Analyse de Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

Analyse de Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal

Analyse de l'Incipit. De «Ils se donnent rendez-vous au sortir du virage» à « des paquets de clopes »

I) Un cadre spatio-temporel réaliste

Les détails qui décrivent la corniche sont réalistes et permettent de se représenter ce lieu de façon claire et précise. La corniche est présentée à la fois comme une ceinture qui entoure la ville, un lien entre les beaux quartiers et les quartiers populaires, une zone de passage et de rencontre. Elle semble vivante à la fois par sa sinuosité et l’animation qui s’y déroule avec les adolescents qui y viennent en bus, en métro, en scooter et qui regardent passer les voitures. C’est un lieu en perpétuel mouvement qui change aussi d’aspect en fonction de l’heure de la journée. Elle semble éternelle donc en-dehors du temps, dans un perpétuel recommencement. 

 

II) Des personnages non-identifiés

Les personnages ne sont pas identifiés ni individualisés car ils représentent tous les adolescents. Il ne s’agit pas de décrire des individus mais des comportements. L’accumulation de détails descriptifs souligne le comportement grégaire des adolescents en créant une impression de confusion et de mouvement qui laisse présager le début d’une aventure.

 

III) Un narrateur omniprésent

Le narrateur omniscient est omniprésent. C’est à travers son point de vue externe que la scène est racontée. Il porte un regard à la fois critique et attendri sur les personnages : « des p’tits cons » et crée ainsi une complicité avec le lecteur dès le début du roman.

Analyse de Faire un Just do it. De «Ceux de la Plate y déboulent» à «ils disent aussi faire un Just Do It»

1) L’auteure fait entrer le lecteur dans le monde des adolescents par sa façon d'écrire et par le point de vue du narrateur.

Le narrateur utilise un langage familier propre à l'adolescent ainsi que des onomatopées pour donner l’impression d’un dialogue avec les personnages. “aaaah!, ooooh!, baaanzai!” “t’as fait le lapin surpris dans les phares, t’as fait la mouche, le ouistiti” 

Le langage familier et les onomatopées utilisées sont propres à la façon de parler de l’adolescent, comme si le narrateur en était un aussi.

De plus, le narrateur, bien qu'extérieur et omniscient, nous donne un point de vue de l'intérieur du groupe, comme si le lecteur faisait partie du récit. La description du saut et de l'arrivée dans l’eau renforce cette impression du lecteur qui prend part à l'action. 

 

2) Le saut du plongeoir est une métaphore de l’adolescence car il montre les différentes facettes de la vie d’un adolescent.

Premièrement, les adolescents du texte montrent un goût pour le danger et l'adrénaline qui est habituel à cet âge là.  La phrase “Un cri de fin du monde, n’importe quoi, un rire peut-être - mais pas encore de terreur ” souligne la quête de l’adolescent pour se faire peur et se dépasser. Les personnages montrent aussi un côté animal avec leurs cris de guerre qui les accompagnent à chaque saut et qui illustrent leur côté sauvage, bestial : "aaah!, ooooh!, baaanzai!” Ce côté animal est aussi montré par la parade amoureuse que les garçons se livrent entre eux pour impressionner les filles, tels des paons.

Deuxièmement, le texte renvoie au statut psychologique et social de l’adolescent. Les différentes hauteurs des plongeoirs sont une métaphore des différents niveaux du groupe qui séparent les plus forts des plus faibles (ce qui renvoie encore une fois au côté animal). Ce type d’acte de la part des adolescents est caractéristique de l’envie de plaire à ses camarades “le regard qui se lève vers le promontoire où les autres attendent renversées la tête en bas”, de s'intégrer et de répondre à la pression de la part ses pairs. Ils cherchent à s'intégrer dans leur cercle d’amis mais aussi à défier et se séparer de la société. Les adolescents ne veulent pas respecter les règles instaurées par les adultes dans un geste de défi. 

Finalement, l’adolescent a besoin de prouver à soi-même et aux autres son courage et sa maturité. Il cherche à battre ses camarades pour montrer qu’il est le plus fort : “là est le jeu la petite compète". Le plongeon dans le vide est aussi une métaphore du saut dans l’inconnu. L’adolescent fait un pas de plus vers l’inconnu du monde des adultes, comme s’il était baptisé en sautant dans l’eau.  Il se met en danger pour montrer aux autres qu’il est maître de son destin car il vaut mieux mourir en faisant un “Just Do It” que se défiler.

Analyse du grand plongeon. De « Comment tu peux savoir ce que ça fait le vertige » à «  dans un plus vaste monde »

I) L’évocation du coup de foudre

Dans cet extrait le narrateur adopte le point de vue interne des personnages afin de permettre au lecteur de partager leurs émotions au fur et à mesure qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre. C’est un passage sensuel où le personnage d’Eddy fantasme sur celui de Suzanne. La description s’attarde longuement sur la peau de la jeune fille pour insister sur l’éveil du désir du garçon. La façon dont il imagine « sa vie de riche » est également révélatrice de l’intérêt qu’il lui porte et met son imagination en ébullition autant que ses sens, ce qui est retranscrit par le discours indirect libre. La connexion entre les adolescents est intense. Elle se fait par la sensualité de leurs corps qui se sentent sans se toucher, par leurs paroles qui ne servent qu’à prolonger ces instants d’intimité naissante, et par la peur qu’ils ressentent autant l’un que l’autre.

 

II) Un plongeon initiatique

Ce plongeon imposé comme un rite initiatique pour Suzanne qui souhaite intégrer le groupe d’Eddy est également un rite de passage pour Eddy qui doit prouver au groupe qu’il mérite sa place de leader. C’est également un plongeon initiatique pour les deux adolescents qui « font le grand saut » ensemble ce qui symbolise le début de leur relation amoureuse, un univers inconnu dans lequel on se perd comme dans la mer, l’eau étant le symbole traditionnel des émotions et sentiments, d’où découle l’expression « se noyer dans un verre d’eau ».

Analyse de La traque. De « Alors on lança la chasse aux enfants de la corniche » à «  Gendarmes contre plongeurs »

I) Deux camps qui s’affrontent

Le narrateur adopte ici une focalisation externe qui laisse percevoir son point de vue sur la traque des enfants. Deux clans semblent s’affronter avec des moyens inégaux. D’un côté, les adultes équipés de tout un arsenal policier et médiatique dans le but d’éradiquer les comportements à risque. De l’autre côté, des adolescents amateurs de sensations fortes excités par ce nouveau danger représenté par la traque.

 

II) Le jeu du chat et de la souris

Le rythme rapide des phrases mime celui de la traque. L’ampleur des moyens déployés par les adultes pour attraper et sermonner les adolescents qui mettent leur vie en danger en plongeant de la corniche Kennedy semble disproportionné et donne au texte une dimension épique qui dénote avec le registre familier omniprésent dans tout le roman. Ce mélange des registres est caractéristique de l’écriture de l’auteur et permet une proximité avec le lecteur tout en facilitant la plongée au coeur de l’action.

Analyse de l'Excipit. De « Ils longent calmement l’aplomb de la gorge » à « Le colis miroite comme une source »

I) Le récit de la peur

La peur des personnages est retranscrite par le point de vue interne et le discours indirect libre. Le rythme rapide des phrases mime également la respiration haletante des personnages qui s’enfuient. Cette peur, qui a été à l’origine du coup de foudre entre Eddy et Suzanne lors de leur première rencontre en haut de la falaise, les relie à nouveau et resserre leurs liens dans ce moment de grande tension.

 

II) Un paysage symbolique

Le paysage escarpé est une représentation symbolique des émotions des personnages qui vivent en permanence au bord du précipice. Ils marchent sur la ligne qui sépare le bien et le mal. Le policier Sylvestre Opéra leur offre une chance de revenir du bon côté de la ligne en se rendant de leur plein gré, mais Suzanne et Eddy préfèrent s’enfuir. « Le colis miroite comme une source », mais ce qu’ils prennent pour une source financière est surtout une source de problèmes. C’est une fin ouverte qui nous laisse imaginer une fin tragique car à trop courir sur la crête de la falaise, au sens propre comme au sens figuré, les deux jeunes amoureux risquent de s’abîmer dans le précipice. Cette attirance pour le vide n’est pas un bon présage et leur chute morale pourrait être suivie d’une chute mortelle.

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