Analyse de Vénus anadyomène de Rimbaud

Analyse de Vénus anadyomène de Rimbaud

Les premiers poèmes de Rimbaud sont marqués d’une forte empreinte autobiographique et laissent entrevoir l’itinéraire d’un jeune poète rebelle en quête de liberté. Dans Vénus anadyomène, Rimbaud revisite le topos de la naissance de Vénus d’une manière originale et montre ainsi sa volonté de réformer la poésie.

 

I) Une étonnante Vénus anadyomène

Vénus est un personnage mythologique, qui est toujours représenté de manière privilégié, Vénus anadyomène est la déesse qui sort des eaux, en général d’une grande beauté.

Dans ce poème il y a un décalage entre le titre et le portrait dressé par le poète.

Le titre fait référence à une représentation traditionnelle de Vénus, cela active des souvenirs de représentation connus chez le lecteur comme l’évocation de Botticelli.

Dès le Vers 1 il y a un décalage qui va culminer avec la pointe du poème.

Le poème s’ouvre sur une comparaison funèbre, qui tranche avec la représentation lumineuse traditionnelle.

Le poète s’amuse avec le mythe : Vénus Anadyomène représente la naissance, sortant d’un coquillage ce qui marque un contraste avec la baigneuse qui sort d’une « vieille baignoire » comparée à un « cercueil ».

Les tons de bleu de la mer sont ici dégradés en vert et gris.

La baigneuse porte un tatouage ce qui laisse penser que c’est une prostituée : « Clara Venus »

La rime finale qui lie Vénus et anus marque un décalage total et obscène avec le topos. Rimbaud tourne en ridicule un topos artistique.

Il s’inspire du contre blason qui date de la Renaissance et qui sert à montrer la laideur d’une partie du corps féminin. Dans ce poème il y a de nombreux éléments en rapport avec la laideur de la baigneuse. 

 

II) Un portrait monstrueux

1) Une extrême laideur

Description du corps de haut en bas sous forme d’accumulation, v.3”tête”, v.5”col”, v.6”omoplates”.

Adjectifs dépréciatifs: “grosse” “large” “saillantes”

“omoplates larges et saillantes” : les omoplates ne sont pas une partie érotisé du corps féminin, de plus si elles sont larges et saillantes cela est très péjoratif.

Allitération en [gr] “gras et gris” plus “graisse” cette sonorité est très déplaisante et dépréciative. 

Les formules hyperboliques:”horrible étrangement” , “belle hideusement” montrent la baigneuse comme un modèle de laideur. De plus l’adjectif “étrangement montré que sa laideur sort de l’ordinaire.

Rimes péjoratives: “tête” et “bête”, “Venus”,”anus”

Soins de beauté maladroits : deux adverbes “fortement”, “assez mal”

Son physique semble difforme utilisation d’adjectifs contradictoires pour décrire son corps: “large”, “court”, “rond”,”plat”

Le "dos court qui rentre et qui ressort" est probablement sexualisé. 

Une synesthésie qui va mélanger odeur et goût accentue le dégoût du lecteur « le tout sent un goût horrible étrangement ».

 

2) Une vision fantastique 

Ce qui contribue à la description du corps hideux c’est une vision fantastique (cauchemardesque).

L’atmosphère est macabre dès le premier quatrain avec la comparaison « vieille baignoire » et « cercueil ». 

On a l’impression que le corps de la prostituée est détaché du reste du corps comme si elle était coupée.

Le verbe « émergé » donne l’impression d’une apparition. 

Également les couleurs « rouge », « vert », « gris » renvoient à un cadavre en décomposition.

 

III) La modernité de la provocation

1) Un humour provocateur

Détournement du topos artistique.

Humour : jeu complice avec le lecteur : v10: utilisation du pronom personnel « on » le lecteur est invité à regarder/être le voyeur de la baigneuse peut être son client ?

On relève de nombreux termes en lien avec la vision dans le poème : « qu’il faut voir avec la loupe ».

Point culminant de l’humour du poète à la pointe du poème « ulcère à l’anus » et la rime « Vénus »,  « anus » quasiment blasphématoire.

 

2) Un poème moderne qui rompt avec la tradition 

Rimbaud réécrit de manière personnelle le mythe de Vénus : de manière provocatrice avec le tatouage « Clara Venus » signifie l’illustre Vénus, c’est un nom de prostituée

Rimbaud utilise une forme traditionnelle, le sonnet en alexandrins, mais il prend de la distance avec la tradition : la forme des rimes ainsi que les rimes elles-mêmes changent entre les quatrains (rimes croisés puis embrassées) (ABBA Cddc au lieu de ABBA ABBA)

Il n’y a pas la rupture traditionnelle au 9ème vers, le portrait continue.

La pointe du sonnet est particulièrement significative grâce à l’oxymore « belle hideusement ».

Rimbaud se place dans la lignée de Baudelaire puisqu’il choisit un thème prosaïque et en fait un sujet poétique. Il nous ouvre une conception moderne du beau qui se trouve dans la laideur.

 

Conclusion : Rimbaud propose dans son sonnet un traitement original du topos de la naissance de Vénus mais derrière ce qui ressemble à une blague de jeunes poètes il y a un parti pris politique qui est celui de la modernité. Rimbaud marche dans les pas de Baudelaire et fait de sa Vénus anadyomène une fleur du mal. 

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