides et taciturnes.

 

Le succube verdâtre et le rose lutin

T'ont-ils versé la peur et l'amour de leurs urnes ?

Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,

T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes ?

 

Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé

Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,

Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,

 

Comme les sons nombreux des syllabes antiques,

Où règnent tour à tour le père des chansons,

Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Commentaire composé

En quoi ce poème est-il emblématique de la section «Spleen et idéal» ?

 

I) L’agonie de la muse

“Ma pauvre muse, hélas ! qu'as-tu donc ce matin ?” Le narrateur semble être inquiet pour la muse, cela est traduit par une ponctuation expressive, et le fait qu’il s’adresse à sa muse au style direct. 

“Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,” On dirait que la muse n’a pas dormi depuis très longtemps et elle est tourmentée par les “visions nocturnes” qui représentent les cauchemars. 

“Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint La folie et l'horreur, froides et taciturnes.” Encore une fois, le narrateur nous décrit l’agonie de la muse, qui est non seulement dans sa tête, mais qui se montre aussi par son corps, et sa santé. 

“Le succube verdâtre” Le narrateur regrette que sa muse soit attaquée par un démon. De plus, le suffixe en “âtre” est très péjoratif, et l’adjectif vert évoque le diable, ce qui atteste que la muse est mourante pour des raisons diaboliques. 

“Le cauchemar, d'un poing despotique et mutin,” Le narrateur reprend l'idée du cauchemar, cette fois avec une personnification. On peut voir que le cauchemar s’amuse à faire souffrir la muse, ce qui souligne sa cruauté.

“T'a-t-il noyée au fond d'un fabuleux Minturnes ?” On peut voir ici aussi le champ lexical de la mort, avec le verbe “noyer”. On voit l’influence du Parnasse dans ce sonnet avec la richesse du vocabulaire (Miturnes est un marécage italien).

 

II) Un art poétique

C’est un sonnet élégiaque puisque dans les tercets, le poète regrette le passé, en faisant référence aux poèmes de l'Antiquité, “syllabes antiques” et des dieux de l'Antiquité, “Phoebus, et le grand Pan,”  

“Je voudrais qu'exhalant l'odeur de la santé Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,” Le poète regrette que le coeur de la muse soit désormais vide d’inspiration. 

“Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,” Le sang qui coule représente la vie, de même que l’adjectif chrétien qui s’oppose au diable.

“Comme les sons nombreux des syllabes antiques, Où règnent tour à tour le père des chansons, Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.” On remarque une allitération en [S] ce qui évoque la souffrance. L'évocation de Phébus et Pan soulignent la nostalgie du poète pour l’Antiquité et fait de ce poème un véritable art poétique.

 

Ainsi, “La muse malade” est un poème emblématique de la section Spleen et idéal car on y retrouve à la fois l’angoisse face à la mort et à la perte d’inspiration, mais aussi l’aspiration à une poésie éternelle et parfaite.


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