Analyse de Iphigénie de Racine

Analyse de Iphigénie de Racine

Acte I scène 1, Scène d’exposition

La pièce commence avant le lever du jour « Quel important besoin vous a fait devancer l’aurore de si loin ? » ce qui rend cette scène d’exposition exceptionnelle et inquiétante, la nuit évoquant le secret. Le rythme haché du vers 9 « Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune ! » et la répétition de « et » souligne les obstacles qu’Agamemnon doit surmonter. On voit qu’Agamemnon n’ose pas confier directement à Arcas ce qui l’angoisse. La gradation dans l’énumération des motifs de bonheur énumérés par Arcas accentue la cruauté du dilemme auquel Agamemnon est confronté. L’évocation d’Atrée au vers 17 insiste sur l’importance de la lignée et renforce le poids du destin. Le personnage d’Arcas, comme tous les confidents de tragédie, a pour rôle de faire parler Agamemnon et d’alimenter sa réflexion. Le vers 40 « Non, tu ne mourras point, je n’y puis consentir » semble prononcé en aparté et montre qu’Agamemnon n’a pas écouté Arcas. La brièveté du vers 62 « Sacrifiez Iphigénie » met l’oracle en valeur et souligne l’horreur de ce qui est demandé. Si Agamemnon avait refusé de sacrifier sa fille pour sauver sa patrie, il serait devenu un « roi sans gloire » indigne de régner. Il fait d’Achille un portrait élogieux, insistant avec la métaphore « Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent ? »  sur la rapidité de ce valeureux guerrier soulignée également par les verbes d’action « Achille va combattre, et triomphe en courant ». Le stratagème imaginé par Agamemnon aux vers 149 à 156 «  Pour renvoyer la fille et la mère offensée, Je leur écris qu’Achille a changé de pensée », révèle une méconnaissance profonde de la psychologie féminine et laisse imaginer au spectateur une suite inquiétante. Il ressort de cette scène d’exposition un portrait d’Agamemnon empreint de faiblesse et tiraillé entre son orgueil et son amour paternel.

Acte II scène 1, Comment le discours amoureux d'Eriphile fait d'elle un personnage tragique par excellence ?

I) Une scène d’aveu

Premièrement, toutes les tragédies qui ont pour sujet l’amour contiennent une scène d’aveu. Le personnage de Doris ayant le rôle de confidente, embraye la conversation pour permettre à Eriphile d’avouer ses sentiments, comme une libération. On le voit à la répartition de la parole, Doris n’a que quelques courtes répliques contrairement à Eriphile qui elle, parle par tirades. Le mot “étonnement” qui signifie “frappé par la foudre” montre à quel point l’aveu d’Eriphile est surprenant, ce qui est renforcé par la répétition lexicale. De plus, le verbe “écoute” qui forme une phrase à lui seul marque une coupure et vient casser le rythme de la tirade pour matérialiser la stupeur. L’anaphore du pronom personnel “je” montre qu’Eriphile se livre sur ses sentiments avec sincérité et sans restriction. La violence des actes passés d’Achille que nous pouvons observer avec le champ lexical de la violence, est effacé par l’amour déraisonnable que lui porte Eriphile : “bras ensanglanté” “sauvage” “fureur” “haine”. Le personnage avoue également sa perte de contrôle de soi et se laisse envahir par ses émotions : “Je sentis le reproche expirer dans ma bouche. Je sentis contre moi mon coeur se déclarer, J'oubliai ma colère, et ne sus que pleurer.”

 

II) Un amour interdit

Chez Racine, la musicalité du texte est primordiale et fortement symbolique. L’allitération en [s] renforce l’idée de souffrance qu’éprouve le personnage vis à vis de la situation, Eriphile n’est plus maîtresse d’elle-même et se laisse dépasser par sa passion : “Je me flattais sans cesse, Qu'un silence éternel cacherait ma faiblesse.” De plus,l’enjambement vient confirmer l’idée d’éternité. L’assonance en [r] évoque la jalousie d’Eriphile envers Iphigénie dont elle ne peut accepter le bonheur. “Je n'accepte la main qu'elle m'a présentée,Que pour m'armer contre elle, et sans me découvrir,Traverser son bonheur que je ne puis souffrir.” Avec l’allitération en [l], l’amour est évoqué comme un fleuve d’émotions que le personnage ne peut contenir : “J'oubliai ma colère, et ne sus que pleurer. Je me laissai conduire à cet aimable guide. Je l'aimais à Lesbos, et je l'aime en Aulide.” Le tragique du personnage est renforcé par sa souffrance et ses tourments intérieurs, on le voit notamment grâce au champ lexical de la violence. “sanglante” “douleur” “destructeur”. Le personnage se laisse dépasser par ses tourments psychologiques et laisse paraître une potentielle mort avec son champ lexical : “funeste” “mortels” “fatal”. Les sentiments du personnage s’opposent en passant de la haine à l’amour, au moment où Eriphile voit Achille. Le changement de rythme avec la phrase “je le vis” marque le coup de foudre passant par le regard. Le refus de l’aide d’Iphigénie à Eriphile, préférant la mort plutôt que l’aide de la fiancée de l’homme qu’elle aime, renforce le tragique du personnage qui n’accepte aucun compromis : “Je n'accepte la main qu'elle m'a présentée, Que pour m'armer contre elle, et sans me découvrir, Traverser son bonheur que je ne puis souffrir.” 

Acte V scène 2, Comment dans cette tragédie classique, Racine met en scène un personnage qui choisit d’accomplir son destin tragique plutôt que d’échapper à la mort (contrairement à la logique qui voudrait que Iphigénie accepte de s’enfuir avec l’homme qu’elle aime et qui lui propose de l’épouser et de lui sauver la vie).

I) Des héros tragiques

a) Un destin qui ne peut changer

 

v7-8 : Enjambement : met en valeur les deux mots à la jointure : “sort” évoque le destin ; “Veulent” une volonté divine.

 

v16 : “éternels” renvoie au destin.

 

v18 : “Vous-même dégagez la foi de vos oracles” Présence d’oracle donc évoque le destin, thème classique de la tragédie.

 

v13 : “Telle est la loi des Dieux à mon père dictée” Le destin d’Iphigénie est écrit à l’avance.

 

v14 : “En vain sourd à Calchas” Le destin d’Iphigénie est écrit à l’avance. La présence d’un devin dans la tragédie vient de l’Antiquité. “il l’avait rejetée” Agamemnon n’avait pas accepté cette prophétie. C’est un héros tragique car il lutte contre son destin.

 

v45 : “Et ce devoir suprême…“ Iphigénie doit mourir car les Dieux en ont décidé, thème classique de la tragédie.

 

v49 : “Vous-même, que retient un devoir si sévère“, Rappelle de l’importance du destin d’Iphigénie.

 

v15 : “Par la bouche des Grecs contre moi conjurés” Son peuple veut ce sacrifice.

 

v59 : “Asservie à des lois que j’ai dû respecter,” Iphigénie doit agir car le peuple l’en contraint.

 

v8 : “mort” Iphigénie a conscience qu’elle va mourir.

 

v23-v24 : “et dans ses murs vides de citoyens,” “Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens” Notion de mort, thème classique de la tragédie.

 

b) Achille se bat contre le destin

 

v1 : “cessez de tenir ce langage” Achille n’accepte pas la mort d’Iphigénie. Ponctuation exclamative montre les émotions d’Achille qui est très amoureux d’Iphigénie.

 

v3 : anaphore de “Songez-vous” : Achille insiste pour essayer de convaincre Iphigénie.

 

v32 : “Non, je ne reçois point vos funestes adieux.” Achille n’accepte pas la mort d’Iphigénie, il se combat contre le destin.

 

v37 : “Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes,“ v38 : “Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes. Achille dit à Iphigénie qu’en partant avec elle, cela reviendra au même que si elle se sacrifiait“

 

v41 :  “Ma gloire, mon amour vous ordonnent de vivre“ Achille se bat contre le destin, thème classique de la tragédie.

 

v42 : “Venez, Madame ; il faut les en croire, et me suivre“ Achille se bat contre le destin, thème classique de la tragédie.

 

v53 : “Enfin c’est trop tarder, ma Princesse, et ma crainte…“ Achille essaye de convaincre Iphigénie

 

v54 : “Quoi, Seigneur ! vous iriez jusques à la contraintes ?” Achille se bat contre le destin, thème classique de la tragédie.

 

II) Iphigénie choisit de mourir pour accomplir son destin

a) Iphigénie ne parle que de la mort

 

v25 : “Je meurs dans cette espoir satisfaite, et tranquille.” Montre que Iphigénie veut mourir.

 

v35 : “obstinée à mourir,“ Montre que Iphigénie veut mourir.

 

v58 : “Ah! Seigneur, épargnez la triste Iphigénie.” Iphigénie essaye de convaincre Achille de la laisser mourir.

 

v63 : “Je saurai m’affranchir dans ces extrémités” Iphigénie n’a pas besoin d’Achille pour choisir.

 

v64 : “Du secours dangereux que vous me présentez” Iphigénie essaye de convaincre Achille de la laisser mourir.

 

v31: “Adieu, Prince, vivez, digne race des Dieux” ponctuation: fin de discours, essoufflement d’Iphigénie. Iphigénie accepte sa mort et fait ses adieux à Achille.

 

v33: “En vain par ce discours votre cruelle adresse“, v34 : “Veut servir votre père, et tromper ma tendresse“ Montre que Iphigénie préfère mourir que de partir avec Achille.

 

v43 : “Que contre un père osant me révolter,“ v44 : “Je mérite la mort que j’irais éviter ?“ Iphigénie rappelle que même si elle fuit, dans tous les cas, elle doit mourir

 

b) Iphigénie essaye de convaincre Achille que sa mort est pour son bien à lui

 

v12 : “Si mon sang ne l’arrose, est stérile pour vous” métaphore disant qu'elle doit s’ils veulent gagner la guerre. Comme le paysan arrose son champ pour les que les cultures poussent, Iphigénie doit se sacrifier pour que son camp est la victoire.

 

v36 : “Intéresser ma gloire à vous laisser périr“ Iphigénie veut mourir pour servir la carrière d’Achille.

 

v57 : “Ma gloire vous serait moins chère que ma vie?” Iphigénie essaye de convaincre Achille de la laisser mourir. Elle lui dit que sa vie est moins importante que sa gloire à lui

 

v9-10 : “Songez” Iphigénie demande à Achille de réfléchir sur l’importance pour ce-dernier de gagner la guerre.

 

v21- 22 : “déjà Troie en alarmes Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes” Iphigénie rappelle à Achille que déjà sa mort fait peur à l’ennemie

 

v17 : “Partez : à vos honneurs j’apporte trop d’obstacles.” Montre que Iphigénie veut mourir, elle dit à Achille qu’elle met en danger sa carrière.

 

Conclusion :

Iphigénie ne se comporte pas comme les autres héros tragiques car elle ne lutte pas contre son destin mais elle le poursuit !

Acte V scène 6, Comment Racine fait-il de la mort d’Iphigénie un poème spectaculaire tout en respectant la règle de bienséance imposée par le dénouement tragique à l’âge classique ?

I) Un dénouement tragique

 

“Ma fille ! Ah, prince ! O Ciel ! Je demeure éperdue.

Quel miracle, Seigneur, quel Dieu me l'a rendue ?” : La mère se demande si sa fille est toujours en vie. La ponctuation forte et les les émotions de désespoir montrent le tragique des répercussions de la mort d’Iphigénie sur ses proches.

“Vous m'en voyez moi-même en cet heureux moment

Saisi d'horreur, de joie et de ravissement.” : Ulysse exprime à la fois sa joie pour sa patrie mais aussi son désespoir sur la mort d’Iphigénie. Le tragique de la pièce repose sur le fait que la mort d’Iphigénie cause de la souffrance aux personnes qui l’aiment mais elle apporte également la victoire à son peuple et donc elle est source de joie dans tout le pays.

 

II) Le choix du récit pour respecter la règle de bienséance

 

Pour ne pas montrer sur scène le sacrifice d’Iphigénie, le dramaturge fait raconter sa mort par le personnage d’Ulysse. Il fait s’interposer Achille entre le bourreau et Iphigénie, introduisant la romance, mais Iphigénie étant une héroïne tragique, elle décidera de se tuer elle-même pour éviter que la main du bourreau ne la touche et parce qu’elle accepte dignement son destin qui est de mourir pour sa patrie : “Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas. Le sang de ces héros dont tu me fais descendre Sans tes profanes mains saura bien se répandre”.

 

III) Les procédés qui rendent la mort d’Iphigénie spectaculaire

 

Le récit d’Ulysse est construit sur une hypotypose. En effet, plusieurs sens sont sollicités : la vue : “De ce spectacle affreux votre fille alarmée Voyait pour elle Achille, et contre elle l'armée.” , le toucher : “Furieuse, elle vole, et sur l'autel prochain Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein.”, l’ouïe : “Vous, Achille, a-t-il dit, et vous, Grecs, qu'on m'écoute.”

Ulysse convoque d’autres personnages en restituant leurs paroles au discours direct pour rendre son récit plus vivant. Ainsi il donne la parole à Calchas : “Ainsi parle Calchas.”, et à Iphigénie : “Arrête, a-t-elle dit, et ne m'approche pas. Le sang de ces héros dont tu me fais descendre Sans tes profanes mains saura bien se répandre”.

C’est un récit à la fois pathétique et tragique. Le tragique réside dans le fait que Iphigénie accepte son destin : “Furieuse, elle vole, et sur l'autel prochain Prend le sacré couteau, le plonge dans son sein.”. Le pathétique est présent chez Iphigénie puisqu’elle souffre en attendant son sort : “Elle était à l'autel, et peut-être en son coeur Du fatal sacrifice accusait la lenteur”.

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