Analyse de la fable de La Fontaine L'huître et les plaideurs

Analyse de la fable de La Fontaine L'huître et les plaideurs

Introduction

 

Jean de La Fontaine, figure emblématique de la littérature classique française, s'est illustré dans l'art de la fable en s'inspirant des œuvres antiques, notamment celles d'Ésope et de Phèdre. Ses "Fables", publiées en trois temps (1668, 1678, 1693), sont des apologues qui, conformément à l'esthétique classique, cherchent à plaire tout en instruisant. Parmi ces fables, "L'Huître et les Plaideurs" se distingue par sa satire mordante de la justice. Cette fable raconte l'histoire de deux pèlerins se disputant une huître, jusqu'à ce que Perrin Dandin, un juge, intervienne et consomme l'huître lui-même, ne laissant que les écailles aux plaignants. La Fontaine y dépeint avec ironie les travers de la justice de son époque.

 

I. Une fable plaisante

 

1. L'utilisation des procédés du comique

 

La Fontaine emploie divers procédés comiques pour captiver son auditoire. Le comique de geste est notamment visible dans la description des pèlerins convoitant l'huître, créant une scène presque théâtrale. Le chiasme au vers 3, « l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent », illustre ce comique par une inversion ludique des actions et des mots. Le comique de situation réside dans la dispute absurde pour une huître et le retournement final où le juge s'empare de l'objet du litige. Le comique de caractère est souligné par la gourmandise des personnages, tandis que le comique de mots se manifeste dans les échanges ironiques et les arguments enfantins des personnages.

 

2. Théâtralisation de la fable

 

La Fontaine théâtralise sa fable en utilisant un style direct pour les dialogues, donnant vie à une saynète comique. Les verbes de mouvement et l'emploi du présent de narration contribuent à dynamiser le récit. Le décor minimaliste et l'indication temporelle vague placent l'histoire dans un univers de fiction accessible au lecteur, renforçant son caractère plaisant tout en préparant le terrain pour la satire.

 

II. La caractérisation des personnages : le litige, deux plaignants, un juge

 

1. L'objet du litige : une huître

 

L'huître, simple objet de convoitise, devient un cas de justice, soulignant l'absurdité de la dispute. Elle est ironiquement qualifiée de « proie », ce qui renforce le ridicule de la situation.

 

2. Deux plaignants : les pèlerins

 

Les pèlerins, personnages génériques et interchangeables, sont décrits de manière péjorative et ironique. Ils sont représentatifs de personnes ordinaires, pris dans une querelle futile.

 

3. Un juge expéditif

 

Perrin Dandin, emprunté à Rabelais et Racine, est un juge caricatural et expéditif. Son intervention, brève mais décisive, révèle son opportunisme et sa cupidité. Il incarne la critique de La Fontaine envers les juges de son époque, plus intéressés par leur propre gain que par la justice.

 

III. Une parodie de procès

 

1. Le vocabulaire de la justice

 

La Fontaine utilise le champ lexical de la justice pour dépeindre le litige et le procès. L'ironie est palpable dans l'emploi de termes juridiques pour une affaire aussi triviale, mettant en lumière l'absurdité du système judiciaire.

 

2. Un dialogue délibératif

 

Le débat entre les plaideurs, marqué par des arguments fallacieux et une logique défaillante, souligne la futilité de leur dispute. La Fontaine critique ici la manière dont les procès peuvent se perdre en arguties stériles.

 

3. Un juge peu scrupuleux

 

Le juge, loin d'être impartial, profite de la situation pour satisfaire son propre appétit, dévoilant ainsi la corruption et l'opportunisme dans le système judiciaire. La Fontaine use d'ironie pour critiquer la fausse solennité et l'avidité des juges.

 

4. La moralité explicite

 

La morale, clairement énoncée à la fin, dénonce les abus de la justice et la cupidité des juges. La Fontaine invite le lecteur à observer ces travers, soulignant leur actualité et leur pertinence.

 

Conclusion

 

"L'Huître et les Plaideurs" est une fable qui, sous couvert d'une histoire plaisante et comique, livre une critique acerbe de la justice de l'époque de Louis XIV. La Fontaine, en s'appuyant sur des personnages allégoriques et une mise en scène théâtrale, dénonce les vices du système judiciaire, notamment la cupidité et l'inefficacité des juges. Cette fable reflète les préoccupations de La Fontaine quant à la réforme nécessaire de la justice, un sujet d'actualité dans son contexte historique et social.

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