28. mars 2020
On pouvait cependant avoir d’autres sujets d’inquiétude par suite des difficultés du ravitaillement qui croissaient avec le temps. La spéculation s’en était mêlée et on offrait à des prix fabuleux des denrées de première nécessité qui manquaient sur le marché ordinaire. Les familles pauvres se trouvaient ainsi dans une situation très pénible, tandis que les familles riches ne manquaient à peu près de rien. Alors que la peste, par l’impartialité efficace qu’elle...

24. mars 2020
Julien assume pleinement son crime car il ne cherche pas à se défendre. En effet, Julien explique qu’il ne compte pas essayer de réduire sa peine : “Je ne vous demande aucune grâce”. De plus, Julien juge, lui même, son acte car il explique qu’il mérite la même peine que Mme de Rênal : “Je ne me fait point d’illusion, la mort m’attend : elle sera juste”. Le rôle que joue la répétition du verbe “voir” montre que Julien était déjà condamné avant d’être jugé....

22. mars 2020
1 J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans. Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans, De vers, de billets doux, de procès, de romances, Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances, 5 Cache moins de secrets que mon triste cerveau. C'est une pyramide, un immense caveau, Qui contient plus de morts que la fosse commune. — Je suis un cimetière abhorré de la lune, Où comme des remords se traînent de longs vers 10 Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers. Je suis...

07. mars 2020
Le Front de Maurice Scève Front large et haut, front patent et ouvert, Plat et uni, des beaux cheveux couvert : Front qui est clair et serein firmament Du petit monde, et par son mouvement Est gouverné le demeurant du corps : Et à son vueil sont les membres concors : Lequel je vois être troublé par nues, Multipliant ses rides très-menues, Et du côté qui se présente à l’œil Semble que là se lève le soleil. Front élevé sur cette sphère ronde, Où tout engin et tout savoir...

23. février 2020
Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes; Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes, Les Méropes, ayant le décorum pour loi, Et montant à Versaille aux carrosses du roi; Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires, Habitant les patois ; quelques-uns aux galères Dans l'argot ; dévoués à tous les genres bas, Déchirés en haillons dans les halles ; sans bas, Sans perruque ; créés pour la prose et la farce; Populace du style au fond de l'ombre éparse; Vilains,...

16. février 2020
Un lion habitait près d'une source ; un aigle Y venait boire aussi. Or, deux héros, un jour, deux rois - souvent Dieu règle La destinée ainsi - Vinrent à cette source où des palmiers attirent Le passant hasardeux, Et, s'étant reconnus, ces hommes se battirent Et tombèrent tous deux. L'aigle, comme ils mouraient, vint planer sur leurs têtes, Et leur dit, rayonnant : - Vous trouviez l'univers trop petit, et vous n'êtes Qu'une ombre maintenant ! Ô princes ! et vos os, hier pleins de...

02. février 2020
- La terre est de granit, les ruisseaux sont de marbre ; C'est l'hiver ; nous avons bien froid. Veux-tu, bon arbre, Être dans mon foyer la bûche de Noël ? - Bois, je viens de la terre, et, feu, je monte au ciel. Frappe, bon bûcheron. Père, aïeul, homme, femme, Chauffez au feu vos mains, chauffez à Dieu votre âme. Aimez, vivez. - Veux-tu, bon arbre, être timon De charrue ? - Oui, je veux creuser le noir limon, Et tirer l'épi d'or de la terre profonde. Quand le soc a passé, la plaine...

27. janvier 2020
J'aime l'araignée et j'aime l'ortie, Parce qu'on les hait ; Et que rien n'exauce et que tout châtie Leur morne souhait ; Parce qu'elles sont maudites, chétives, Noirs êtres rampants ; Parce qu'elles sont les tristes captives De leur guet-apens ; Parce qu'elles sont prises dans leur oeuvre ; Ô sort ! fatals noeuds ! Parce que l'ortie est une couleuvre, L'araignée un gueux; Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes, Parce qu'on les fuit, Parce qu'elles sont toutes deux victimes De la sombre...

19. janvier 2020
Vers 173 à 201 De là mes cris. Un jour, quand l'homme sera sage, Lorsqu'on n’instruira plus les oiseaux par la cage, Quand les sociétés difformes sentiront Dans l'enfant mieux compris se redresser leur front, Que, des libres essors ayant sondé les règles, On connaîtra la loi de croissance des aigles, Et que le plein midi rayonnera pour tous, Savoir étant sublime, apprendre sera doux. Alors, tout en laissant au sommet des études Les grands livres latins et grecs, ces solitudes Où...

19. janvier 2020
Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne, Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ; Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ; Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ; Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l’étoile du soir se lève dans l’azur. Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres, Le crépuscule encor jette un dernier rayon, Et...

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