23. février 2020
Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes; Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes, Les Méropes, ayant le décorum pour loi, Et montant à Versaille aux carrosses du roi; Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires, Habitant les patois ; quelques-uns aux galères Dans l'argot ; dévoués à tous les genres bas, Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas, Sans perruque ; créés pour la prose et la farce; Populace du style au fond de l'ombre éparse; Vilains,...

16. février 2020
Un lion habitait près d'une source ; un aigle Y venait boire aussi. Or, deux héros, un jour, deux rois - souvent Dieu règle La destinée ainsi - Vinrent à cette source où des palmiers attirent Le passant hasardeux, Et, s'étant reconnus, ces hommes se battirent Et tombèrent tous deux. L'aigle, comme ils mouraient, vint planer sur leurs têtes, Et leur dit, rayonnant : - Vous trouviez l'univers trop petit, et vous n'êtes Qu'une ombre maintenant ! Ô princes ! et vos os, hier pleins de...

02. février 2020
- La terre est de granit, les ruisseaux sont de marbre ; C'est l'hiver ; nous avons bien froid. Veux-tu, bon arbre, Être dans mon foyer la bûche de Noël ? - Bois, je viens de la terre, et, feu, je monte au ciel. Frappe, bon bûcheron. Père, aïeul, homme, femme, Chauffez au feu vos mains, chauffez à Dieu votre âme. Aimez, vivez. - Veux-tu, bon arbre, être timon De charrue ? - Oui, je veux creuser le noir limon, Et tirer l'épi d'or de la terre profonde. Quand le soc a passé, la plaine...

27. janvier 2020
J'aime l'araignée et j'aime l'ortie, Parce qu'on les hait ; Et que rien n'exauce et que tout châtie Leur morne souhait ; Parce qu'elles sont maudites, chétives, Noirs êtres rampants ; Parce qu'elles sont les tristes captives De leur guet-apens ; Parce qu'elles sont prises dans leur oeuvre ; Ô sort ! fatals noeuds ! Parce que l'ortie est une couleuvre, L'araignée un gueux; Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes, Parce qu'on les fuit, Parce qu'elles sont toutes deux victimes De la sombre...

19. janvier 2020
Vers 173 à 201 De là mes cris. Un jour, quand l'homme sera sage, Lorsqu'on n’instruira plus les oiseaux par la cage, Quand les sociétés difformes sentiront Dans l'enfant mieux compris se redresser leur front, Que, des libres essors ayant sondé les règles, On connaîtra la loi de croissance des aigles, Et que le plein midi rayonnera pour tous, Savoir étant sublime, apprendre sera doux. Alors, tout en laissant au sommet des études Les grands livres latins et grecs, ces solitudes Où...

19. janvier 2020
Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ; Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ; Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l’étoile du soir se lève dans l’azur. Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres, Le crépuscule encor jette un dernier rayon, Et...

06. janvier 2020
Colin terminait sa toilette. Il s'était enveloppé, au sortir du bain, d'une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l'étagère de verre, le vaporisateur et pulvérisa l'huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots. Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles,...

02. décembre 2019
I - Le rôle de l’imagination Les premiers mots du poème évoquent un rêve ou une vision insolites car le poète compare sa femme avec des animaux ou à des objets pas forcément réels comme par exemple “Ma femmes à la chevelure de feu de bois”. Avoir une chevelure de feu de bois n’est pas possible dans la vie réel mais est possible dans un rêve. Le poète compare sa femme avec des images insolites comme par exemple “Ma femme aux épaules de champagne” ou encore “Ma femme au...

02. décembre 2019
Paysage polaire Un monde mort, immense écume de la mer, Gouffre d'ombre stérile et de lueurs spectrales, Jets de pics convulsifs étirés en spirales Qui vont éperdument dans le brouillard amer. Un ciel rugueux roulant par blocs, un âpre enfer Où passent à plein vol les clameurs sépulcrales, Les rires, les sanglots, les cris aigus, les râles Qu'un vent sinistre arrache à son clairon de fer. Sur les hauts caps branlants, rongés des flots voraces, Se roidissent les Dieux brumeux des...

29. novembre 2019
Ne reprenez, Dames, si j'ai aimé, Si j'ai senti mille torches ardentes, Mille travaux, mille douleurs mordantes, Si en pleurant j'ai mon temps consumé, Las ! que mon nom n'en soit par vous blâmé. Si j'ai failli, les peines sont présentes. N'aigrissez point leurs pointes violentes ; Mais estimez qu'Amour, à point nommé, Sans votre ardeur d'un Vulcan excuser, Sans la beauté d'Adonis accuser, Pourra, s'il veut, plus vous rendre amoureuses En ayant moins que moi d'occasion, Et plus...

Afficher plus