Analyse de L'Assommoir de Zola

Analyse de L'Assommoir de Zola

Incipit,  De «L'hôtel se trouvait sur le boulevard de la Chapelle» à «puis, elle appuyait plus fortement son mouchoir sur la bouche, comme pour renfoncer sa douleur.» En quoi ce texte naturaliste est-il aussi un texte symbolique ?

I) Un texte naturaliste 

 

"L'hôtel se trouvait sur le boulevard de la Chapelle, à gauche de la barrière Poissonnière."- Zola place le cadre spatio-temporel de son histoire. 

 

"Au-dessus d'une lanterne aux vitres étoilées, on parvenait à lire entre les deux fenêtres : Hôtel Boncoeur, tenu par Marsoullier, en grandes lettres jaunes, dont la moisissure du plâtre avait emporté des morceaux."- Zola effectue une description très précise de l’habitat de Gervaise afin que le lecteur puisse  l’imaginer.  

 

"Gervaise, que la lanterne gênait, se haussait, son mouchoir sur les lèvres." - Le lecteur peut se représenter l’image de Gervaise tenant son mouchoir. 

 

 "Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants ;" - Zola place des éléments naturalistes puisqu’il ancre l’action dans un rue réelle  et en faisant la description détaillée des bouchers et de leur tablier sanglant. 

 

"et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées."- Le lecteur peut sentir l’odeur de l’abattoir. 

 

 "Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d'avenue, s'arrêtant, presque en face d'elle, à la masse blanche de l'hôpital de Lariboisière, alors en construction."- Zola effectue une description de l’entourage de Gervaise. Il montre aussi l’urbanisation de Paris en raison du grand exode rural des ruraux pour devenir des ouvriers. "Lentement, d'un bout à l'autre de l'horizon, elle suivait le mur de l'octroi, derrière lequel, la nuit, elle entendait parfois des cris d'assassinés ;"- Zola décrit le quartier défavorisé de Paris et se fait défenseur de cette classe muette. 

 

"et elle fouillait les angles écartés, les coins sombres, noirs d'humidité et d'ordure, avec la peur d'y découvrir le corps de Lantier, le ventre troué de coups de couteau."- Gervaise cherche son quartier par peur de trouver Lantier assassiné. Le mot “ordure”  a ici une double signification : dans le sens propre les déchets et dans le sens figuré les criminels.

 

"Quand elle levait les yeux, au delà de cette muraille grise et interminable qui entourait la ville d'une bande de désert, elle apercevait une grande lueur, une poussière de soleil, pleine déjà du grondement matinal de Paris."- Zola décrit l’isolement des ouvriers par rapport à la ville de Paris. 

 

"Mais c'était toujours à la barrière Poissonnière qu'elle revenait, le cou tendu, s'étourdissant à voir couler, entre les deux pavillons trapus de l'octroi, le flot ininterrompu d'hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des hauteurs de Montmartre et de la Chapelle."- Zola décrit Paris comme dans son roman Le Ventre de Paris. 

 

"Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d'ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; et la cohue s'engouffrait dans Paris où elle se noyait, continuellement."- Il décrit le travail des ouvriers parisiens.

 

II) Le symbolisme 

 

"C'était une masure de deux étages, peinte en rouge lie de vin jusqu'au second, avec des persiennes pourries par la pluie."- Zola en décrivant l’habitat de Gervaise caractérise aussi son personnage : Gervaise sera malheureuse toute sa vie a cause de l’alcool ce qui est indiqué par la peinture de l'hôtel- couleur lie de vin. Les persiennes pourries symbolisent le regard pessimiste  que porte Gervaise sur son entourage. 

 

"Au-dessus d'une lanterne aux vitres étoilées, on parvenait à lire entre les deux fenêtres : Hôtel Boncoeur, tenu par Marsoullier, en grandes lettres jaunes, dont la moisissure du plâtre avait emporté des morceaux."- Le nom de l'hôtel est un paradoxe puisque son propriétaire n’a pas le coeur bon. La couleur jaune est la couleur des traîtres. La moisissure a une valeur symbolique puisqu'elle représente l’atrophie du cerveau des alcooliques.  

 

"son mouchoir sur les lèvres."- Le mouchoir  sur les lèvres de Gervaise a une valeur symbolique. En tenant son mouchoir près de sa bouche, elle empêche son âme de partir comme la perd tout son entourage alcoolique. Gervaise essaye de rester saine dans un milieu hostile.

 

"Elle regardait à droite, du côté du boulevard de Rochechouart, où des groupes de bouchers, devant les abattoirs, stationnaient en tabliers sanglants ;" - Les bouchers ont une signification symbolique: la société. En effet, la société tue ses ouvriers par les conditions de travail et de misère qui les plongent dans l’alcoolisme connoté par la couleur “rouge lie de vin”  et par la couleur du sang qui rappelle celle du vin.  

 

 "et le vent frais apportait une puanteur par moments, une odeur fauve de bêtes massacrées."- Les bêtes massacrés sont encore une fois les ouvriers  tués froidement par la société.  

 

 "Elle regardait à gauche, enfilant un long ruban d'avenue, s'arrêtant, presque en face d'elle, à la masse blanche de l'hôpital de Lariboisière, alors en construction."- Le blanc de l'hôpital symbolise la blancheur des ouvriers mots dans les conditions atroces, puisque la construction des hôpitaux n'est pas encore  achevé.

 

"Lentement, d'un bout à l'autre de l'horizon, elle suivait le mur de l'octroi, derrière lequel, la nuit, elle entendait parfois des cris d'assassinés ;"- Cet extrait a aussi une valeur symbolique puisqu’il connote l’assassinat des ouvriers par la société. 

 

"Quand elle levait les yeux, au delà de cette muraille grise et interminable qui entourait la ville d'une bande de désert, elle apercevait une grande lueur, une poussière de soleil, pleine déjà du grondement matinal de Paris."- La muraille qui entoure son quartier représente sa condition sociale. Cette  barrière l'empêche de voir le ciel et d’avoir ainsi son salut.  

 

 "Mais c'était toujours à la barrière Poissonnière qu'elle revenait, le cou tendu, s'étourdissant à voir couler, entre les deux pavillons trapus de l'octroi, le flot ininterrompu d'hommes, de bêtes, de charrettes, qui descendait des hauteurs de Montmartre et de la Chapelle."- Il reprend la métaphore filée des ouvriers massacrés par la société. Les bêtes sont ici encore une fois les ouvriers travaillant dans des conditions atroces à la manière des animaux.   

 

"Il y avait là un piétinement de troupeau, une foule que de brusques arrêts étalaient en mares sur la chaussée, un défilé sans fin d'ouvriers allant au travail, leurs outils sur le dos, leur pain sous le bras ; et la cohue s'engouffrait dans Paris où elle se noyait, continuellement."- Nous pouvons apercevoir un champ lexical de l’eau  qui connote les émotions que ressent Gervaise, en train de chercher Lantier et le lexique de la noyade qui rappelle l’expression se noyer dans l’alcool.  

 

"Lorsque Gervaise, parmi tout ce monde, croyait reconnaître Lantier, elle se penchait davantage, au risque de tomber ; puis, elle appuyait plus fortement son mouchoir sur la bouche, comme pour renfoncer sa douleur."- Gervaise appuie sur son mouchoir pour empêcher symboliquement son âme de lui échapper. 

 

Pour conclure, cet extrait présente toutes les caractéristiques d’un texte naturaliste. Cependant le symbolisme présent par  les sous-entendus montre à la manière d’une prolepse la  vie entière  de Gervaise qui sera complètement bouleversée par l’alcool qui donne son titre au roman: L'Assommoir.  

La description de l’alambic au chapitre 2, De «Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s'inquiétant de l'heure.» à «C'est bête, ça me fait froid, cette machine. La boisson me fait froid» En quoi cette description à première vue banale d’un alambic annonce-t-elle le destin tragique de Gervaise?

1.   Une peinture acide du monde ouvrier : la critique sociale

 

“Elle se leva [...] s’inquiétant de l’heure”  nous montre le monde ouvrier : Ils doivent rentrer tôt chez eux pour travailler le lendemain. Coupeau la suit et va lui porter malheur. Il va l’entrainer dans l'alcool.

 

“Cependant, Mes-Bottes, accompagné de ses deux camarades, était venu s'accouder sur la barrière, en attendant qu'un coin du comptoir fût libre” : le personnage est matérialiste, il se fait surnommer comme un objet. Cela montre que les ouvriers ne pensent qu’au bénéfice. Il attend de pouvoir boire : c’est un symbole du monde ouvrier : ils attendent de pouvoir boire pour se réchauffer.

 

“il avait un rire de poulie mal graissée, hochant la tête, les yeux attendris, fixés sur la machine à soûler” : Le personnage est véritablement comparé à une machine : rire = poulie… Il ne voit la machine uniquement comme un outil qui lui permet de se saouler et donc d’oublier les problèmes de sa vie.

 

“Tonnerre de Dieu ! elle était bien gentille ! Il y avait, dans ce gros bedon de cuivre, de quoi se tenir le gosier au frais pendant huit jours” : Les ouvriers sont calculateurs, ils veulent se saouler mais n’ont que très peu d’argent. Cet alambic les fait rêver. Le langage est familier : "gros bedon de cuivre". 

 

“Lui, aurait voulu qu'on lui soudât le bout du serpentin entre les dents, pour sentir le vitriol encore chaud l'emplir, lui descendre jusqu'aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau.” : On a l’impression que l’homme vit uniquement pour se saouler ; il souhaite recevoir de l’alcool en perfusion.

 

“Dame ! il ne se serait plus dérangé, ça aurait joliment remplacé les dés à coudre de ce roussin de père Colombe !”  : C'est un personnage ivrogne, il ne boit jamais assez. 

 

“Et les camarades ricanaient, disaient que cet animal de Mes-Bottes avait un fichu grelot, tout de même.” : Ses camarades se moquent de lui car il fait déjà du bruit alors qu’il n’a pas commencé à boire, il n’a aucune éducation ni aucune retenue.

 

“L'alambic, sourdement, sans une flamme, sans une gaieté dans les reflets éteints. de ses cuivres, continuait, laissait couler sa sueur d'alcool, pareil à une source lente et entêtée, qui à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris”: L’alambic est toujours aussi inquiétant. Il a le pouvoir de noyer toute une partie de Paris : le monde ouvrier.

 

2.           Une prolepse de la vie de Gervaise : l’aspect tragique

 

“elle eut la curiosité d'aller regarder [...] le grand alambic de cuivre rouge”: La situation a un aspect tragique. Gervaise s'intéresse à son futur bourreau : l’alcool. Elle souhaite déjà voir l’alambic par pure curiosité.

 

La description de l’alambic par le zingueur est une prolepse : Gervaise s'intéresse déjà à la fabrication de l’alcool.

 

“limpide filet d’alcool” : Comme si la suite de l’histoire était limpide, claire et écrite depuis toujours. 

 

“enroulement” “pas une fumée ne s'échappait” on peut comparer cet alambic à leur futur appartement, Gervaise n’aura plus assez d’argent pour faire fonctionner le poêle, il n’y aura donc plus de fumée. Ses enfants seront enlacés, pour ne pas avoir froid. “à peine entendait-on un souffle intérieur” : comme ses enfants  dont on pourrait se demander s’ils vivent encore.

 

“c'était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet”: Le froid les touche le jour comme la nuit, le froid est un travailleur implacable, trop puissant pour que la famille puisse résister.

 

L’alambic va envahir le monde ouvrier, il a un aspect prophétique  car il va envahir Gervaise et toute sa famille.

“Alors, Gervaise, prise d'un frisson, recula ; et elle tâchait de sourire, en murmurant : — C'est bête, ça me fait froid, cette machine. La boisson me fait froid" : Cette prophétie va se réaliser, l’alcool lui fait froid car il va la tuer. C’est la mort qui lui fait froid, elle ne le sait pas encore mais elle va sombrer dans l’alcool comme de nombreux ouvriers de Paris. Elle va être contaminée par son entourage et son milieu social qui l’entraîne irrémédiablement vers la déchéance. Elle fait semblant de sourire pour ne pas faire paraître sa peur devant les ouvriers et devant Coupeau. Gervaise va mourir dans le froid également, comme cette boisson qui la glace.

La visite du musée du Louvre le jour du mariage de Gervaise, De « La nudité sévère de l'escalier les rendit graves. » à « -Voilà le balcon d'où Charles IX a tiré sur le peuple. » En quoi cette scène nous informe-t-elle sur le milieu social des personnages représentés ?

« La nudité sévère de l'escalier les rendit graves. » : ils sont impressionnés par l’austérité du bâtiment car ils sont habitués à l’ambiance délurée du bistrot.

« Un huissier superbe, en gilet rouge, la livrée galonnée d'or, qui semblait les attendre sur le palier, redoubla leur émotion. » : ils sont impressionnés par la richesse du vêtement de l’huissier car ils jugent sur les apparences.

« Alors, sans s'arrêter, les yeux emplis de l'or des cadres, il suivirent l'enfilade des petits salons, regardant passer les images, trop nombreuses pour être bien vues. » : ils sont fascinés par le luxe des dorures au point de ne pas voir les tableaux. Même lorsqu’on les met face à de l’art, les ouvriers restent insensibles à la beauté, seul l’argent compte pour eux, ils ont un regard de pauvres.

« Il aurait fallu une heure devant chacune, si l'on avait voulu comprendre. » : les ouvriers sont abrutis par l’alcool qui altère leurs facultés intellectuelles.

« Que de tableaux, sacredié! ça ne finissait pas. » : même dans ce lieu solennel qu’est le musée, ils jurent et trouvent le temps long car ils sont incapables d’apprécier. Ils sont obnubilés par l’argent : « Il devait y en avoir pour de l’argent. » 

« Puis, au bout, M. Madinier les arrêta brusquement devant le Radeau de la Méduse; et il leur expliqua le sujet. Tous, saisis, immobiles, ne disaient rien. Quand on se remit à marcher, Boche résuma le sentiment général : c'était tapé. » : le tableau Le Radeau de la méduse est une métaphore des ouvriers qui, partis complètement à la dérive, parcourent la vie tels des naufragés attendant la mort.

« M. Madinier voulait leur montrer les dorures et les peintures du plafond; mais ça leur cassait le cou, et ils ne distinguaient rien. » : cette phrase est encore une métaphore qui indique que les ouvriers sont incapables de regarder le Ciel même lorsqu’on le leur montre. Ils sont descendus si bas dans l’enfer de l’alcool et de la misère qu’ils ne peuvent plus se relever.

« -Voilà le balcon d'où Charles IX a tiré sur le peuple. » : Zola dénonce le fait que depuis des siècles le pouvoir français, malgré les changements de régime, continue à assassiner le peuple représenté ici par les ouvriers.

Gervaise à L’Assommoir, de «Il faisait très chaud, la fumée des pipes montait dans la clarté aveuglante du gaz» à « Elle approcha sa chaise, elle s'attabla.» Comment, dans cet extrait de roman naturaliste, le narrateur fait-il planer une menace sur le destin de Gervaise ?

« Il faisait très chaud, la fumée des pipes montait dans la clarté aveuglante du gaz, où elle roulait comme une poussière, noyant les consommateurs d'une buée, lentement épaissie » : cette phrase préfigure la descente aux enfers de Gervaise avec la chaleur. De plus elle indique que son esprit sera embué par l’alcool dans lequel elle finira par se noyer comme tous les autres.

« et, de ce nuage, un vacarme sortait, assourdissant et confus, des voix cassées, des chocs de verre, des jurons et des coups de poing semblables à des détonations. » : l’alcool rend les ouvriers bruyants et violents, il les déshumanise car ils ne se contrôlent plus et perdent jusqu’à l’usage de la parole.

« Aussi Gervaise avait-elle pris sa figure en coin de rue, car une pareille vue n'est pas drôle pour une femme, surtout quand elle n'en a pas l’habitude » : Gervaise, qui n’est pas encore alcoolique à ce moment du roman, affiche un air réprobateur que le narrateur qualifie ironiquement de « en coin de rue ». On peut y voir une prolepse de la future tentative de prostitution de Gervaise qui sera un échec de plus à la fin du roman.

« elle étouffait, les yeux brûlés, la tête déjà alourdie par l'odeur d'alcool qui s'exhalait de la salle entière. » : Gervaise ressent l’ivresse ambiante qui la contamine comme une maladie infectieuse.

« Puis, brusquement, elle eut la sensation d'un malaise plus inquiétant derrière son dos. Elle se tourna, elle aperçut l'alambic, la machine à soûler, fonctionnant sous le vitrage de l'étroite cour, avec la trépidation profonde de sa cuisine d’enfer. »: l’alambic associé au champ lexical de l’enfer se transforme en menace, tel un démon prêt à sauter sur Gervaise pour la posséder. 

« Le soir, les cuivres étaient plus mornes, allumés seulement sur leur rondeur d'une large étoile rouge; et l'ombre de l'appareil, contre la muraille du fond, dessinait des abominations, des figures avec des queues, des monstres ouvrant leurs mâchoires comme pour avaler le monde.» : la métaphore filée de l’enfer continue pour symboliser le monde des ouvriers qui sont tous sous le joug de l’alcool, c’est une fatalité sociale à laquelle ils ne peuvent échapper.

La conversation qui suit montre une Gervaise qui tente de résister face à des hommes qui essayent tour à tour de la forcer : «Dis donc, Marie-bon-Bec, ne fais pas ta gueule! cria Coupeau. Tu sais, à Chaillot les rabat-joie!... Qu'est-ce que tu veux boire? » ou de la séduire : «- Madame doit aimer les douceurs, murmura-t-il. ». Ces hommes ont donc une attitude diabolique : « sans cesser de ricaner », puisque le diable utilise tantôt la peur, tantôt la séduction pour attirer à lui de nouvelles victimes.

Finalement c’est la peur qui fait céder Gervaise : « avec un pli qui lui traversait le front d'une raie noire ».

Zola dénonce dans ce texte le fait que les ouvriers dépensent tout leur argent pour boire : « - Tiens! tu as raison, c'est une bonne idée. Comme ça, nous boirons la monnaie ensemble. », sous prétexte de faire quelque chose ensemble, alors qu’au contraire, l’alcool va les séparer.

Les Bijard, De «Mais on ne peut pas la laisser massacrer ! dit Gervaise toute tremblante» à «le cœur coupé, désespérant d’être jamais heureuse.» Comment Zola dénonce-t-il l’horreur de la violence conjugale dans cet extrait ?

I) Le thème de l’alcoolisme

a) La violence

 

Dès le début du passage il y a une utilisation d’un vocabulaire violent: “la laisser massacrer !” L’utilisation du mot “massacrer” montre que cette violence est inhumaine. De plus la violence dans ce passage est aussi représentée par le mobilier qui est déplacé lors de “ la lutte, la table avait roulé jusqu’à la fenêtre”. C’est à travers la description la femme que la violence est montrée de manière réaliste : “les jupes encore trempées par l’eau du lavoir et collées à ses cuisses, les cheveux arrachés, saignante, râlait d’un souffle fort, avec des oh ! oh ! prolongés, à chaque coup de talon de Bijard”. Cette importante description naturaliste dresse un tableau vivant de la violence conjugale. De plus la citation “Il l’avait d’abord abattue de ses deux poings ; maintenant, il la piétinait.” fait comprendre que cette scène de violence dure depuis un moment ce qui est accentué avec l’utilisation de mots comme “prolongés”, “chaque coup”, “il continua”. Nous comprenons aussi que même après l’avoir “abattue”  il continue en la piétinant sans relâche ce qui est encore plus déshumanisant.  Bijard, en la frappant, l’insulte “Ah ! garce !… ah ! garce !… ah ! garce !… grognait-il d’une voix étouffée, accompagnant de ce mot chaque coup,” ce qui renforce le caractère haineux de cette scène de violence conjugale, en effet, il la frappe également de plus en plus fort : “sifflant à le répéter, frappant plus fort à mesure qu’il s’étranglait davantage.” De plus la citation ”continua de taper sourdement, follement,” montre que cette violence est dépourvue de sens. Ceci est renforcé à la ligne suivante : “les voisins disaient qu’il la battait parce qu’elle lui avait refusé vingt sous, le matin”. Il bat sa femme parce qu'elle lui a refusé l’argent nécessaire à la survie de leurs enfants. Cela montre que l’alcool transforme les hommes en monstres qui n’ont plus aucune compassion, pas même pour leurs enfants et leur femme. La réaction de l’un des voisins, Boche, est d’une indifférence révoltante : “Descends, laisse-les se tuer, ça fera de la canaille de moins”, comme si cette femme méritait de se faire tuer par son mari.

 

b) La description de la chambre

La description de la chambre représente symboliquement les personnages : “La chambre, mansardée, très propre, était nue et froide” représente la femme qui est sans défense et quasiment morte. Bijard, lui, est représenté à l’aide d’une métaphore : “la chambre vidée par l’ivrognerie de l’homme, qui enlevait les draps du lit pour les boire”, celui-ci a vendu tout ce qu’il avaient pour se saouler. La femme est également décrite à travers le mobilier : “les deux chaises culbutées étaient tombées, les pieds en l’air” car elle aussi est renversée et au sol, laissée pour morte “sur le carreau”.

 

c) L’attitude des enfants

Lorsque Gervaise s’interpose pour calmer Bijard, celle-ci aperçoit les enfants de Bijard qui observent cette scène de violence conjugale : “Et, pendant toute cette tuerie, Gervaise voyait, dans un coin de la chambre, la petite Lalie, alors âgée de quatre ans, qui regardait son père assommer sa mère.” Ce qui rend cette petite fille d’autant plus admirable c’est qu’elle essaye de protéger sa soeur qui n’est encore qu’un bébé : “L’enfant tenait entre ses bras, comme pour la protéger, sa sœur Henriette, sevrée de la veille.” La petite Lalie elle, est “debout” tandis que sa mère est au sol, elle à l’air “pâle et sérieux” ce qui montre à quel point la petite fille doit être accoutumée à de telle scène de violence entre ses parents. De plus elle ne verse pas une “larme”, elle se comporte en “femme”, elle a le regard “grave et courageux” tandis que sa mère sanglote. C’est comme si les rôles étaient inversés entre la mère et la fillette. Cela montre aussi que la fillette est résignée à son sort en tant que femme puisqu'elle a pour seul exemple sa mère et les voisines qui sont toutes battues par leur maris qui sont tous des ivrognes. Cela renvoie à l'idée de destin et d'hérédité chère à Zola. Cette violence semble transmise des parents aux enfants, de génération en génération.

 

II) Un spectacle terrifiant

a) L’impuissance de Gervaise et des voisins

L’impuissance de Gervaise est visible dès la première ligne : “Mais on ne peut pas la laisser massacrer ! dit Gervaise toute tremblante.” L’insistance sur son état “toute tremblante” souligne son  impuissance face à la violence dont elle est témoin. Plus loin dans l’extrait  ils essayent de s’interposer : “À eux deux, ils tâchaient de raisonner le serrurier” mais c’est comme si la “flemme” de l’alcool rendait Bijard tellement violent que les voisins ne peuvent rien faire pour le calmer : “ses yeux pâles, l'alcool flambait, allumait une flamme de meurtre.”

 

b) La focalisation interne (le point de vue de Gervaise)

Le récit est fait en focalisation interne. C’est du point de vue de Gervaise que nous voyons cette scène se dérouler. Cela rend ce passage d’autant plus effrayant lorsqu’on reconnaît les similitudes entre Bijard et Coupeau car Gervaise s’imagine quelques instants plus tard subir le même supplice que sa voisine (“La blanchisseuse eut le poignet meurtri”) ce qui est confirmé à la fin de l’extrait.

 

c) Les similitudes entre Bijard et Coupeau

Dans ce passage on peut relever de nombreuses similitudes entre les Bijard et les Coupeau. En effet Bijard et Coupeau sont tous deux des alcooliques et ils ont tous les deux des femmes blanchisseuses. Lorsque Coupeau est aperçu il est “joliment poivré !” ce qui renvoie à Bijard qui a quelques instants auparavant  “massacré” sa femme car lui aussi était ivre. De plus la violence de Coupeau est insinuée : “Il faillit enfoncer un carreau d’un coup d'épaule, en manquant la porte.” L’ivresse aura donc le même effet sur lui que sur Bijard. En effet les deux hommes ont remplacé leur langage verbal par la violence physique : “Mais il la bouscula, sans desserrer les lèvres”. Le point culminant de la similitude est quand Coupeau “leva le poing sur elle. Il ressemblait à l'autre, au soûlard qui ronflait là-haut, las d’avoir tapé.” Cela renforce de nouveau le fait qu’ils ne sachent communiquer que par la violence.

La crise conjugale, De «Gervaise posa la main sur l’épaule de Coupeau, au moment où il sortait de la Petite-Civette.» à «elle suivit les boulevards, comme une dame qui prend l’air avant de rentrer pour la soupe.» Comment Zola met-il en cause le tragique de la misère sociale à travers cette violente scène de dispute conjugale ?

I) La misère sociale

“au moment où il sortait de la Petite-Civette.”: Bien que Coupeau n’ait pas assez d’argent pour manger, il en trouve suffisamment pour boire.

“— Dis donc, j’attends, moi… J’ai faim. C’est tout ce que tu paies ?” : Gervaise emploie un langage très cru. Le narrateur veut ainsi montrer le manque d’éducation engendré par la pauvreté. La misère sociale est aussi une misère intellectuelle, ce qui se voit encore plus chez Coupeau qui n’a aucun vocabulaire : “Fichtre ! ce n’était pas de la ripopée !”

“— Tu veux donc que je vole ? murmura-t-elle d’une voix sourde.

Mes-Bottes se caressait le menton d’un air conciliant.

— Non, ça, c’est défendu, dit-il. Mais quand une femme sait se retourner…

Et Coupeau l’interrompit pour crier bravo !” : A cause de l’alcoolisme de son mari Gervaise se retrouve contrainte de chercher des moyens illégaux pour gagner de l’argent.

“Les deux hommes descendaient vers le boulevard extérieur.” : Le boulevard est une indication géographique précieuse puisqu’il est à l’extérieur de la ville qu’il entoure, contrairement à l’avenue qui la traverse. Donc cela symbolise le fait que les personnages s’éloigne de plus en plus du centre ville qui représente la richesse et la dignité. Les boulevards sont des lieux de perdition et de prostitution, on peut donc y voir une prolepse.

 “Sans doute, ce n’était guère propre ; mais le propre et le pas propre se brouillaient dans sa caboche, à cette heure ; quand on crève de faim, on ne cause pas tant philosophie, on mange le pain qui se présente.” : Encore une fois le narrateur reprend le champ lexical de la propreté, afin de faire référence au passé de blanchisseuse de Gervaise. 

 

II) La misère conjugale

“— Dis donc, j’attends, moi… J’ai faim. C’est tout ce que tu paies ?” : Coupeau ne se préoccupe plus de la survie de Gervaise. 

“Mais il lui riva son clou de la belle façon.

— T’as faim, mange ton poing !… Et garde l’autre pour demain !” : Les relations entre les deux personnages sont marquées par la violence et on voit également qu’il n’y a plus d’amour entre eux malgré leur mariage d’amour. De plus Coupeau prend maintenant du plaisir à voir souffrir Gervaise.

“— Non, ça, c’est défendu, dit-il. Mais quand une femme sait se retourner…

Et Coupeau l’interrompit pour crier bravo !” : Coupeau soutient l’idée de Mes-Bottes à propos de la prostitution de sa femme. Elle doit trouver un moyen de ramener de l’argent pour son mari quel qu’en soit le prix. 

“Mais la sienne avait toujours été une guimbarde, un tas. Ce serait sa faute, s’ils crevaient sur la paille.” : À travers le discours indirect libre le narrateur nous donne accès aux pensées du personnage de Coupeau qui dénigre sa femme et qui lui impute la cause de leur pauvreté alors qu’elle a toujours travaillé dur et honnêtement tandis que lui buvait tout l’argent de Gervaise.

“— Mais, nom de Dieu ! puisque je n’ai rien ! gueula-t-il, en se retournant furieusement. Lâche-moi, n’est-ce pas ? ou je cogne !

Il levait déjà le poing. Elle recula et parut prendre une décision.” : Ce passage appuie le fait que Coupeau ne se gêne pas pour la battre et a déjà pris cela comme une habitude. Le rythme haché symbolise les coups de poings donnés par Coupeau à Gervaise.

“Du coup, le zingueur rigola. Il affectait de prendre la chose en blague, il la poussait, sans en avoir l’air” : Coupeau ne pense pas que Gervaise aura le courage de le quitter.

“Le soir, aux lumières, elle pouvait encore faire des conquêtes. Si elle levait un homme, il lui recommandait le restaurant du Capucin, où il y avait des petits cabinets dans lesquels on mangeait parfaitement.” : Coupeau ne se contente plus de faire du mal à Gervaise, en effet il se sert d’elle comme un objet, un appât. Coupeau la déshumanise.

“— Écoute donc, rapporte-moi du dessert, moi j’aime les gâteaux… Et, si ton monsieur est bien nippé, demande-lui un vieux paletot, j’en ferai mon beurre.” : Cette déclaration fait de Coupeau un proxénète.

 

III) Un destin tragique

“au moment où il sortait de la Petite-Civette.”: Gervaise est sûre de trouver son mari au bistrot.

“— Tu veux donc que je vole ? murmura-t-elle d’une voix sourde.

Mes-Bottes se caressait le menton d’un air conciliant.

— Non, ça, c’est défendu, dit-il. Mais quand une femme sait se retourner…

Et Coupeau l’interrompit pour crier bravo !” : Elle est contrainte de se détruire elle-même pour continuer à payer l’alcool de son mari. Elle commence sa vie en tant que blanchisseuse, ce qui représente la pureté et maintenant elle doit se prostituer, c’est-à-dire symboliquement se salir, se “mettre dans de beaux draps” selon l’expression populaire sous-entendue par Zola, qui le souligne ironiquement en insistant sur le “linge blanc” que porte Mes-Bottes, ce qui lui donne l’air d’un proxénète. Elle sombre donc dans une déchéance tragique puisqu’elle  lutte contre un mécanisme social de destruction qui va la broyer. 

 “Elle était bien résolue. Entre voler et faire ça, elle aimait mieux faire ça, parce qu’au moins elle ne causerait du tort à personne. Elle n’allait jamais disposer que de son bien” : Gervaise n’a pas d’autre choix que la prostitution pour survivre.

     “Sans doute, ce n’était guère propre ; mais le propre et le pas propre se brouillaient dans sa caboche, à cette heure ; quand on crève de faim, on ne cause pas tant philosophie, on mange le pain qui se présente.” : Ici le destin tragique du personnage de Gervaise prend tout son sens, en effet elle n’a plus aucun contrôle sur soi et son environnement, seul la providence la fait survivre “on mange le pain qui se présente”.

“La nuit n’en finissait plus d’arriver.” : On peut prendre cette phrase comme une métaphore où les problèmes seraient représentés par la nuit ; la situation de Gervaise s’étant renversée et ne cessant de s’empirer.

“Alors, en attendant, elle suivit les boulevards, comme une dame qui prend l’air avant de rentrer pour la soupe.” : Voilà une belle ironie de la part du narrateur car jusqu’à présent seuls les thèmes de la violence et de la misère ont été évoqués. Cette phrase montre que Gervaise a honte d’être tombée si bas, elle essaye de se fondre dans le décor.

La mort de Gervaise, De «Gervaise dura ainsi pendant des mois» à «Fais dodo, ma belle !» Comment dans cet excipit naturaliste Zola dépeint-il l’agonie de Gervaise pour mettre en relief la cruauté de la classe ouvrière du XIXème siècle ?

 I) L’interminable descente aux enfers de Gervaise

 

 “Gervaise dura ainsi pendant des mois.”: Cela montre que le personnage de Gervaise met du temps à mourir, comme si l’on ne voulait pas d’elle, mais on arrive pas a s’en débarrasser. “En v’la une qui ne voulait pas, puis elle a voulu. Alors, on l’a fait attendre…”, “mourait un peu de faim tous les jours.”: Cela nous montre la pauvreté du personnage de Gervaise, car mourir de faim est la mort des pauvres et cela prend du temps. “La mort devait la prendre petit à petit, morceau par morceau, en la traînant ainsi jusqu’au bout dans la sacrée existence qu’elle s’était faite.”: L’utilisation du mot, “traînant” montre à quel point la souffrance du personnage de Gervaise dure et s'étire pendant très longtemps. Le mot “sacrée” est ici employé dans son sens ironique et familier.

 “La terre ne voulait pas d’elle, apparemment.”: Tout au long du texte, on voit que le personnage de Gervaise est rejetée par tout le monde, même par la nature. On dirait qu’elle n’arrive pas à mourir.

 

 “Dès qu’elle possédait quatre sous, elle buvait et battait les murs.” : Le peu d’argent que Gervaise possède est utilisé pour boire plutôt que pour manger ce qui montre à quel point Gervaise est devenue alcoolique et combien ce fléau l’a plongée dans la folie. “Elle devenait idiote, elle ne songeait seulement pas à se jeter du sixième sur le pavé de la cour, pour en finir.”: Le personnage de Gervaise boit tellement qu’il perd tout discernement et ne pense même pas à se suicider pour abréger ses souffrances. “Elle creva d’avachissement, selon le mot des Lorilleux.”: L’utilisation de  cette expression très familière montre l’horreur de la mort du personnage de Gervaise.

 “Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu’on ne l’avait pas vue depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche.”: Encore une fois, on voit la répétition du mot “niche” ce qui renvoie à la métaphore animalière. Puis le fait qu’on s’aperçoit qu’elle soit morte seulement après deux jours montre qu’elle était rejetée par la société, et donc elle était presque invisible.

 

 “Elle dégringolait plus bas encore,”: On voit ici l’interminable descente aux enfers du personnage de Gervaise car le mot “dégringolait” montre qu’elle ne fait que descendre, et que maintenant, il n’y a plus d'amélioration possible. “M. Marescot s’était décidé à l’expulser de la chambre du sixième.”: Au XIXe siècle, plus l’appartement était haut, moins c’était cher car difficile d’accès, très chaud en été et très froid en hiver. Donc le personnage de Gervaise habitait dans l’appartement le plus pauvre, mais elle était si pauvre qu’elle ne pouvait plus y résider. Le personnage de Gervaise n’est plus considéré comme humain car on la jette dans une “niche” comme un chien dont on ne veut pas dans la maison : “Mais, comme on venait de trouver le père Bru mort dans son trou, sous l’escalier, le propriétaire avait bien voulu lui laisser cette niche.” On dirait que Gervaise prend déjà la place du mort dans son “trou”, image de la tombe (ou plutôt de la fosse commune) qui l’attend. Le mot “niche” est mentionné à trois reprises pour bien insister : “Maintenant, elle habitait la niche du père Bru.” Le narrateur continue la métaphore animalière “claquait du bec” et la métaphore de la mort “os glaces”.  

 

 “acceptait les dernières avanies,”: Le personnage de Gervaise accepte d’être humilié par les autres personnages car elle a perdu toute dignité. “Un soir, on avait parié qu’elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l’avait mangé, pour gagner dix sous.”

 “Mais la vérité était qu’elle s’en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée.”: Le narrateur veut ici montrer que la misère peut tuer.

 

 II) L'humiliation inhumaine que lui font subir les autres personnages

 

 “On la chargeait des sales commissions du quartier.”: Le personnage de Gervaise est ici humilié par les autres personnages car elle est tellement pauvre qu’ils lui obligent de faire ce que personne d’autre accepterait de faire. “Un soir, on avait parié qu’elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l’avait mangé, pour gagner dix sous.”: On voit tout au long du texte la dégradation humaine du personnage de Gervaise, mais ici, ce sont les autres personnes qui l’entourent qui sont inhumaines car elles prennent plaisir à l’humilier alors qu’elle est en train de mourir. On attendrait de leur part un minimum de compassion et de charité mais ils sont tous tellement abrutis par la pauvreté et l’alcool qu’ils semblent ne pas avoir conscience de la cruauté et de l’immoralité de leur comportement à l’égard de Gervaise. De plus, on comprend qu’ils n’ont même pas changé la paille sur laquelle on a retrouvé le cadavre du père Bru avant de l’installer à sa place : “C’était là-dedans, sur de la vieille paille, qu’elle claquait du bec, le ventre vide et les os glacés.” Puis, la dégradation de ce personnage continue, car elle n’est plus traitée comme un animal, mais comme un objet dont on doit se débarrasser : “la caisse des pauvres sous le bras, pour l’emballer.” L’expression : “en préparant son petit ménage.” est à double sens, car d’une part cet homme exécute l’action de manière mécanique et d’autre part, il semble “nettoyer” la place qu’occupait Gervaise comme si elle était un animal nuisible.

 

 “Il était encore joliment soûl [...] et gai comme un pinson [...] il lâcha des réflexions philosophiques” : Ceci est ironique car le personnage qui est ivre a lui aussi perdu l’esprit et toute forme de respect, “Et, lorsqu’il empoigna Gervaise dans ses grosses mains noires”.

 

 Zola termine son roman en parodiant le conte de Perrault : “La belle au bois dormant” dans une version terriblement cruelle : “Tu sais… écoute bien… c’est moi, Bibi-la-Gaieté, dit le consolateur des dames… Va, t’es heureuse. Fais dodo, ma belle !”

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